Pantera - Phil Anselmo

 

 PANTERA

 INTERVIEW AVEC PHIL ANSELMO

 19 AVRIL 2012 PAR TELEPHONE

 


 

De même que Metallica et Slayer l’avaient fait avant eux dans les années 80 avec Master Of Puppets et Reign In Blood,  Pantera a réinventé la façon de jouer du metal dans les années 90 avec la sortie de Vulgar Display Of Power en 1992. Un électrochoc qui a influencé depuis une multitude de formations. Afin de célébrer les 20 ans de Vulgar Display Of Power, Rhino publie aujourd’hui une édition remasterisé et complété de bonus, l’occasion de nous replonger dans la genèse de ce classique, et dans l’histoire de Pantera en général, en compagnie de son frontman Phil Anselmo qui nous a également touché un mot de son album solo !   
 
6 mois avant la sortie de Vulgar Display Of Power (1992), Pantera s’est produit
sur le Monsters Of Rock de Moscow en 1991 (ndlr : aux côtés de AC/DC, Metallica et The
Black Crowes) et a montré toute son envie de conquérir le monde à travers une prestation
intouchable ! Est-ce que cela a joué une influence dans l’attitude et l’appétit de Pantera ?

Phil Anselmo (chant) : Lorsque nous avons donné ce concert, nous étions en plein milieu de
l’enregistrement de Vulgar Display Of Power, nous venions de terminer d’enregistrer la batterie
si je me souviens bien. J’attendais un coup de fil m’annonçant quand nous retournerions au
studio et au lieu de ça on m’a appelé pour me parler de ce concert ! Quelle surprise !
Evidemment, nous avons répondu à l’appel et une fois sur place, absolument personne ne savait
qui nous étions ! Mais nous étions habitués à cela car pour Cowboys From Hell (1990) nous
n’avons cessé de partir en tournée avec des groupes de stature internationale et personne ne
nous connaissait non plus et à chaque fois il nous fallait prouver notre valeur ! C’était donc le
même cas de figure à Moscow, à l’exception près que la foule était gigantesque (ndlr : on parle
d’1 millions de spectateurs !). Nous avions clairement une immense faim ce jour là et nous
étions dans nos meilleures dispositions physiques ! Nous avions une telle confiance en nous que
peu importe les problèmes extérieurs qui pouvait nous arriver. Lorsque tu joues devant un public
aussi géant, ça en devient aveuglant ! Il est clair que nous n’avions encore jamais joué sur une
scène de cette taille et ce fût une sacrée différence pour moi ! Il y avait une vraie atmosphère de
festival et nous jouions pour des gamins affamés, privés de musique et de culture en général et
ils sont devenus dingues ! Faire un concert comme celui-ci fût une expérience formidable car
lorsque tu reviens à la maison, ta confiance et ta personnalité montent en flèche ! C’était
fantastique !

Tu dis souvent que « Primal Concrete Sledge » fût la première étape vers Vulgar Display Of
Power. Aviez-vous conscience de tenir le début d’une nouvelle orientation musicale avec ce
titre ?

Nous avons joué les chansons de Cowboys From Hell pendant une éternité sur scène…ou tout
du moins c’est l’effet que ça nous faisait ! Ce qui est sur c’est que nous avons joué ces mêmes
chansons pendant au moins 2 ans. Cela nous a permis de gagner en cohésion et de jouer de
mieux en mieux ensemble, de devenir de plus en plus carré. Nous devenions de plus en plus
impressionnants et énergiques au fur et à mesure. « Primal Concrete Sledge » est le dernier titre
écrit pour Cowboys From Hell et il possède déjà les prémices de l’attitude que nous avons
affichée par la suite sur Vulgar Display Of Power et j’en avais conscience !

Vulgar Display Of Power est un classique absolu des années 90. Avais-tu le sentiment de tenir
un disque qui allait révolutionner la scène metal ?

Absolument pas car je n’ai jamais eu de considérations hautaines ou prétentieuses sur n’importe
quel album de ma carrière, quelque soit le groupe, et cela reste encore valable aujourd’hui. Je
préfère laisser le soin aux fans de décider de ce genre de choses. Nous étions à des années
lumières de nous douter qu’un jour cet album serait considéré comme le classique qu’il est
devenu.

Sur Vulgar Display Of Power vous avez conservé la mélodie et le groove mais en y insufflant
une approche beaucoup plus agressive. Etait-ce la décision d’un membre en particulier de
muscler votre jeu ?

Non, tout est venu de façon naturelle. Il devait en être ainsi ! C’était une transition fluide à bien
des égards. Ma voix était en pleine mutation et mon attitude avait d’hors et déjà changée. J’étais
désormais totalement dégouté de la musique populaire de l’époque et je me suis alors mis à
embrasser pleinement  mes influences underground, que j’ai toujours aimé et auxquels je crois à
1000%. Plus rien ne pouvait m’arrêter et il était hors de question que je traite avec quelque
connerie que ce soit. Il était temps de s’élever et franchir un palier afin de délivrer une
performance que je considérais à notre hauteur. Vulgar Display Of Power fût un pas de géant
après Cowboys From Hell et une étape majeure dans le développement de ma carrière et de celle
de Pantera.

Il est surprenant qu’un groupe aussi agressif que Pantera fût signé sur une major, à savoir
Warner/Atco. Beaucoup de major aurait râlé avec « Mouth For War » comme single et
aurait préféré un nouveau « Cemetary Gates » ou « Cowboys From Hell ». Quelle était
votre relation avec eux ?

Ils nous ont laissé faire absolument tout ce que nous jugions bon de faire. Jamais personne n’est
venu se mettre sur notre chemin et nous a demandé d’essayer de jouer tel type de chanson ou
d’avoir tel type d’attitude. Ils étaient simplement là pour nous et pour nous donner les moyens
matériels de parvenir à nos fins. C’est marrant d’ailleurs de regarder la trajectoire d’un groupe
comme Pantera. Logiquement, la plupart des formations metal commencent avec un premier
album très agressif. Il en va de même pour le second voir le troisième à la rigueur. Puis petit à
petit, la musique devient de plus en plus commerciale. Nous voulions clairement être le parfait
opposé de ce schéma. Nous voulions être à chaque fois de plus en plus agressif, et au cas où ce
souhait n’était pas partagé par tout le monde dans Pantera, en tout cas je peux assurer que c’était
bel et bien mon intention !

Avec Vulgar Display Of Power vous n’avez pas seulement crée un style unique mais vous
avez également posé les bases d’une nouvelle approche de production. Quel fût le rôle de
Terry Date ?

A cette époque il faut bien comprendre que la production des disques de metal était en plein
bouleversement avec une façon très différente d’aborder les choses. Nous étions tous conscients
que Dimebag possédait un son de guitare vraiment particulier. Notre collaboration avec Terry
Date sur Cowboys From Hell fût un bon départ, notamment au niveau des guitares et de la
batterie. Avoir Terry de retour avec nous, lui laissait l’opportunité de décupler cela avec
Dimebag et Vinnie Paul et d’améliorer considérablement ce son. J’étais entouré par 3 excellents
musiciens. Dimebag, Rex et Vinnie Paul jouaient tellement bien ensemble ! Ils étaient tellement
carrés ! Nous pouvions jouer à la perfection un titre comme « By Demons Be Driven » sur scène
sans le moindre souci ! En cela, nous avons été des précurseurs pour toute cette vague de groupe
qui ont recours à un son précis, chirurgical et des guitares crunchy

Evidemment, un de vos atouts majeurs a toujours été le son inimitable de Dimebag. Par
exemple à la vision du Metal Masters 3 (ndlr : un clinic sur Los Angeles dont la jam finale a
réuni Phil Anselmo, Geezer Butler, Kerry King, Chris Broderick, Frank Bello, Dave
Ellefson, Mike Portnoy, Charlie Benante et Dave Lombardo) on constate que Kerry King et
Chris Broderick ne parviennent pas à rendre justice à ses soli et on sent bien qu’avec le
même matos et des heures de répétition, ils ne pourraient toujours pas émuler ce son unique
qui provenait de ses doigts. Même à l’intérieur du groupe cela devait être impressionnant
n’est-ce pas ?

J’aimais dire que Dimebag avait avec ses doigts un progrip (ndlr : terme désignant des fixations
de haute qualité) sur son manche ! Je peux jouer de la guitare et à vrai dire je suis assez créatif
sur cet instrument. Mais tu peux être sur que chaque riff que j’ai écrit pour Pantera, une fois
joué par Dimebag, est devenu quelque chose de complètement différent, surtout parce qu’il est
un guitariste 1000 fois meilleur que moi ! J’aime à penser que les gens naissent pour faire
quelque chose et Dimebag est né sur terre pour jouer de la guitare ! Dimebag avait un touché
dément et inhumain ! J’ai écrit le riff d’ouverture sur « Mouth For War » par exemple et si
jamais c’est moi qui avait enregistré cette partie, cela aurait sonné de façon totalement
différente. Dimebag avait un pouvoir magique ! Il pouvait s’emparer du riff de quelqu’un
d’autre et le transformer en or et c’est la pure vérité. Quant à ses soli, il est effectivement
impossible de l’imiter. Il est intouchable en la matière. Mais soyons fair play avec Kerry King,
car de la même manière, je doute que Dimebag aurait pu rendre justice aux soli de Slayer. On
parle vraiment de 2 guitaristes très différents et aux styles très éloignés. C’est un peu comme
parler de pomme et d’orange en fait !

La signature sonore de Dimebag, et notamment ses notes « hurlantes », étaient déjà
présentes sur Power Metal (1988). T’a-t-il déjà dit comment il est parvenu à trouver cette
signature sonore si jeune ?

C’est tout à fait vrai. Dimebag a toujours eu son propre style et en particulier au niveau des soli.
Très franchement, pendant toutes ces années, il m’a toujours semblé être au même niveau qu’au
tout premier jour. Je ne veux pas dire par là qu’il ne s’améliorait pas. Je veux juste dire qu’il
était tellement talentueux, qu’il avait déjà le niveau d’un mec qui aurait passé toute une carrière
à s’améliorer alors qu’il était gamin. C’était déjà un guitariste incroyable et sans aucune limite. Il
possédait déjà toute sa technique étant gosse, c’est davantage au niveau de son style de jeu qu’il
a évolué au cours de sa carrière. J’ai joué avec beaucoup de musiciens qui ont eu besoin d’être
guidé. Cela a peut être à voir avec moi après tout mais un groupe se doit d’embrasser certaines
idées et c’est une chance pour tout le monde lorsqu’il y parvient. C’est également une chance
que Terry Date, Vinnie Paul et Dimebag aient passé autant de temps en studio à bosser sur la
définition du son de guitare et la façon unique de Dimebag de faire des soli en plusieurs
couches. En fait sa façon de faire n’était pas unique à ce niveau là, il était assez classique de
doubler certaines parties d’un solo et de faire chevaucher plusieurs plans. Cela avait déjà été fait
avant, mais Dimebag emmenait ce procédé vers une toute autre extrémité.    
  
Est-ce vrai que le titre Vulgar Display Of Power est tiré d’un dialogue du film l’Exorciste ?

C’est exact, mais c’était inconscient à l’époque. Cette phrase définissait tellement bien ce nouvel
album et je suppose qu’elle s’est levée en moi un matin. C’est seulement quelques semaines plus
tard que j’ai réalisé que cela provenait de l’Exorciste ! Ce film était encore vu comme quelque
chose d’assez extrême à l’époque et je suis persuadé qu’il est encore dérangeant pour les gens
les plus croyants aujourd’hui. C’est juste le fanatique de film d’horreur en moi qui est ressorti
pour l’occasion (ndlr : Phil possède des murs entiers remplis de VHS de films d’horreur  et
d’innombrables affiches géantes dans toute sa maison, dont certains posters en français comme
La Nuit Des Mort Vivants).

Parlons maintenant de la tournée en Europe. Après Judas Priest en 1991, c’était maintenant
Megadeth qui vous prenait en tournée en 1992. Quel souvenir en gardes-tu ?

Au début en Europe, personne ne s’intéressait à nous ! Lorsque nous avons fait cette tournée
avec Judas Priest, personne ne nous connaissait et personne ne voulait nous voir jouer. Nous
avons quand même fait toute la tournée bien sur, mais devant des gens qui croisaient les bras et
qui d’évidence ne nous appréciaient pas. Nous n’arrêtions pas d’entendre des conneries du
genre : « Jouez plus vite ! Jouez plus vite » (Phil dit « play faster » avec une sorte d’accent
allemand). Voilà la réponse que nous avions du public. Il n’arrivait pas à rentrer dans notre
musique, il ne nous comprenait pas. Mais à la sortie de Vulgar Display Of Power, quelle fût
notre surprise de constater que l’album marchait vraiment bien dans la plupart des charts
européens. Finalement, peut être commencions nous à séduire également l’Europe ? Nous avons
tourné plusieurs clips puis nous sommes partis sur une tournée américaine franchement réussie.
Evidemment, les nouvelles vont vite et ont tendance à voyager, et une fois revenus en Europe en
première partie de Megadeth et avec toutes ces nouvelles chansons sous le coude, notre niveau
de confiance était au maximum ! Cette tournée fût géniale car le public a cette fois été très
généreux envers nous (ndlr : pour certains, Pantera volait même la vedette à Megadeth certains
soirs). C’était le jour et la nuit en comparaison de notre premier passage au niveau de la
réception du public. Tout est question de répétition. Dans n’importe quel endroit du globe, que
l’on parle des marchés majeurs, secondaires ou tertiaires, plus tu joues dans une ville, un état ou
un pays, plus les gens vont te connaître, te comprendre et venir te voir jouer. Il suffit que 2
personnes apprécient ton premier passage, ils vont le dire à tous leurs amis et la prochaine fois
ce sera peut être 50 personnes qui aimeront, puis 100, 200 et 300. Alors lorsque tu joues en
ouverture d’un groupe comme Megadeth qui jouit déjà d’un public conséquent, tu as la
possibilité de conquérir un maximum de fans potentiels et nous avons clairement tiré un profit
optimal de cette opportunité ! Vraiment une très bonne expérience !

Et 2 ans plus tard vous jouiez dans les mêmes salles que Megadeth mais en tête d’affiche
cette fois…

C’est juste ! A Paris j’ai l’impression que nous avons uniquement joué au Zénith d’ailleurs. C’est
la seule salle parisienne dont je me souviens en tout cas (ndlr : il faut dire que sur 6 concerts
parisiens, Pantera en a donné 5 au Zénith, la seule exception étant leur premier concert en tête
d’affiche dans la capitale à l’Elysée Montmartre en 1993).

La tournée de Vulgar Display Of Power vous a emmené pour la première fois au Japon. Une
expérience très différente n’est-ce pas ?

Nous avons attendu patiemment avant d’y aller car nous voulions d’abord vendre suffisamment
d’album au Japon afin d’être surs de bénéficier d’une fanbase importante là bas. Nous n’avons
rien précipité à l’époque et nous avons bien fait. Il aurait été stupide pour nous de partir en
tournée au Japon alors que personne ne nous y connaissait car cela coûte très cher d’organiser
une virée dans ce pays. Il n’était pas question d’y aller sans disposer déjà de fans, contrairement
à l’Europe où nous voulions conquérir les gens par nos prestations live. Evidemment, ta
première expérience au Japon est toujours incroyable ! La différence avec les autres pays est
énorme. La culture est tellement différente, les salles sont différentes et les gens ont des
comportements différents. Là encore, une expérience vraiment très positive !

En pas moins de 2 ans, vous avez joué avec AC/DC, Metallica, Black Sabbath, Iron Maiden
et Judas Priest et la plupart de vos idoles ne tarissaient pas d’éloges à votre égard.
Comment des jeunes fans passionnés de musique comme vous gériez ça ?

Nous vivions dans un rêve ! Nous avions du mal à y croire parfois et c’est une situation à
laquelle tu ne peux pas te préparer. Nous étions tous de vrais fans de musique et nous étions
tous fans de la plupart des groupes que tu viens de mentionner. C’était incroyable comme
sentiment. Personnellement, je me suis toujours considéré comme un fan de musique…un
immense fan de musique je veux dire, et cela reste valable aujourd’hui ! Etre apprécié par nos
pairs, par ceux qui nous avaient influencés au départ, c’était vraiment un sentiment agréable qui
réchauffait le cœur. Encore une fois : nous vivions dans un rêve !

Après le succès de Vulgar Display Of Power, Pantera est devenu le groupe metal le plus
chaud du moment. Beaucoup aurait pu penser qu’il y aurait de la pression sur vos épaules
pour faire son successeur Far Beyond Driven (1994) mais ce dernier respire la confiance à
plein nez avec des titres forts comme « Becoming », « Strengh Beyond Strengh », « I’m
Broken » ou « 5 Minutes Alone ». La pression n‘avait-elle aucune emprise sur vous ?

Il n’y avait absolument aucun sentiment de pression sur nos épaules. Nous n’avions pas à écrire
sur mesure un hit pour la radio. Nous n’avions pas à devoir ressembler à ce à quoi les gens
s’attendaient de nous et je sais qu’entre ces 2 disques, beaucoup de gens avaient une idée de la
façon dont nous devions sonner à l’avenir. Je me souviens particulièrement de lire une critique
de Far Beyond Driven où le journaliste était déçu que nous n’ayons pas pris la même direction
musicale qu’un groupe comme Faith No More. Il s’attendait à ce que l’on veuille donner dans
une veine plus populaire. Je me souviens d’une des phrases de la chronique : « Far Beyond
Driven a beau être l’album le plus heavy depuis Reign In Blood, Pantera ne nous a pas donné
tout ce que nous étions en droit d’attendre ». J’ai alors pensé : « va te faire foutre mec ! ». Si
jamais nous avions écrit quelques hits pour satisfaire ce genre d’attentes, alors j’aurai été
considérablement déçu car notre démarche se serait tellement éloignée de notre objectif. Ce qui
me rend très fier en revanche, c’est que tu viens de citer 4 chansons de cet album qui sont
devenus très populaires, mais à leur propre manière et sans avoir à nous agenouiller devant qui
que ce soit ! Far Beyond Driven a été fait avec une énorme confiance et il n’y avait aucune
pression autour de nous car nous ne ressentions tout simplement pas cette dernière (ndlr : cerise
sur le gâteau l’album fût numéro 1 des charts US !).

Tu n’as jamais caché que The Great Southern Trendkill (1996) est l’album de Pantera que tu
aimes le moins. Pourtant ce dernier possède d’indéniables qualités et selon moi tu y livres ta
meilleure prestation vocale avec Pantera en allant de ce que tu as fait de plus énervé sur
« War Nerve » ou « Suicide Note Pt.2 » mais aussi en chantant admirablement bien des
titres profonds, personnels et prenants comme « Suicide Note Pt.1 » ou « 10’s ». As-tu
changé d’avis sur ce disque après tout ce temps ?

J’ai du mal à pouvoir changer d’avis sur cet opus car je traversais vraiment une période sombre
de ma vie et ça m’y renvoie. Mais tu es loin d’être le premier à me dire que The Great Southern
Trendkill est un bon album. Beaucoup de gens m’ont dit l’adorer et c’est cool. Les albums sont
faits pour ça après tout non ? De mon point de vue, The Great Southern Trendkill est à Pantera
ce que Technical Ecstasy (1976) ou Never Say Die ! (1978) sont à Black Sabbath. Il s’agit
d’albums différents, Tony Iommi utilisait un son de guitare différent et les chansons sortaient
également du contexte d’origine et cela pouvait être déconcertant. Mais plus tu les écoutais, plus
elles grandissaient en toi et tu finissais par réaliser qu’il y avait vraiment de très bonnes chansons
sur ces albums. Je pense que The Great Southern Trendkill fait parti de cette catégorie de disque.
Il y aura toujours cette division avec d’un côté un pourcentage de fans pour dire que c’est le
moins bon Pantera et une autre portion pour dire qu’ils adorent cet opus. Au final, je préfère
laisser ça à la subjectivité de chacun.  

Reinventing The Steel (2000), votre dernier album, est sans aucun doute celui qui a fait le
moins parler de lui. Quel souvenir en gardes-tu ?

C’est tout simplement l’album de Pantera que je préfère, encore à ce jour ! Après toute cette
époque de turbulence que nous venions de traverser, nous avons fini par penser dans la bonne
direction et nous avons renouvelé notre fraternité en quelque sorte. Pour The Great Southern
Trendkill nous n’avions pas travaillé en aussi étroite collaboration que par le passé (ndlr : Phil
avait enregistré ses vocalises chez lui à la Nouvelle Orléans pendant que le groupe bossait de son
côté au Texas) et nous avons tenu à corriger cela. Nous avons alors décidé de bosser de nouveau
tous ensembles, comme une vraie équipe très soudée. Nous avons enregistré cet album dans la
maison de Dimebag, dans son home studio, et je dormais chez lui. Nous étions tous redevenus
très proches à cette époque et j’en garde de merveilleux souvenirs. Puis lorsque l’on s’attelle aux
chansons de ce disque, je n’ai jamais eu autant de mal à décider de l’enchainement des titres
d’un album. L’ordre des titres était vraiment difficile à déterminer car chacun d’eux était d’une
grande qualité à mes yeux. Bien sur il y avait quelques titres qui n’auraient pas pu ouvrir l’album
par exemple, mais pouvaient-ils faire office de second titre ? Je n’en étais pas sur. Tout était
ouvert au niveau de cet ordre. Sur Reinventing The Steel je trouve que chaque titre a une
personnalité vraiment forte et c’est pourquoi je l’adore et que je le considère comme le meilleur
disque de Pantera. Avant de finir, j’aimerai rajouter quelque chose.

Vas-y, tu as le mot de la fin.

Je voudrai adresser un message au groupe français Deathspell Omega : vous êtes un des
meilleurs groupes de black metal au monde et sans l’ombre d’un doute un des plus créatif et
original ! J’adore votre musique ! 


LES 5 CLASSIQUES DE VULGAR DISPLAY OF POWER VUS PAR ANSELMO :

Mouth For War : Le titre parfait pour ouvrir un disque ! Il s’agit d’un de mes riffs que Dimebag
s’est totalement approprié et auquel il a insufflé beaucoup de force. Que dire d’autre si ce n’est
qu’il s’agit d’un coup d’envoi parfait ! 

A New Level : Voici mon titre favori de Vulgar Display Of Power. Le riff est tellement heavy !
Le message est heavy ! Contrairement à beaucoup de mes chansons, je peux relire aujourd’hui
les paroles de ce titre et me sentir toujours en parfait accord avec ces dernières. Je me sens
même encore rattaché à ces paroles et c’est quelque chose d’extrêmement rare. Pour moi « A
New Level » est un d’un des titres les plus puissants de toute l’histoire de Pantera !

Walk : C’est notre plus gros hit pour tout le monde bien sur. Pourquoi ? Grâce à la simplicité de
ce riff ! Ce riff a beau être très simple, dès que Rex et Vinnie Paul s’y greffent, ils parviennent à
créer un groove implacable qui rend vite l’auditeur accroc ! Le refrain est évidemment plutôt
bon aussi, car il reste tout de suite dans la tête. C’est un des plus grands hymnes, si ce n’est le
plus grand hymne de Pantera et il est difficile d’ignorer cela ! Voici le sujet des paroles : lorsque
tu es un groupe à la fin des 80’s et au début des  90’s, que tu écumes ta scène locale, à savoir le
Texas, la Nouvelle Orléans et le sud en général dans notre cas. Tu commences à te faire
connaître, mais quand vient le moment où tu parviens à rencontrer du succès à un niveau
national puis international, lorsque tu rentres chez toi, il y a soudain une fraction de tes amis qui
se mettent à penser que tu as changé. Le thème de « Walk » ressemble un peu à celui du « Am I
Losin’ » de Lynyrd Skynyrd. C’est juste une simple question : « es-tu toujours mon ami ? ». Car
malheureusement lorsque tu rencontres ce niveau de succès, il y a alors beaucoup de jalousie et
d’envie qui se crée autour de toi et les gens pensent que tu as changé et c’était complètement
faux dans mon cas. Je suis toujours resté très humble avec mes amis et je les ai toujours traités
de la meilleure manière possible. Mais à tous mes soi-disant amis qui ont soudain commencé à
cracher dans mon dos et faire exprès de ne plus trainer avec moi juste parce que cela devenait le
truc cool à faire pour tous les gens jaloux qui m’entouraient, j’ai simplement voulu leur
répondre : « je t’emmerde, pour qui te prends-tu, va te faire foutre ! » et c’est devenu « Walk ».     

Fucking Hostile : Voici un titre qui démontre la flexibilité de Pantera. Nous n’appartenions
vraiment à aucune catégorie. Est-ce que nous sonnions comme un groupe de thrash ? Oui
parfois. Est-ce que nous sonnions comme un groupe de metal puissant avec beaucoup de
groove ? Tout à fait, mais pas seulement. Avions-nous des influences sudistes ? Oui nous en
avions. Mais pour autant, personne ne pouvait nous mettre dans le même sac avec d’autres
groupes. Nous pouvions à la fois donner dans le thrash, dans le groove et jouer un titre très
rapide au tempo bien relevé sans nous éloigner de notre style. Le titre « Fucking Hostile » vient
d’une sorte de slogan que nous avions dans le groupe à l’époque. Pas vraiment une private joke,
mais une réponse récurrente lorsque quelqu’un était en rogne. Si quelqu’un commençait à
s’énerver, tu peux être sur que Dimebag ou quelqu’un d’autre allait lui rétorquer : « aucune
raison d’être hostile » (dit sur un ton nonchalant) et bien sur, ce slogan s’est vite transformé en :
« aucune raison d’être putain d’hostile ». A chaque fois cela détendait l’atmosphère et tout le
monde finissait par hurler de rire et tout d’un coup tout s’arrangeait ! C’est Vinnie Paul qui m’a
convaincu de l’utiliser comme titre, il avait d’ailleurs fait de même avec « Psycho Holiday » sur
Cowboys From Hell. Personnellement je n’étais pas très chaud pour ces 2 choix, mais Vinnie
insistait et à force, surtout lorsque la musique correspondait parfaitement, il fallait se rendre à
l’évidence : il avait raison ! Avec un tel titre, je lui ai dit de me donner un tempo super rapide et
un gros break avec un blanc suffisamment long pour que je puisse hurler « Fucking Hostile » et
c’est ce que nous avons fait et ce titre est devenu un de nos plus grands hymnes !

This Love : En ce qui me concerne, nous avions déjà fait une power ballade avec « Cemetary
Gates » et je ne voulais pas réécrire un titre dans le même genre et ce pour le restant de ma vie !
Pour ce titre, une fois la musique terminée,  j’ai vraiment apprécié le résultat. Ce que j’adore
c’est que lorsque tu découvres ce morceau, tu regardes le titre « This Love », le mot amour étant
très doux pour les metalleux, surtout à l’époque d’ailleurs alors qu’en réalité c’est un des mots
les plus forts qui soit, puis tu entends les premières secondes et là l’auditeur se dit : « Ok, je les
vois venir, c’est une power ballade ». Mais ce que nous faisions en réalité avec ce titre c’était
d’entrainer l’auditeur dans un faux sentiment de sécurité car quand tu commences à te dire qu’il
s’agit d’une power ballade, tu te prends en pleine tronche ce putain de refrain ! Puis il y a aussi
la partie finale, après que je gueule « No more head trips », une partie super lente, heavy et
chunky ! Nous savions parfaitement ce que nous faisions. Nous voulions tromper les gens en
leur faisant croire avec les premières secondes qu’ils avaient à faire à une ballade alors que nous
les entrainions en fait dans une jam super heavy ! J’étais vraiment content de notre démarche et
après l’écriture de « This Love », beaucoup de groupes nous ont empruntés cette façon de faire :
une intro mélodique puis un titre qui ne cesse de se construire jusqu’à aboutir sur une partie très
heavy ! Il y a eu des millions de titres écrits dans cette veine à partir du milieu des années 90 et
je nous attribue la paternité de cette façon de faire.
 
ANSELMO EN SOLO : Walk Through Exits Only

Je suis bel et bien en train de faire un album solo, même s’il n’est pas très juste de l’appeler ainsi
car je dispose d’une formation exceptionnelle, mais vu que j’en ai écrit la totalité et absolument
chaque note qui s’y trouve, j’imagine que c’est approprié. Cependant, j’ai bâti ce disque avec
Marzi Montazeri, un guitariste incroyable. Pour faire une métaphore, de même que lorsqu’Ozzy
a trouvé Randy Rhoads après Tony Iommi, je viens de trouver mon Randy Rhoads. Il est
phénoménal et nous venons d’abattre un boulot de grande qualité. J’ai laissé Marzi poser son
emprunte personnelle et sa prestation va laisser un sacré impact ! C’est un guitariste dément,
capable d’exécuter absolument n’importe quelle idée que je lui jette au visage. Une fois que je
lui ai expliqué ma vision, il s’est emparé de la balle et a remonté le terrain avec ! Je lui ai
totalement laissé la liberté d’être lui-même et d’exprimer sa signature sonore. Nous avons à nos
côtés le batteur de Warbeast et  j’ai poussé ce gamin dans ses derniers retranchements ! Je l’ai
épuisé jusqu’à la mort tellement je lui en ai demandé mais il a délivré une performance hors du
commun ! Cela fait longtemps que je souhaitais proposer de nouveau un album dans un style
plus extrême et si les gens apprécient la démarche, c’est super et si les gens n’adhèrent pas, ça
me va aussi. Il m’est extrêmement difficile de pouvoir catégoriser le style de cet album et de lui
coller une étiquette. Est-ce extrême ? Oui. Est-ce du heavy metal ? Oui. Mais en ce qui concerne
tous les sous-genres comme le black metal, le death metal, le grindcore et tout le reste…je pense
que ce disque ne convient à aucune de ces catégories. Je ne veux insulter personne, mais je
trouve qu’il y a beaucoup trop de groupes surfaits aujourd’hui, dans le black metal par exemple,
et au niveau de l’image en général. Pratiquement tous les groupes actuels ont le même
fonctionnement que les groupes de glam. L’image passe en premier (Phil insiste en répétant 3
fois) pour beaucoup trop de formations. De la musique, rien que de la musique, aucune image,
c’est comme cela que je souhaite que cet album solo soit accepté et perçu. Il s’agit juste d’une
dose de réalité. Je ne suis pas en train de chanter à propos de la magie noire ou de putain de faits
historiques ou de putain de trucs gores juste pour le principe d’avoir l’air gore. Ce genre de
démarche est gonflante à un point où cela en devient ridicule ! Cet album solo est ma riposte à la
façon dont les modes se sont introduites dans la musique underground. Il n’y a pas le moindre
tube radio dessus, que des choses extrêmes, mais faites de manière très différente de la scène
actuelle et avec beaucoup de fraicheur.  

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