Anathema - Vincent Cavanagh

 

 ANATHEMA

 INTERVIEW AVEC VINCENT CAVANAGH

 19 MARS 2012 PAR TELEPHONE

 

 

On pensait Anathema arrivé au paroxysme de sa créativité sur We're Here Because We're Here (2010) mais voilà que les anglais enfoncent le clou avec un Weather Systems peut être encore meilleur que son illustre prédécesseur et qui nous entraine en fin fond des paysages intérieurs de notre cœur. Parole donc à Vincent Cavanagh pour nous parler avec sincérité et précision d’un des candidats majeurs au titre d’album de l’année 2012 !

Parlons d’abord un peu de Falling Deeper (2011). A la manière d’Hindsight
(2008), il s’agit de réarrangement de morceaux existants, mais le défi était cette fois
nettement plus relevé, tant la transformation de vos plus vieux titres en morceaux planants
et méconnaissables est étonnante. Est-il plus compliqué de changer drastiquement des
compositions existantes que d’écrire du neuf ?

Vincent Cavanagh (chant, guitare) : Non je ne pense pas. Falling Deeper a été plus facile à mettre en boite que Weather Systems, mais effectivement bien plus difficile que Hindsight. Transformer ce genre de
titres en pièces orchestrales fût un sacré défi en lui-même, car il nous fallait toujours garder à
l’esprit que l’orchestre allait avoir une place prépondérante dans l’ensemble. Il fallait nous
assurer de lui laisser de la place lorsque nous enregistrions nos parties car l’orchestre est le
dernier élément qui a été enregistré. La batterie, la basse, le piano et le chant sont venus avant et
nous devions ressentir ce que l’orchestre allait ajouter à l’ensemble afin de lui laisser l’espace
qui lui revient et de nous empêcher certaines choses. En somme, il ne fallait pas tomber dans la
tentation d’enregistrer trop de pistes et de trop remplir le son avec nos instruments, car le but
était de laisser l’orchestre comme meneur du disque et de le placer au centre car il est vraiment
la star de Falling Deeper. Tout s’est très bien passé et nous avons bossé en étroite collaboration
avec Dave Stewart, ce dernier étant la révélation de Falling Deeper. En ayant bossé avec lui sur
We’re Here Because We’re Here (2010), nous savions déjà que Dave était très bon en matière
d’orchestration, mais sur Falling Deeper il nous a littéralement soufflé ! C’est une chance de
pouvoir avoir un collaborateur comme lui pour un groupe qui a toujours été particulièrement
influencé par la musique classique et d’enfin pouvoir proposer en quelque sorte notre album de
musique classique avec Falling Deeper. Ce fût une expérience vraiment belle et je suis très fier
de ce disque. Il y a même des titres sur Falling Deeper que je considère parmi les meilleurs de
notre carrière ! Bien sur, cet opus ne s’adresse pas à tout le monde. Mais cela nous importe peu,
car comme vous le savez, nous créons toujours la musique que nous aimons, sans nous soucier
des réactions qu’elle va provoquer. Nous sommes simplement des amoureux de musique et nous
aimons faire ce que nous avons à faire. Ensuite si les gens aiment aussi, c’est super, et Falling
Deeper a été plutôt bien accueilli !

Avez-vous appris sur Falling Deeper quelque chose dont vous vous êtes servis pour Weather
Systems ?

Non pas du tout car il n’y avait que des vieux morceaux sur Falling Deeper et que du neuf sur
Weather Systems. Cependant, le truc amusant est que nous avons mis en boite ces 2 albums au
même moment ! Nous faisions un peu de jonglage ! Nous avons commencé par une semaine de
boulot sur Falling Deeper. Ensuite nous faisions une petite pause, et nous revenions au studio et
commencions Weather Systems. Nous n’avons pas arrêté de faire des allers et retours entre ces 2
disques pendant quelques mois. Nous avons terminé Falling Deeper vers l’été 2011 et l’avons
publié en septembre, puis nous avons achevé Weather Systems fin 2011. C’était intéressant de
travailler en même temps sur 2 albums, sans compter le fait que nous étions souvent en tournée
et que nous faisions beaucoup de promo. 2011 a sans aucun doute été l’année la plus chargée
dans la carrière d’Anathema. Ajouté à cela, nous avons également beaucoup plus répété que
d’habitude après le départ de Les Smith afin de bien intégrer Daniel Cardoso aux claviers lors de
nos concerts. Ce fût une période vraiment chargée ! Je suis heureux aujourd’hui de n’avoir
comme seule et unique tâche le fait de nous concentrer sur la sortie de Weather Systems et la
tournée qui va suivre. Personnellement, je préfère nettement n’avoir qu’un seul but à la fois, au
lieu d’effectuer 2 ou 3 tâches au même moment. Néanmoins, ce fût une expérience intéressante
et probante…même si je ne souhaite jamais plus travailler sur 2 albums en même temps (rires) !

Tu as mentionné le départ de Les. Est-ce que Daniel Cardoso est aujourd’hui un membre
permanent d’Anathema ou simplement le claviériste live ?

Pour le moment, son rôle est de jouer le clavier en concert. Daniel est un mec très occupé de
toute manière. Il est devenu le compositeur d’Anneke Van Giersbergen, il a aussi son propre
groupe, il possède son propre studio, il est ingénieur du son et producteur et il a tout un tas de
projets sur le feu. A ce jour il n’est donc pas un membre permanent d’Anathema mais il fait
clairement parti de la famille. Anathema est composé d’un noyau dur mais nous incluons
d’autres personnes dans notre famille comme Daniel Cardoso, notre producteur Christer-André
Cederberg, Petter Carlsen et Anneke Van Giersbergen. Donc oui, je ne verrai aucun
inconvénient à faire parti d’un groupe avec Daniel Cardoso, d’autant plus que c’est un mec très
agréable et qu’il est très talentueux. Peu de gens le savent, mais c’est un batteur phénoménal ! Il
est très complet, il touche à tout. Il peut jouer de plein d’instruments et sait tout faire en studio.
Puis il est également plutôt beau gosse (rires) ! C’est le genre de mec qui t’énerves car il a tout
pour lui (rires) ! Plus sérieusement, je serai ouvert à une collaboration avec Cardoso sur un
disque, mais pour être honnête, nous n’avons eu besoin de personne aux claviers sur Falling
Deeper et Weather Systems. En fait nous n’avons d’ailleurs jamais eu besoin de claviériste en
studio car c’est toujours Danny (Cavanagh) qui s’en est chargé et plus particulièrement en ce qui
concerne les sons de piano. Depuis quelques années, je m’y suis également mis et je me charge
souvent des atmosphères ambiantes aux claviers ainsi que les quelques programmations qu’il y a
dans notre musique. John Douglas aussi nous aide en ce sens et à nous 3 nous écrivons aussi les
arrangements de corde. Du coup, il n’y a vraiment aucune place pour une autre personne dans
notre façon de créer, que ce soit Daniel ou Les. C’est d’ailleurs honnêtement pour ça que ce
dernier ne fait plus parti du groupe. Depuis quelques années, il était surtout devenu tour
manageur et il n’y avait plus de place pour lui en studio avec nous. C’est d’ailleurs également ce
qui s’est passé avec Jamie (Cavanagh) récemment. Il était tellement occupé l’année dernière que
lorsque nous ne retrouvions pour enregistrer il n’était généralement pas présent. Au final je
pense qu’il n’a joué aucune partie de basse sur Falling Deeper et il a seulement participé à la
moitié de Weather Systems. Jamie s’intéresse également en ce moment à toutes ces choses de
l’envers du décor en faisant tour manageur, ingénieur du son, technicien de scène etc. Ca a
toujours été son truc de toute façon. Plutôt que d’attendre que les uns et les autres soient moins
occupés, nous avons préféré ne pas perdre de temps, accourir au studio et faire le boulot nous
même. Pendant les premières semaines d’enregistrement de Weather Systems il n’y avait que
moi, Danny et John en studio. Nous avons vite réalisé que cela fonctionnait à merveille et que
l’alchimie était parfaite à 3. En revanche nous avons eu recours aux services du producteur
Christer-André Cederberg et ce dernier a véritablement une sensibilité similaire à la notre quant à
ce que nous devons créer. Il a fait le lien entre nos idées créatives et les techniques
d’enregistrement en studio. Il a su interpréter ce que nous voulions faire et c’est un partenariat
parfait depuis le premier jour. Nous avons vite réalisé que nous tenions ici quelqu’un de
vraiment spécial. C’est le genre de mec que tu rencontres le premier jour et tout de suite tu parles
avec lui de tout un tas de sujets que ce soit de la politique, l’art, la culture, la musique, les films,
tout un tas de choses, et tout cela pendant le petit déjeuner avant même d’avoir quitter son
appartement que nous partagions avec lui. Non seulement nous avions trouvé un excellent
producteur mais en plus Christer est vite devenu un très bon ami ! C’était génial ! Surtout pour
moi d’ailleurs car je me suis senti vraiment très à l’aise en bossant avec lui. Il nous a apporté
tellement de choses en studio. Nous savons que c’est l’homme de la situation. Christer-André
Cederberg est notre Sir George Martin (ndlr : producteur des Beatles) ou notre Nigel Godrich
(ndlr : producteur de Radiohead). J’aurai tellement aimé pouvoir mettre en boite absolument
tous nos albums avec lui. En tout cas, il a donné à Weather Systems la meilleure production dont
nous n’ayons jamais bénéficié. Steven Wilson a fourni un très bon boulot sur le mixage de
We’re Here Because We’re Here que nous avions produit nous même, mais la différence cette
fois est que Christer était impliqué dans le projet dès le premier jour. Il a donc pu analyser nos
idées et nos envies et savoir quel type de son et de performance convenait à chaque instrument.
Il a pu s’assurer que chaque petite subtilité, chaque nuance, tous les détails qui aident à
construire nos chansons et même nos improvisations soient capturés dès le début du processus.
Il y avait une intention très forte derrière absolument chaque élément enregistré pour cet album.
Dans le passé, nous avions tendance à simplement essayer des choses en studio, expérimenter
plusieurs prises et voir ce qui fonctionnait. Mais cette fois-ci, rien n’a été laissé au hasard. Nous
savions parfaitement ce que nous voulions obtenir comme résultat. 

We’re Here Because We’re Here et Weather Systems ont d’indéniables similitudes dans la
production. Finalement, avez-vous réellement besoin d’un producteur extérieur ?

En fait nous avons produit avec Danny We’re Here Because We’re Here et Falling Deeper et
même si Christer-André Cederberg était dans la chaise du producteur de Weather Systems, il
s’agit clairement d’une coproduction entre lui et nous. Danny serait le premier à dire que j’ai
énormément travaillé dans ce secteur sur ce nouvel opus, et je bossais d’ailleurs pendant un
moment la production en parallèle dans un autre studio, histoire de gagner du temps. Nous
travaillions avec Christer jusqu’à 20h00 par jour vers la fin des sessions, difficile de faire ses
heures de sommeil dans ces conditions, mais nous avons fini dans les temps. Nous n’avons pas
dépassé notre deadline. Nous avons travaillé dur pour ça, mais c’est génial de pouvoir aboutir à
un résultat de cette qualité tout en restant dans les délais impartis.

We’re Here Because We’re Here a rencontré un franc succès et a été couronné de louanges
aussi bien par les fans que par la presse. Cela vous a-t-il mis la pression pour Weather
Systems ?

Absolument pas. C’est tout le contraire en fait ! Vu que nous ne prêtons pas la moindre attention
aux influences extérieures pendant que nous composons notre musique, nous bloquons ainsi
toute notion d’attente que les gens pourraient avoir envers nous ou ce que les gens veulent que
nous soyons. Nous faisons seulement en sorte de suivre l’essence de chaque chanson. Chaque
titre est un leader en quelque sorte. C’est un titre qui nous dicte ce qu’il doit être et nous faisons
en sorte de le faire parvenir à ce qu’il doit être. Il est bon de s’écarter du chemin d’une chanson
parfois, de laisser son ego de côté et de laisser la chanson devenir ce qu’elle doit être sans
interférer. Musicalement ce que nous faisons est pur et chaque titre possède une grosse identité.
Lorsque nous composons, beaucoup de choses viennent du subconscient, rien n’est trop
réfléchi, c’est seulement arrivé à l’étape de production que notre logique se met en route et que
nous analysons les émotions et ce à quoi nous voulons aboutir. Mais lors de la composition,
nous ne pensons absolument pas à ce que les autres souhaitent. De toutes les personnes sur terre,
nous sommes les individus les plus critiques sur la musique d’Anathema. Tous les éloges que
nous pouvons recevoir sont évidemment appréciés et toutes les critiques négatives ne nous
touchent pas. Dans les 2 cas, nous ne devons pas en tenir compte. Nous devons rester
impartiaux et rester authentiques par rapport à l’idée que nous nous faisons de notre musique.
Lorsque tu parviens à matérialiser ton idée, c’est comme si tu portais un gilet pare-balles quelque
part. Tu sais ce qui est bien ou pas et les opinions extérieures ne peuvent être qu’un bonus. Je
suis vraiment fier de nos 2 derniers albums et je pense que nous avons considérablement élevé
nos standards. Je pense d’ailleurs que We’re Here Because We’re Here et Weather Systems sont
intimement liés. Mais Weather Systems est pour moi un album plus complet et plus cohérent.
Néanmoins ces 2 disques sont liés et je comprends aujourd’hui pourquoi. Cela vient du fait que
4 chansons de Weather Systems datent de l’époque de We’re Here Because We’re Here. Il s’agit
de « The Gathering Of The Clouds », « Lightning Song », « Sunlight » et « The Storm Before
The Calm ». Ces 4 chansons ont toujours été faites pour former un tout, et il était hors de
question de les séparer. Du coup, elles n’ont pas trouvé leur place sur We’re Here Because
We’re Here mais nous savions alors qu’elles nous serviraient de fondation à Weather Systems et
qu’elles occuperont le milieu de l’album. Cela a crée un lien indéniable entre les 2 derniers
albums, et ce genre de filiation a déjà eu lieu dans le passé : A Fine Day To Exit (2001) et A
Natural Disaster (2003) sont liés et il en va de même pour Alternative 4 (1998) et Judgement
(1999). Je dirai même que The Silent Enigma (1995) et Eternity (1996) ont un petit quelque
chose en commun. En tout cas, je peux déjà vous dire que le prochain album sera complètement
déconnecté de We’re Here Because We’re Here et Weather Systems. Ce sera une nouvelle fois
une progression vers l’avant et une évolution pour nous. Honnêtement, je trouve que notre
histoire devient de plus en plus intéressante au fur et à mesure que nous publions des disques
car nous faisons parti de ce genre de groupe qui ne se répète jamais. C’est vraiment intéressant
car je sais déjà à peu près comment notre prochain disque va sonner, et ce sera très différent,
mais le disque d’après ? Je n’en sais encore absolument rien ! C’est quelque chose de
fascinant et pourtant j’aime aussi la musique qui ne change jamais d’identité comme celle
d’AC/DC par exemple. Ils n’ont pas bougé d’un iota car ils ont eu dès le début ce son parfait. Il
y a des groupes qui deviennent au fil du temps un divertissement plus qu’autre chose et il y a
d’autres groupes qui ne cessent d’évoluer et de surprendre les journalistes, les fans et parfois
eux même ! Je pense que les Beatles, Pink Floyd et Radiohead appartiennent à cette seconde
catégorie et dans un sens, je pense qu’Anathema souscrit à la même démarche.

Tu parlais des 4 chansons dont les titres ont une connotation climatique et l’album s’appelant
Weather Systems, on peut supposer qu’il y a une sorte de concept n’est-ce pas ?

Il y a une métaphore en tout cas. J’aime nos longs titres qui ne cessent de se construire au fur et
à mesure et passent par plusieurs émotions pour parvenir à un large ensemble très intense. Je
suis fan de ce genre de musique. Cet album aurait tout aussi bien pu s’intituler Internal
Landscapes comme la dernière chanson mais nous avons opté pour une métaphore avec
Weather Systems dont le titre nous paraissait plus énigmatique. Internal Landscapes aurait été un
titre dont le sens est trop évident. Mais le concept est d’évoquer nos sentiments intérieurs les
plus profonds avec la métaphore des changements de climat. Nous ne faisons que parler des
tempêtes que nous pouvons traverser dans nos vies et ce genre de choses.

Il est drôle de se souvenir que vous avez longtemps été catégorisé par l’appellation « rock
atmosphérique » et que vous livrez maintenant un opus intitulé Weather Systems, les 2 collant
bien en fait…

Oui c’est vrai que l’atmosphère, la météo tous ces trucs là sont liés (rires). Et pourtant je n’ai
jamais rien compris à cette appellation « rock atmosphérique ». On essaie souvent de nous coller
des étiquettes et les plus utilisées sont probablement : rock alternatif, art rock, post-rock, rock
progressif, post-progressif et même rock atmosphérique. Mais il est clair qu’Anathema est un
groupe très difficile à catégoriser et nous aimons plutôt ça car nous n’avons jamais souhaité
écrire de la musique qui corresponde à un style en particulier.

Avec We’re Here Because We’re Here et Weather Systems vous avez livré vos 2 meilleurs
albums à ce jour et de l’extérieur on sent clairement que vous êtes dans un superbe élan
créatif. Le ressentez-vous vu de l’intérieur ?

Oh oui absolument ! Et je dois dire qu’il y a encore beaucoup de choses à venir dans le futur !
Une fois que tu parviens à trouver cette alchimie, il est hors de question de revenir en arrière ou
de laisser tomber ça ! Tu sais au plus profond de ton cœur lorsque tu parviens à un tel élan. Tu
en as conscience. Moi et Danny avons toujours été la catalyse d’Anathema, ses forces directives.
Nous ajoutons maintenant Lee Douglas qui chante superbement bien et qui nous apporte une
toute nouvelle couleur et une nouvelle dimension. John joue bien mieux aujourd’hui comme
chacun de nous d’ailleurs. L’ambiance n’a jamais été aussi bonne dans le groupe ou en studio. Il
n’y a plus aucun problèmes personnels entre nous et ça aide considérablement. Mais je pense
que nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir. Il nous reste encore une grosse marge
de progression devant nous. Il nous faut encore essayer de nouvelles choses et nous améliorer
avec de nouveaux moyens. Comme je l’ai déjà dit, nous sommes très critiques envers nous
même et nous approchons notre musique avec beaucoup d’honnêteté. Nous donnons tout sur
scène pour cette musique car la façon dont elle a été composée évoque la vérité pour nous. Tu
as plutôt intérêt à être honnête si tu veux parvenir à cela, si tu veux pouvoir être à 100% sur
scène et livrer toutes tes émotions dans cette musique car il n’y a aucun moyen de tricher. Si
jamais nous faisions les acteurs, prenions tout cela seulement comme un job, alors nous
échouerons face à l’intention de cette musique car la raison d’être de cette dernière est d’être à
100% vraie et directe. Il faut à chaque fois que nous la ressentions au plus profond de nous
lorsque nous sommes sur scène et c’est pour cela que nous donnons tout ce que nous avons.
Nous sommes ce genre de personne, nous avons toujours aimé la musique live et nous
considérons que tout donner sur scène est la chose la plus naturelle au monde.

We’re Here Because We’re Here est un album rayonnant et positif tandis que Weather
Systems possède beaucoup plus de dualité et alterne entre l’obscurité et la luminosité.
L’album commence avec des titres sombres, se poursuit par une belle éclaircie au milieu
avec « Lightning Song » et « Sunlight », redevient sombre avec comme point culminant
« The Lost Child » et s’achève sur une note plus joyeuse avec « Internal Landscapes ». Ce
changement d’atmosphère évoque les changements de saison et on peut supposer que le
déroulement du disque a été murement réfléchi n’est-ce pas ?

Exactement. Nous savions très tôt que nous voulions aboutir à cela. En fait les 4 premiers titres
« The Gathering Of The Clouds », « Lightning Song », « Sunlight » et « The Storm Before The
Calm » montraient déjà cette alternance de saison. « Internal Landscapes » a été crée et
improvisé en studio. Dès le premier jour, j’ai emmené avec moi une démo avec dessus un riff de
Danny que ce dernier avait oublié. Je lui dis : « Danny tu te souviens de ça ? » et il me répond :
« putain j’avais complètement oublié ! ». J’ai alors dit à Danny de jouer cette partie à la guitare,
à John de se mettre derrière la batterie et à Christer de prendre la basse, et s’en m’en apercevoir
j’étais en train de jouer le chef d’orchestre en leur disant où ils devaient aller (rires) ! Nous
avions donc désormais 5 titres en boite et nous savions que les 4 premières chansons allaient
servir de milieu d’album et qu’ « Internal Landscapes » serait la dernière. Il ne nous restait plus
qu’à composer autour en fonction de ce que nous souhaitions obtenir comme déroulement pour
Weather Systems et les types d’émotion que nous voulions. Cet enchainement de titre réfléchi est
la raison pour la quelle Weather Systems sonne comme un disque très cohérent.

Danny écrit toujours la majorité de la musique mais toi et John proposez souvent certaines
perles de vos albums. Quels titres avez-vous écrit sur Weather Systems ?

« The Storm Before The Calm » est clairement notre bébé avec John. Il est assez inhabituel et
reflète mon gout pour la musique électronique. C’est une sorte de titre psychédélique,
hypnotique, synthétique et ambiant. Je suis vraiment client de ce genre de musique. Il s’agit
d’ailleurs de mon titre favori sur l’album aux côtés de « The Lost Child » et « Internal
Landscapes », pour lesquels j’ai également prêté un bon coup de main au niveau de leur
création. Je n’ai pas du tout participé à « Lightning Song » et « Sunlight » mais en revanche j’ai
ajouté des choses à « The Gathering Of The Clouds » et « Untouchable, Part.1 ». Lorsqu’on y
regarde de plus prêt, je me suis impliqué dans tous les titres les plus sombres et les plus intenses.
Mais sur les titres lumineux comme « Lightning Song » et « Sunlight », mis à part avoir participé
à leur production avec Christer, je ne joue même pas sur le premier et je fais à peine quelques
chœurs et quelques parties de claviers sur le second. Tout cela montre à quel point notre
partenariat avec Danny et John fonctionne à merveille. Nous apportons tous différentes choses
dont l’album a besoin. C’est marrant mais ça me rappelle ma rencontre avec John, que je n’aurai
logiquement jamais du rencontrer. J’étais censé aller dans une école, mais au dernier moment on
m’a changé d’établissement et je me suis retrouvé assis un côté d’un certain John Douglas. C’est
le mec que j’ai rencontré le premier jour de classe et nous voilà en train de faire notre vie
ensemble tant d’années plus tard, c’est incroyable quand on y pense !

Peux-tu nous parler du discours que l’on entend pendant « Internal Landscapes » ?

C’est une très belle histoire. Comme je l’ai dit précédemment, nous avons improvisé cette
chanson en studio en 1 jour. Lors du dernier jour d’enregistrement, Danny s’est pointé avec un
documentaire du docteur Kenneth Ring datant de 1991 où il interview plusieurs personnes à
propos de leur propre expérience de mort imminente. Il y a cet homme Joe Geraci qui raconte
soudainement son histoire très grave avec beaucoup d’humanité et d’honnêteté. Son discours est
vraiment prenant et je me suis mis à l’écouter raconter le moment où il a vraiment senti qu’il
partait, qu’il allait mourir, et qu’il a alors concentré tous ses efforts restants pour se retourner et
pouvoir dire au revoir à sa femme. Il a alors réalisé que c’était la chose la plus importante de sa
vie et qu’il n’y avait rien qui comptait plus. Ca m’a atteint car cela renvoie à ma propre
philosophie de la vie. La contemplation que l’on fait de sa propre mortalité et la façon dont on y
fait face. Réaliser que la chose la plus importante dans la vie est notre entourage. Ma famille et
mes proches sont la chose la plus importante que j’ai dans la vie et juste le fait d’entendre cet
homme le dire m’a vraiment touché. Puis il a cette façon belle et élégante de raconter son
histoire et de la mettre sur la table. Peu importe que les gens y croient ou pas, son histoire est sur
la table et c’est à eux de se faire leur idée. En ce qui nous concerne, nous voulions utiliser son
discours pour « Internal Landscapes » mais nous voulions aussi avoir son accord. Danny a
réussi à se mettre en rapport avec le réalisateur du documentaire qui lui a dit que cet homme était
encore vivant, qu’il avait au moins 80 ans et qu’il vivait aux Etats-Unis. Il nous a mis en relation
avec lui et je lui ai parlé au téléphone dans le studio. Un homme vraiment adorable, courageux
et qui possède encore ce grain particulier dans la voix. Je l’ai alors remercié pour son histoire et
pour le fait de nous avoir donné un thème à « Internal Landscapes », qui est la chanson qui a
bâtie le concept entier de l’album. Je suis fier que nous n’ayons pas seulement utilisé sa voix
comme un sample, mais qu’au contraire nous nous soyons mis en rapport avec lui, qu’il nous ait
donné son accord et que nous l’ayons impliqué dans l’élaboration de ce disque. Il a écouté
« Internal Ladnscapes » et il a beau avoir plus de 80 ans, il aime le résultat et je trouve ça
vraiment cool !    

Depuis We’re Here Because We’re Here  les orchestrations sont une partie capitale de votre
son et Weather Systems ne déroge pas à la règle. Vous avez encore utilisé un véritable
orchestre n’est-ce pas ?

Tout à fait et nous avons encore fait appel à Dave Stewart et le London Session Orchestra. Nous
avons utilisé 22 musiciens cette fois, au lieu des 26 présents sur Falling Deeper. Le processus
fût similaire. Nous donnions nos idées à Dave Stewart et il nous proposait quelque chose en
retour. Parfois tout était écrit à l’avance, comme sur « The Storm Before The Calm » où je savais
ce que l’orchestre devait jouer. Dave a jugé bon de simplement faire exécuter ce que j’avais en
tête par l’orchestre. Mais Dave a beaucoup collaboré avec nous jusque là fin de l’enregistrement
et il est très talentueux. J’ai d’ailleurs hâte d’écouter ce qu’il a apporté à Storm Corrosion, le
projet de Steven Wilson et Mikael Akerfeldt. Dave a bossé avec eux sur ce projet et je suis
curieux d’entendre ce que cela donne…à vrai dire je suis curieux d’écouter n’importe quel
projet qui implique Dave Stewart !

Dans le passé vous avez joué à plusieurs reprises avec un orchestre sur scène, mais s’il y a
bien un moment dans votre carrière où cela aurait du sens, c’est maintenant. Prévoyez-vous
de réitérer l’expérience ?

Nous n’avons jamais joué avec un véritable orchestre sur scène, seulement avec des quatuors de
cordes. Mais cela va sans dire, ce serait super de nous produite avec un orchestre complet en
live. Nous aborderions l’évènement en laissant la mène à l’orchestre et à vrai dire il y a une
possibilité que cela se fasse dans le futur. La question a déjà été abordée, il y a quelque chose
dans les tuyaux, mais il est trop tôt pour savoir si cela va se réaliser.

Il en va de même pour les DVD live. Vous en avez sorti pas mal pendant un moment, mais il
serait opportun d’en sortir un aujourd’hui vu que vous êtes au sommet de votre art ne
penses-tu pas ?

Là encore c’est une possibilité. Mais nous souhaitons pour un tel projet bénéficier d’une
production digne de ce nom et cela nous demandera également beaucoup de travail. En tout cas
il y a des négociations actuellement et nous verrons si cela aboutit à quelque chose de concret.

En live vous avez joué We’re Here Because We’re Here en intégralité, en sera-t-il de même
pour Weather Systems ?

Oui je le pense mais peut être pas tout de suite. En fait nous allons donner 2 tournées
européennes d’ici la fin de l’année. Il y a d’abord celle qui va passer par le Bataclan à Paris le 2
mai, ce qui est pour moi un nouvel accomplissement dans les lieux où je veux me produire dans
la ville où je vis (ndlr : Anathema y a déjà joué mais seulement en première partie), et je pense
qu’il sera alors trop tôt pour jouer Weather Systems intégralement car il viendra d’une part d’être
disponible et nous reviendrons à nouveau pendant l’automne pour une seconde tournée et je
suis sur que nous attendrons ce moment là pour le jouer entièrement. La tournée d’automne sera
donc complètement articulée autour du concept de Weather Systems, mais le concert de mai sera
surtout une occasion de redire bonjour à nos fans et d’avoir ensemble une belle célébration,
même s’il ne fait aucun doute que nous jouerons déjà beaucoup de titres de Weather Systems. A
vrai dire nous n’avons pas encore commencé les répétitions de la tournée. Nous commençons la
semaine prochaine et nous aurons alors une idée plus précise. Sait-on jamais, peut être finirons
nous par jouer Weather Systems en entier dès le printemps, mais je pense qu’il y aurait plus de
sens à le faire pendant l’automne pour laisser aux fans plus de temps pour le digérer.

Souhaites-tu nous parler de ton projet solo ?

Et bien j’y travaille toujours lorsque nous avons du temps libre en dehors d’Anathema, mais ces
derniers temps nous sommes très occupés par le groupe. Cependant, je vais encore le compléter
autant que je le peux d’ici le début des répétitions et je pense pouvoir le finir et l’enregistrer
pendant l’été. J’ai toujours du temps pour travailler sur mon projet solo entre les festivals d’été.
Il se pourrait donc que cet album solo soit prêt en fin d’année. Je tiens à prévenir les lecteurs
que ce projet est complètement différent d’Anathema musicalement.

close
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