Anneke Van Giersbergen

 

ANNEKE VAN GIERSBERGEN

INTERVIEW AVEC ANNEKE VAN GIERSBERGEN

13 JANVIER 2012 PAR TELEPHONE

 

 

 

 

 

 

 

 

Anneke Van Giersbergen n’en fait qu’à sa tête depuis qu’elle a débuté sa carrière solo, il y a
déjà 5 ans, et fait autant couler d’encre que d’eau sous les ponts entre la sortie de chaque opus tant ces derniers sont différents. Ce n’est donc pas une surprise, Anneke change une nouvelle fois de cap avec le bien nommé Everything Is Changing et s’oriente vers un son plus dynamique et moderne tout en remettant la guitare au centre du sujet. C’est donc une Anneke très enthousiaste, mais aussi très fière d’un clip enregistré la veille avec un grand réalisateur sportif hollandais pour « Take Me Home », qui nous a passé un coup de fil afin de nous expliquer ce qui a bel et bien changé !

Le titre de l’album Everything Is Changing est plutôt approprié puisque tu
changes une nouvelle fois d’horizon musical. Etait-ce clair dès le début de ta carrière solo
que tu voulais changer d’univers à chaque fois ?

Anneke Van Giersbergen (chant) : Oui très clairement ! J’ai tout d’abord choisi d’abandonner le
patronyme Agua De Annique. Lorsque j’y repense, la première chose que j’ai du faire en partant
en solo en 2007 fût de trouver un nom de groupe ! Ca n’avait rien de nécessaire mais je l’ai fait
quand même. Si je fais un bilan de l’opération, je pense que c’était un nom assez mal choisi
parce que la plupart des gens ne le comprenaient pas. En plus de cela il était difficile à retenir et
pour ceux qui ne me connaissaient pas auparavant, il n’était pas évident de voir un lien entre
moi et ce nom de groupe. Pour me débarrasser des ces embuches inutiles, j’ai fini par
abandonner ce nom de groupe qui ne servait à rien et depuis je dois dire que je me sens encore
plus en solo quelque part ! Je ne l’avais pas anticipé, et même si ma façon de fonctionner n’a
pas tant changé que ça sur le fond, en me produisant sous le nom avec lequel je suis née, cela
me donne un sentiment de liberté encore plus grand et me donne encore plus envie de suivre
mes propres décisions. Je ressens comme un second souffle depuis. Il y a eu pas mal de
changements de line-up ces derniers temps, même si nous avons enfin trouvé une formation
stable. Mais je savais dès le début que le line-up serait en perpétuel changement car je n’ai pas
envie de travailler avec des musiciens de session. J’aime les musiciens qui jouent en
groupe…mais forcemment, ces derniers ont d’autres groupes (rires) ! Mais ce genre de
changement est bienvenu car cela t’apporte toujours un peu de fraicheur et de nouvelles
influences et je dois dire que la formation actuelle me convient parfaitement et je suis à nouveau
totalement satisfaite comme au temps de Joris Dirks et Jacques De Haard. J’espère qu’ils vont
rester longtemps et en ce moment je n’ai probablement jamais été aussi fier de la tournure de ma
carrière solo. Que ce soit au niveau du disque, du clip et de la formation live, je suis comblée !

Cela signifie-t-il que tu n’étais pas à 100% satisfaite d’Air (2007) et In Your Room (2009) ?

J’en étais contente à l’époque car j’essaie toujours de faire de mon mieux sur le moment. J’ai
toujours l’impression de livrer mon meilleur disque lorsque je viens de l’achever. Mais je sentais
tout de même que je pouvais aller plus loin et faire plus avec ces 2 disques, ne serait-ce que par
mon besoin de vouloir tout de suite après partir dans une direction différente. A chaque fois que
je finis quelque chose, j’ai envie de changer de cap, et j’aime ce changement perpétuel, mais
quelque part ça caractérisait sans doute un certain manque. Après In Your Room, je savais que je
désirais pour mon prochain opus toucher à beaucoup plus d’émotions et de styles différents et
variés et utiliser une plus grosse production. Je voulais quelque chose qui illustre davantage tout
ce que je peux écouter. J’aime aussi bien la musique heavy que la musique soft. Je voulais
combiner sur un même disque du romantisme, de la mélodie mais aussi un côté heavy.

Tu as plus ou moins fait Everything Is Changing en collaboration avec Daniel Cardoso. Peux-
tu nous raconter votre rencontre ?

J’avais besoin de quelqu’un pour matérialiser mes envies. J’avais toutes ces idées dans ma tête
mais je ne pouvais pas les matérialiser totalement avec ma guitare ou mon clavier. Je ne suis pas
assez expérimenté à la guitare pour écrire ce que j’ai dans la tête. J’ai demandé à mon entourage
d’essayer de me trouver la personne que je recherchais et j’ai reçu beaucoup de chansons
différentes, mais il manquait toujours quelque chose pour moi. Puis lorsque j’ai joué dans cette
jolie salle parisienne qui a malheureusement brulée (ndlr : l’Elysée Montmartre) avec Anathema,
Danny et Vincent Cavanagh ont tenu à me présenter Daniel Cardoso. Je le connaissais juste de
nom et il connaissait ma carrière. Une fois rentrée chez moi, Daniel m’a envoyé un email avec
quelques chansons. J’ai flashé tout de suite sur ce qu’il m’a proposé. Je lui ai répondu qu’il
fallait qu’on écrive cet album ensemble et qu’il était le partenaire que je recherchais. Il est
vraiment doué. Il a un style à la fois mélodique, romantique et aussi assez agressif par moment.
Il sait tout faire, sans parler du fait qu’il a également produit et mixé l’album pour un son
vraiment très moderne et actuel. C’était une collaboration merveilleuse.

Mis à part « Circles », il n’y a plus aucune ballade au piano et au contraire des titres plus
uptempo et articulés autour de la guitare. Etais-tu en manque de guitare ou est-ce Cardoso
qui a ramené cet élément ?

C’est moi qui souhaitait ce retour des guitares et c’est Daniel qui l’a mis en œuvre (rires) ! Je
voulais dès le début faire des titres plus entrainants à la fois uptempo et dansants en quelque
sorte. Je voulais que ça reste accrocheur et pop par moment tout en ayant recours à des parties
de batterie plus lourdes. Je pense que lorsque l’on écoute l’album cela part de titres plus pop,
avec des boucles et des claviers et progresse de plus en plus vers des titres rock et heavy. Je
souhaitais cette combinaison dès le premier jour.

Est-ce que ta collaboration sur le Addicted (2009) de Devin Townsend a également joué un
rôle ?

Oui évidemment. Devin m’inspire beaucoup et en jouant avec lui, j’ai eu envie de retrouver des
titres entrainants avec plus de guitare. J’ai appris de lui en le voyant faire. Devin fait de la
musique heavy et intelligente et j’adore ça ! Il utilise toutes ces différentes textures sonores et il
y a tellement de pistes différentes sur un seul morceau. Sur Addicted j’ai notamment appris
beaucoup en matière de chœurs et d’arrangements sur les voix. Mais j’apprends aussi beaucoup
en la matière avec les artistes que mon fils écoute comme Beyoncé ou The Black Eyed Peas. Il y
a toujours un boulot colossal vocalement sur ce genre de disque avec des harmonies dans tous
les sens et quelque part je suis inspiré par le caractère dansant de leur musique. Pour moi The
Black Eyed Peas c’est de la heavy pop ! Disons donc que j’ai voulu aussi incorporer à mon
album un peu de Devin et un peu de Black Eyed Peas !

En parlant de ce travail d’arrangement et d’harmonisation au chant, tu fais vraiment du
bon boulot en la matière sur le titre « Too Late » dont la seconde moitié et truffée de voix…

Merci et d’ailleurs c’est exactement pour cette raison que « Too Late » est un des titres préférés
de Daniel. C’est assurément un de ceux disposant du plus de pistes et de textures différentes.

La ballade « Circles » est un des meilleurs titres mais certainement celui sur lequel tu prends
le moins de risque, n’étant pas très éloigné de ce que tu as pu faire par le passé. Dirais-tu
qu’il s’agissait du titre le plus facile à enregistrer ?

Non bien au contraire ! En réalité, plus un titre est calme, plus il m’est difficile de l’enregistrer.
Ca a toujours été comme ça pour moi. J’ai écrit ce titre avec quelqu’un d’autre en Hollande,
René Merkelbach, même si c’est bien Daniel qui l’a produit. Nous avons enregistré « Circles »
dans un tout autre studio car nous voulions utiliser un grand piano à queue. Il y a juste ma voix
et le piano et cela m’a pris une journée entière car il fallait que ce soit absolument parfait.
Lorsque j’enregistre un titre heavy, c’est beaucoup plus facile car j’ai juste à chanter fort, mais
lorsque tu fais un titre comme « Circles », tu dois être beaucoup plus concentrée, bien faire
attention à ta diction et il faut surtout qu’il n’y ait aucun bruit autour de toi. Je me fais avoir à
chaque fois, car je pense mettre en boite ce genre de morceaux en seulement une heure, mais en
réalité, plus une chanson est calme et plus elle est difficile à enregistrer et au final tu peux passer
jusqu’à 7h00 dessus (rires).

En revanche tous les autres titres sont clairement frais et nouveaux pour toi. Etait-ce un défi
compliqué ?

Oui c’était un défi mais j’adore ça ! Rien que le fait de travailler avec Daniel m’a inspiré de
toutes nouvelles idées et plein d’enthousiasme. C’est mon album, alors je ne peux pas trop en
vanter les mérites je suppose (rires). Mais je ne sais pas pourquoi, peut être est-ce la vie qui est
en train de me changer, mais je me sens enfin en pleine confiance par rapport à ma musique et
très à l’aise pour en parler. Auparavant, les interviews n’étaient vraiment pas mon fort par
exemple et je me sens beaucoup mieux aujourd’hui dans cet exercice. C’est un gros changement
par rapport à avant !

Tu dis être pleinement satisfaite par Everything Is Changing. Mais vu que tu aimes bien
varier les plaisirs, penses-tu encore changer de producteur et de style la prochaine fois ou au
contraire continuer sur la même voie ?

C’est peut être un peu tôt pour le dire, mais il est vrai que d’habitude je ressens tout de suite le
besoin de passer à autre chose sur le prochain album alors qu’après celui-ci, je me dis que je
continuerai bien sur la même voie pour le prochain. J’ai d’ailleurs déjà demandé à Daniel de
recommencer à écrire avec moi. Mais dans le même temps, à l’heure où nous parlons l’album
n’est pas encore sorti et je ne sais absolument pas comment il va être accueilli. Alors attendons
peut être de voir comment sa sortie et la tournée vont se passer. Qui sait, après avoir joué tous
ces nouveaux titres en tournée, peut être serai-je lassé par leur style ? Mais je ne pense pas, car
d’habitude j’ai vraiment toujours envie de faire quelque chose de différent et cette fois je n’ai
pas ce sentiment. J‘éprouve juste une grande satisfaction.  

Peux-tu présenter ta nouvelle formation live ?

Il y a toujours Rob Snijders. Rob est mon batteur, mon mari et mon homme à tout faire (rires) !
Il n’ira nulle part ailleurs (rires) ! Rob assure la stabilité et la colonne vertébrale du line-up. A la
basse nous avons maintenant Joost van Haaren qui vient du groupe hollandais très populaire
Krezip, qui a sorti beaucoup de tubes  mais qui a splitté après une longue carrière. C’est un bon
apport car ici en Hollande tout le monde le connaît et il est très professionnel. Pour la première
fois dans ma carrière solo j’utilise 2 guitaristes avec Gijs Coolen et Ferry Duijsens, 2 musiciens
aux backgrounds différents mais qui se complémentent bien sur scène. Occasionnellement nous
utilisons les services d’Annelies Kuijsters aux claviers pour les grandes occasions type émissions
de TV ou de radio. Elle vient également de Krezip. Elle joue bien et en plus elle chante bien et je
la laisse faire des chœurs avec moi. On s’entend tous bien, la formation est plus ambitieuse
qu’avant et nous avons désormais vraiment besoin de 2 guitaristes pour jouer nos morceaux.

Avec cette formation, continueras-tu quand même de jouer quelques ballades avec ton
clavier ou vas-tu désormais te concentrer sur les titres à guitare ?

Ce sera la seconde option. Lorsque je fais la setlist pour la prochaine tournée, il n’y a plus de
morceaux au piano. Je les abandonne pour le moment. Je jouerai occasionnellement de la
guitare car j’adore ça, mais sur l’immense majorité du set je me contente juste de chanter, ce qui
me change également des tournées précédentes. Je continue de faire de temps en temps mes
concerts toute seule à la guitare acoustique et avec le clavier, et j’ai aussi cette pièce pour les
enfants dans laquelle je joue toujours des instruments. Mais pour mon album, je n’ai
pratiquement pas touché à un instrument et il en sera de même pour mes vrais concerts.
Toutefois j’essaie toujours de progresser. Rob me donne même des cours de batterie en ce
moment, même s’il perd vite patience car j’ai du mal à rendre mes mains indépendantes de mes
pieds (rires) ! Je demande en permanence à mes guitaristes de m’apprendre de nouvelles choses
car je veux progresser constamment, mais sur scène je me concentre désormais sur le chant.

Tu as toujours pleins de collaborations sur le feu. Que vas-tu faire prochainement ?

Là aussi c’est un changement, car j’ai terminé pas mal de collaborations et différents projets
dans lesquels j’étais impliquée, et j’essaie aujourd’hui de moins me disperser et de me
concentrer pleinement sur ce nouvel album. Exception faite de la pièce pour enfant et d’un futur
album avec Devin Townsend, je vais me consacrer uniquement à ma carrière solo ! Ca va me
redonner un peu de liberté d’esprit car à la fin de l’année dernière, j’étais impliqué dans trop de
projets, je devais mémoriser trop de chansons et voyager dans trop d’endroits à la fois. C’était
fantastique mais aussi très stressant. Aujourd’hui tout est plus clair dans ma tête. 

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