Saint Vitus - Dave Chandler

 

 SAINT VITUS

 INTERVIEW AVEC DAVE CHANDLER

 09 MARS 2012 PAR TELEPHONE

 

 

Histoire de bien acter sa reformation, Saint Vitus publie son 1er album depuis 1995 avec le très
bon Lillie : F-65 dont le maitre à penser Dave Chandler a bien voulu nous expliquer le concept.

Il semble que Saint Vitus soit de retour pour de bon comme en témoigne la sortie
de ce nouvel album. Qu’est-ce qui n’avait pas fonctionné en 2003 ?

Dave Chandler (guitare) : Ce n’est pas comme si cela n’avait pas fonctionné en 2003, c’est juste que
nous n’avions fait aucun projet après ce concert de reformation à Chicago. C’est seulement une
fois la proposition du Roadburn 2009 reçue que nous avons commencé à avoir des projets. Mais
il n’y avait pour autant aucun problème entre nous en 2003, j’étais toujours occupé par Debris
Inc. tandis que Wino jouait dans 3, 4 ou 5 autres groupes !

Le timing est plus favorable pour un retour de Saint Vitus aujourd’hui n’est-ce pas ?

Complètement ! En fait c’est après le concert du Hellfest 2009 que nous avons décidé de donner
une véritable tournée de reformation et de voir ce qui allait s’y passer. La réaction du public fut
plutôt bonne, les gens ont apprécié notre retour et nous avons alors réalisé que nous pouvions
faire durer l’aventure. Les gens aiment davantage notre style de musique aujourd’hui !

Lillie : F-65 est le premier album de Saint Vitus en 17 ans. Etait-ce un défi de revenir au style de
composition très particulier de Saint Vitus après tout ce temps ? Y a-t-il eu de la pression sur
tes épaules ?

Je ne parlerai pas de pression mais c’était clairement un sacré défi de revenir dans l’univers de
Saint Vitus pour la simple et bonne raison que je suis plus vieux aujourd’hui et que ma vie a
beaucoup changée. Je n’étais pas sur de pouvoir capturer à nouveau les émotions qui
m’animaient dans le passé pour accoucher de la musique de Saint Vitus. Je ne voulais d’ailleurs pas
faire exactement la même chose, mais parvenir à la fois à un résultat suffisamment similaire au
Saint Vitus traditionnel pour que nos fans puissent aimer l’album. Tout s’est déroulé assez
naturellement finalement même si au départ c’était un peu étrange de me replonger dans cet
univers.

C’est le quatrième opus de Saint Vitus avec Wino, sur huit, et pourtant ce dernier est vu par
tout le monde comme votre vrai chanteur. As-tu aussi l’impression de faire parti du
véritable Saint Vitus lorsque Wino est à tes côtés ?

Oui je suis d’accord pour dire que Wino est le véritable frontman de Saint Vitus. Il convient
vraiment mieux à notre musique par rapport à Scott Reagers. Puis c’est Wino ! Sa présence se
suffit à elle-même ! Dès que nous avons parlé de nous reformer, j’ai tout de suite désiré revenir
avec le line-up de l’ère Born Too Late (1986). Sur Lillie : F-65, Wino s’est vraiment surpassé, il
a fait du très bon boulot et je pense sincèrement qu’il s’agit à ce jour de sa meilleure prestation
sur un disque de Saint Vitus !

Lillie : F-65 est un titre mystérieux. Peux-tu nous éclairer sur sa signification ?

Lillie : F-65 a un double sens. C’est un peu comme un puzzle que l’on doit résoudre. Si l’on
prend le sens littéral du terme, il s’agit d’un barbiturique (ndlr : famille des médicaments
antidépresseurs) que l’on pouvait trouver dans les années 70 et 80. Et si tu regardes de mon
point de vue, la femme que l’on voit  sur la pochette est Lillie. Pour le reste, je préfère laisser les
lecteurs trouver par eux même et ils seront d’ailleurs bien aidés par le digipack qui renfermera
des illustrations pour chaque chanson afin de raconter l’histoire de l’album. Tout deviendra plus
clair.

Avec Lillie : F-65 Saint Vitus dynamise son propos. C’est toujours du pur doom, mais avec un
côté moins neurasthénique et beaucoup plus entrainant. Tenais-tu à revenir avec une version
plus dynamique de votre musique ?

Je souhaitais évidemment disposer de quelques titres vraiment lents mais je voulais
effectivement insuffler une certaine fraicheur. Il est clair que je ne voulais vraiment pas copier
ce que nous avions déjà fait par le passé, même si je voulais que la veine soit aussi similaire de
façon à ce que les vieux fans aiment toujours. Mais en même temps il n’y a pas un seul album
de Saint Vitus qui soit purement lent, à part peut être Born Too Late. Il y avait même déjà 2
chansons rapides sur notre premier album éponyme ! Mais je me suis également assuré de ne pas
proposer de titres trop rapides non plus et je savais parfaitement que « Blessed Night » serait le
titre le plus uptempo par exemple.

Henry Vasquez est votre nouveau batteur. Etait-ce facile pour lui d’intégrer un groupe
composé de mecs jouant ensemble depuis les années 80 ?

Je ne sais évidemment pas quel a été son ressenti par rapport à son intégration, mais en même
temps il a joué avec moi vers la fin de mon groupe Debris Inc. et nous reprenions « Born Too
Late » et « Dying Inside » de Saint Vitus. Je savais donc qu’il collerait parfaitement…mais le
pauvre a du assurer son premier concert de Saint Vitus au Hellfest 2009 coincé entre Heaven &
Hell et Motley Crue (rires) ! Ce fût assurément une expérience stressante pour lui (rires) ! Mais il
s’est parfaitement intégré à notre moule et en apportant la frappe plus puissante dont il dispose,
il a ramené chez moi et Marc Adams une approche plus agressive sur scène, comme à nos
débuts, même si aujourd’hui une heure après chaque concert nous sommes en souffrance, mais
qu’importe après tout (rires) !

Vous revenez à une durée inférieure à 40 minutes sur Lillie :F-65 à la manière de ce que
vous proposiez sur les premiers opus de Saint Vitus. Est-ce la durée idéale d’un disque de Saint
Vitus selon toi ?

Nous ne pensions vraiment pas à la durée de l’album lorsque nous étions en plein élaboration de
Lillie :F-65 car c’est un album concept en quelque sorte et nous étions surtout concentré sur son
histoire. Mais effectivement, une fois l’album terminé, j’ai moi aussi comparé sa durée avec
celles de nos premiers méfaits et je fusse agréablement surpris de constater qu’elle était similaire.
C’est clairement le genre de durée qui nous convient car il nous est déjà arrivé de faire des
albums plus longs et il est clair que lorsqu’un album de Saint Vitus dure aux alentours des 60
minutes, les auditeurs finissent par trouver le temps long pendant l’écoute ! C’est d’ailleurs
valable pour d’autres groupes. Parfois j’apprécie vraiment une formation mais je trouve leurs
opus trop longs et une certaine lassitude et une impression que tous les titres se ressemblent
s’installe. C’est quelque chose que je ne veux pas pour Saint Vitus !

Parlons donc de l’histoire de Lillie :F-65 et commençons avec son premier titre « Let Them
Fall »…

« Let Them Fall » parle des hallucinations étranges dont souffre la fille sur la pochette alors
qu’elle se trouve dans un hôpital. Elle ne sait même plus distinguer si les choses qu’elle voit se
passent pour de bon dans la réalité ou si elles sont uniquement le fruit de son imagination. Elle
passe donc par tout un tas d’hallucinations dérangeantes et commence à se calmer pendant
l’instrumental « Vertigo » avant de se réveiller dans sa chambre d’hôpital, c’est d’ailleurs la
scène que l’on voit sur la pochette, et de se rendre compte qu’elle est en réalité toute seule et que
tout ce qu’il lui reste dans la vie est sa dépendance (« Dependence ») et son sevrage
(« Withdrawal »). Lillie :F-65 est un voyage au cœur de l’esprit torturé d’une toxicomane.

Que raconte ce très bon titre qu’est « The Bleeding Ground » ?

Sur ce titre qui est le second de l’album, il s’agit ici uniquement de choses réelles et très
mauvaises qui se passent autour d’elle. Tout ce qui est mentionné dans ce titre s’appuie sur des
faits concrets. On y parle d’histoires de corruption et de la déchéance de la société en général.
Elle passe donc des hallucinations délirantes de « Let Them Fall » à la dure réalité qu’est la
destruction du monde qui l’entoure.

Tu possèdes toujours ce son de guitare si particulier sur les riffs et carrément hanté pendant
les soli, l’exemple parfait étant le titre « The Waste Of Time ». Peux-tu nous dire comment
es-tu parvenu dès le début de ta carrière à trouver ce son unique ?

En fait lorsque j’ai commencé à jouer de la musique heavy, j’ai tout de suite voulu m’éloigner de
ce qui était en vogue à l’époque, c'est-à-dire le fait de pousser considérablement les aigus. J’ai
donc réglé les basses de mon ampli au maximum et dans le même temps j’ai réduit les aigus au
minimum. C’est ce qui m’a donné ce son caractéristique mais le problème ensuite est qu’avec un
tel réglage, il est quasiment impossible de pouvoir partir sur un solo, car tes notes ne tiennent pas
assez longtemps par l’absence totale d’aigus. C’est donc à ce moment là que j’ai eu l’idée
d’utiliser la pédale wha-wha pour assurer les soli et c’est à partir de là qu’est né le son de Saint
Vitus.

Le disque se termine donc sur « Dependence » et « Withdrawal ». La dépendance a toujours
été évoquée dans Saint Vitus par le passé avec des titres comme « Dying Inside » par exemple.
Est-ce un sujet qui est inséparable de l’univers Saint Vitus selon toi ?

J’ai toujours été entouré par ce genre de choses en fait. Pas lorsque j’étais gamin, mais depuis le
début de ma vie d’adulte, la dépendance a toujours été omniprésente autour de moi. Tu vas à
toutes ces fêtes et tu vois certains de tes amis qui finissent par aller trop loin avec certaines
choses. C’est tellement encré autour de moi que ça fera je pense toujours parti de l’univers Saint
Vitus. Ce sera toujours un des thèmes principaux. Je me sers d’ailleurs de cet élément du groupe
comme d’une sorte d’avertissement car j’ai traversé à maintes reprises ce genre de choses et il
est bon de se rappeler qu’il faut garder des limites.

Le fait que tu habites à la Nouvelle-Orléans n’arrange en rien évidemment…

Il est clair que ma consommation d’alcool a explosé le plafond depuis que je vis ici (rires) !

« Dependence » a une atmosphère particulièrement triste et glauque tandis que
« Withdrawal » se résume à des bruits chaotiques. Est-ce la représentation musicale que tu
as voulu donner pour illustrer les phases de dépendance et de sevrage ?

Oui car c’est vraiment le genre de sentiments que tu ressens lors de ces 2 étapes. Pendant
« Dependence », elle est encore accroc à sa drogue et elle est en train de lutter. Arrivé à la fin du
morceau, la drogue n’a plus d’emprise sur elle et la phase de sevrage commence…et chaque
personne qui a déjà vécu une phase de sevrage sait à quel point c’est horrible. C’est
extrêmement difficile à encaisser et ça te bousille le cerveau à tel point que tu n’arrives plus à
t’occuper de quoique ce soit.

Finalement, lorsque l’album se termine, on ignore si Lillie est sobre ou si elle finit par faire
une rechute…

Effectivement et je laisse l’imagination de chacun se forger sa propre réponse. Lorsque l’on
entend le « bip » continu à la fin du disque, est-ce que cela signifie que son cœur s’est arrêté de
battre ? Est-ce que cela signifie qu’elle a désormais trouvé la tranquillité et qu’elle vivra
calmement jusqu’à la fin de ses jours ? A vous de voir !

close
_/_

_/_