Kill Devil Hill - Rex Brown

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 KILL DEVIL HILL

 INTERVIEW AVEC REX BROWN

 01 FEVRIER 2012 PAR TELEPHONE

 

 

Si Rex Brown écrit en ce moment son autobiographie, il se tourne vers de nouveaux
horizons musicaux en repartant de 0 avec Vinny Appice au sein d’un Kill Devil Hill bien décidé à marquer 2012 de son emprunte sous l’impulsion de ses 2 infatigables vétérans !

Comment t’es-tu retrouvé impliqué dans Kill Devil Hill ?

Rex Brown (basse) : Je connais Vinny depuis des lustres et nos groupes ont fait beaucoup de tournées
communes dans le passé même si c’est son frère Carmine qui nous a présenté au départ. Rita
Haney (ndlr : veuve de Dimebag Darrell) a suggéré à Kill Devil Hill de faire appel à moi car elle
me savait en recherche d’une nouvelle formation. Lors de la convention Namm 2011, Vinny
m’a donné des démos de Kill Devil Hill et vu qu’avec Arms Of The Sun nous recherchions un
batteur, j’ai demandé à Vinny de nous rejoindre. Au final ça ne s’est pas fait car ce n’était pas
son style de jeu, mais ce dernier est venu habiter chez moi pendant une semaine. Mon voisin a
un véritable studio chez lui, il bosse pour des gros projets de Pixar et Nickelodeon entre autres,
et j’ai posé ma basse sur 4 démos de Kill Devil Hill. Une fois qu’ils les ont écoutés, ils me
voulaient à leurs côtés et nous avons donc répété dans ce studio assez cool de L.A où a été mis
en boite le premier Slayer. Je sais que ça fait cliché, mais notre collaboration a fait tilt tout de
suite !

Quel est le sens du nom Kill Devil Hill ?

Cela vient de l’époque des pirates. Lorsqu’ils pillaient un bateau de marchandise, ils volaient le
rhum et le cachaient dans des trous. Ils disaient que le rhum était tellement fort qu’il pouvait
« tuer le diable ». En Caroline Du Nord, il y a la ville Kill Devil Hills. C’est de ces collines que
les frères Wright ont fait volé le tout premier avion au monde, et on a retrouvé beaucoup de
rhum caché dans ces même collines, d’où le nom de la ville.

Vinny et toi avez évolué dans des formations établies. Est-ce facile pour vous de repartir à 0
?

C’est vivifiant en tout cas ! Nous sommes partis en tournée pendant 5 semaines, sans album,
sans promotion et en fonctionnant juste par le bouche à oreille, à l’ancienne. Nous tenions à
jouer live pour renforcer le groupe et ce fût génial ! Je me souviens bien d’un mec à Houston,
qui avait la trentaine et qui portait un t-shirt Eyehategod. Il nous regardait d’un air dubitatif, les
mains dans les poches. Au fur et à mesure du show, il a commencé par sortir une main, puis la
deuxième et à la fin il était les 2 bras en l’air en train de faire le signe du diable. C’était
intéressant de voir ce genre de réactions. Parfois il y avait du monde, parfois les salles étaient
vides. Notre dernier concert a eu lieu en décembre 2011 pour le Dimebash à Hollywood et c’est
celui que j’ai préféré.

Peux-tu présenter Mark Zavon et Dewey Bragg aux lecteurs ?

Vinny a rencontré Mark en premier, au studio de Jeff Pilson (Dokken, Foreigner, Dio). Mark a
fait écouter ses chansons à Vinny et ce dernier a tant apprécié qu’ils ont vite commencé à poser
les bases de certaines démos. Ensuite c’est Mark qui a déniché ce très bon chanteur qu’est
Dewey et enfin je suis arrivé pour finaliser le groupe.

Est-ce facile de trouver une alchimie entre 2 musiciens établis et 2 débutants ?

Aucun problème là-dessus et d’ailleurs Mark n’est pas vraiment un débutant (ndlr : il a joué
brièvement dans Ratt et W.A.S.P). C’est un guitariste phénoménal. Je n’ai pas joué avec
quelqu’un de son calibre depuis Dimebag. Quant à Dewey il a ce petit truc à la Layne Staley
(Alice In Chains) mais il a son propre style. Il n’essaie pas de le copier, c’est juste une influence.
Dewey est le plus jeune de nous tous et c’est son premier rodéo en quelque sorte ! Toujours est-
il que sur scène, lorsqu’il atteint certaines notes aiguës j’ai du mal à y croire. Il est très à l’aise
sur les mélodies et je recherchais ça depuis longtemps. Avec Phil Anselmo nous avons séparés
nos chemins musicaux, en bon terme, mais ça faisait 24 ans que nous jouions ensemble. C’est
déjà pas mal non ? Pour moi, tout cela n’est qu’un voyage musical, et arrive un moment où il
faut savoir prendre des chemins différents et j’espère que chacun de nous rencontrera encore
beaucoup de succès et j’y crois vraiment pour Kill Devil Hill sinon je ne ferai pas parti de
l’aventure.

Kill Devil Hill a d’un côté cette influence Black Sabbath période Dio, « Time + Time Again »
aurait par exemple pu être écrit par Tony Iommi, et de l’autre il y a ce coté accrocheur et
mélodique à la Alice In Chains. Etait-ce le but de faire un metal lent et heavy mais aussi
accrocheur et mélodique ?

Ce sont 2 influences évidentes à la composition même si nous avons accouchés d’un son très
personnel. « Time + Time Again » fait d’ailleurs parti de mes favoris. J’adore sa lourdeur et sa
simplicité. Nous voulons créer quelque chose de très heavy tout en y greffant un aspect
accrocheur. La voix de Dewey nous aide en ce sens et ce dernier n’est jamais satisfait par ses
vocalises qu’il modifie de « temps en temps », sans faire de jeu de mot ! Ce que nous faisons est
à la fois simple et original.

Ca fait du bien de voir un nouveau groupe avec un vrai talent de composition et un vrai
chanteur. Ce sont des éléments qui manquent beaucoup à la scène metal actuelle, qu’en
penses-tu ?

Oh que oui ! Je crois que je n’aime quasiment aucun nouveau groupe. Il y a un gros manque
d’originalité et de capacité à composer. Sans parler de tous ces clones de Pantera. C’est flatteur
quelque part, mais je n’arrive pas à comprendre pourquoi ils ne parviennent pas à digérer leurs
influences pour en faire quelque chose de personnel. C’est frustrant parfois de se dire que plein
de groupes se font du fric sur notre dos. J’entends un titre qui cartonne et je sais d’où vient le
riff. Lamb Of God est un parfait exemple. Je connais Randy Blythe et on se parle de temps à
autre. A chaque fois je lui dis : « mec, ton groupe est un plagiat de Pantera et toi tu essais
d’imiter Phil ». C’en est devenu une blague récurrente. Il n’arrive qu’à me répondre des trucs du
genre : « il faut bien que quelqu’un le fasse… ». Sinon ça faisait longtemps que je voulais jouer
dans un groupe avec plus de mélodies vocales. C’est d’ailleurs pour ça que j’avais rejoint Arms
Of The Sun (ndlr : groupe dont Rex ne fait plus parti) car Lance Harvill est un super chanteur.
J’étais en pleine phase de transition (ndlr : en 2009), Down était au repos, j’avais vidé ma
maison et installé une tonne de matos dedans. Lance m’a fait écouter ses chansons et j’étais
impressionné par leur qualité. 2 jours plus tard je reçois un coup de fil de Terry Date qui me
parle d’un projet de Mark Ross, le mec qui a signé Pantera sur Atco Records, et Sir George
Martin, le producteur des Beatles. Il me demande si je peux lui envoyer quelques titres. Je lui
réponds : « j’ai un album entier mec ! ». Nous avons enregistré le disque d’Arms Of The Sun
dans le studio de Willie Nelson, j’en suis toujours très fier et j’aimerai que davantage de gens
puissent l’écouter. Mais lorsque Kill Devil Hill a pointé le bout de son nez, il était temps de
revenir en phase avec quelque chose de mon pédigrée, car Arms Of The Sun était une sorte de
pause dans ma carrière où je voulais m’éloigner un peu du heavy metal et montrer que je
pouvais jouer de « vraies » lignes de basse.  

Ta basse est mise en valeur dans le son de Kill Devil Hill. As-tu comblé un vide en jouant sur
les premières démos ou est-ce que les structures des morceaux ont été modifiées afin de te
laisser plus de place ?

Il n’y a pas eu de modification afin de me laisser plus d’importance. C’est juste que je leur ai
demandé de virer les parties de basse de leurs démos et je me suis contenté de jouer avec mon
propre style. Ce qui est amusant en fait, c’est que lorsque tu es bassiste dans un groupe de metal,
si tu veux te mettre en valeur, tu as intérêt à apprendre ce qu’il ne faut pas jouer. Je veux dire
par là que si tu te contentes de doubler tout ce que fait le guitariste, tu passes inaperçu. C’est
justement en te détachant et jouer quelque chose de différent que tu apportes quelque chose.
Nous savons très bien où nous allons et quand il faut que ce soit moi qui sois mis en avant où
quand Mark doit diriger une partie. Puis avec Vinny Appice nous formons une très bonne
section rythmique sur laquelle Mark peut s’appuyer lorsqu’il part en solo.

Tu es arrivé dans Kill Devil Hill après la phase d’écriture. Sachant que tu peux composer,
comptes-tu t’imposer dans ce secteur sur le prochain opus ?

En fait je n’ai pas attendu pour ça car nous avons réécrit pas mal de morceaux après mon
intégration. A vrai dire, sur ce premier album les crédits sont partagés en 4 parts égales. Quant au
prochain disque, j’ai déjà composé avec Mark pas moins de 6 titres. Ils sont d’une qualité
exceptionnelle et cela nous assure déjà la moitié de notre deuxième album. Nous ne cessons de
progresser au fut et à mesure que nous jouons ensemble.

On sent que Kill Devil Hill peut étendre son spectre musical, car si ce premier opus fait la
part belle à un metal lent, mélodique et sombre,  il y a des choses plus lumineuses comme
« Voodoo Doll » et « Mysterious Ways » ainsi que des titres plus rapides comme
« Revenge » et « War Machine ». Pensez-vous élargir votre style ?

Absolument. C’est notre premier album et le timing est parfait pour le son de Kill Devil Hill.
Pour le moment nous voulons nous concentrer sur l’aspect heavy et groovy, mais nous pouvons
emmener ce groupe dans beaucoup d’autres directions !
        
Quand allons-nous vous voir en concert ?

On en discute actuellement. J’aimerai jouer quelques concerts en Angleterre juste avant la sortie
du disque, et même s’il est un peu tard pour se placer sur les festivals, je suis sur que les
promoteurs vont halluciner lorsqu’ils vont nous entendre ! Alors peut être que nous jouerons
quand même sur quelques festivals et quoiqu’il en soit, je nous vois bien donner non pas 1 mais
2 tournées européennes. Nous ne jouons que des titres de notre album. Pas de reprise de Black
Sabbath ou Pantera. Nous avons seulement joué 1 fois « The Mob Rules » en avril 2011. Nous
refusons de nous reposer sur le passé. Nous sommes un nouveau groupe.

Pour toi, quelles sont les différences entre former une section rythmique avec Vinnie Paul,
Jimmy Bower et Vinny Appice ?

J’ai eu la chance de ne jouer qu’avec d’excellents batteurs, tous dotés d’un style unique. Vinnie
Paul est celui qui martèle le plus et va le plus vite avec beaucoup de double pédale, Jimmy
Bower a un style plus lent et plus lourd et joue dans le fond du temps, tandis que Vinny Appice
a un jeu très puissant et dynamique. C’est une chance de jouer avec des mecs comme ça car ça
te facilite la tâche à la basse pour tenir la baraque. Ils sont très différents et tu dois t’adapter à
chacun pour pouvoir imposer ton jeu et ça rend le défi intéressant car il est lassant de toujours
jouer la même chose.

Y aura-t-il une édition spéciale pour les 20 ans de Vulgar Display Of Power ?

Oui et elle sortira dans quelques mois. Il y aura dessus le titre inédit « Piss » que j’ai écrit.
L’album est en cours de remastering et je souhaite y inclure un DVD live en bonus vu la
quantité de video proshot dont nous disposons.