Anthrax - Charlie Benante & Rob Caggiano

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 ANTHRAX

 INTERVIEW AVEC CHARLIE BENANTE & ROB CAGGIANO

 09 JUILLET 2011 A AMNEVILLE

 

On peine à le croire, mais en cette rentrée 2011, Anthrax publie enfin son 10ème opus Worship
Music au moment même où il fête ses 30 ans d’existence ! Le combo a connu bien des tumultes ces dernières années avec une reformation de courte durée puis une traversée du désert avant l’arrivée de ce nouveau disque avec pas moins de 4 chanteurs qui auront plus ou moins fait parti d’Anthrax pendant son élaboration : Corey Taylor, Dan Nelson, John Bush et enfin Joey Belladonna (signant son retour discographique 20 ans après Attack Of The Killer B’s) qui est celui qui prête finalement sa voix sur Worship Music alors qu’il avait pourtant été viré juste avant sa composition ! Mais si Anthrax était malchanceux pendant les années Bush, aujourd’hui les étoiles semblent s’aligner en sa faveur avec l’aide inespéré de la tournée du Big 4 qui a remis le furoncle sur le devant de la scène et l’a exposé devant des foules immenses. Mais ce qui compte encore plus, c’est que Worship Music est excellent ! L’attente en valait la peine, mais pour s’inspirer de la devise de Chirac dans Les Guignols De L’info : Putain 8 ans !

Worship Music sort après 8 années d’attente…et 2 enregistrements ! Mis à part
la voix, quelles sont les différences majeures entre la version d’il y a 2 ans et celle qui sort
aujourd’hui ?

Charlie Benante (batterie) : 60 % de la musique est restée identique entre les 2 versions, mais nous avons
au moins refait 40 % de l’album. Cette décision est surtout venue suite au American Carnage
(ndlr : tournée réunissant Anthrax, Megadeth et Slayer) que nous avons fait aux Etats-Unis à
l’automne 2010. Il y avait tellement d’intensité sur cette tournée, que nous avons estimé qu’il
fallait réenregistrer certaines choses avec cette nouvelle énergie, et plus particulièrement
« Fight’Em ‘Til You Can’t » que nous jouions déjà chaque soir. C’est la raison principale, car
l’arrivée de Joey (Belladonna) sur ces compositions, leur ont donné une toute nouvelle vie, et
nous voulions dans certains cas, réenregistrer la musique pour profiter de cette nouvelle
atmosphère. En plus de cela, nous avons changé la majorité des paroles et globalement nous
n’étions pas totalement satisfaits par la première version. La façon d’enregistrer des albums est
mauvaise de toute manière. Tu composes, puis tu enregistres dans la foulée. Ensuite tu pars en
tournée, et à la fin de cette dernière, tu joues bien mieux toutes tes nouvelles chansons. C’est
stupide car ça devrait être tout l’inverse. Là pour le coup, nous avons eu en quelque sorte cette
opportunité !
Rob Caggiano (guitare) : Il y a beaucoup de groupes qui ont toute leur vie pour écrire leur premier album
car ils jouent leurs chansons tellement de fois en concert avant de décrocher le moindre contrat.
Lorsque c’est le cas, la maison de disque leur demande ensuite un second album très vite, et
bien souvent, certains qui ont débarqué avec un premier album solide, coulent dès leur second
opus car ils n’ont pas le temps de composer quelque chose à la hauteur du premier.
Charlie Benante : Malheureusement, tu n’as vraiment jamais plus le luxe de pouvoir faire des
albums dans les mêmes conditions que le premier. La où j’ai ressenti la pire pression niveau
timing, était avec State Of Euphoria (1988). Nous sortions à peine d’une énorme tournée en
soutien d’Among The Living (1987), qu’il nous fallait écrire et enregistrer un nouvel album très
rapidement, afin que nous puissions embarquer dans les temps sur la tournée Monsters Of Rock
de 1988 en Europe avec Iron Maiden. Cet album en a souffert.

Vous avez travaillé pendant pas moins de 4 ans sur Worship Music. Vous avez quand même
du trouver cela frustrant non ?

Rob Caggiano : Ok c’est un peu long pour venir à bout d’un disque. On est loin de la norme en
vigueur en mettant 4 ans. Mais cela a vraiment joué en notre faveur, car cela nous a laissé tout le
temps nécessaire pour bien écouter nos chansons et les améliorer afin de les rendre les
meilleures possible. Nous avons changé tellement de détails, même des petites choses comme
certains overdubs de guitare, où certaines mélodies et arrangements. A l’arrivée, l’album est
vraiment meilleur qu’il y a 2 ans.
Charlie Benante : Nous avons vécu avec Worship Music pendant un bon bout de temps et c’est
vrai que ça faisait long à la fin. Mais heureusement, Metallica nous a donné un coup de pied au
cul grâce à cette tournée du Big 4. Cela a été un vrai catalyseur pour nous ! Cette énorme
opportunité, nous a fait prendre pleinement conscience qu’il était temps de nous remuer et de
terminer Worship Music car il ne pouvait y avoir meilleur timing pour nous avec cette tournée
(ndlr : Worship Music sort la veille du concert du Big 4 à New York dont Anthrax est originaire).
Il y a tellement de gens pour venir nous voir, comme aujourd’hui à Amnéville. Le timing est on
ne peut plus parfait pour nous désormais et nous avons enfin réussi à venir à bout de notre
projet au meilleur des moments. Je veux dire par là, que nous n’avons jamais eu beaucoup de
chance avec Anthrax au niveau de certaines choses par rapport au timing. Nous avons sorti par
exemple « Bring The Noise » un peu trop tôt car il a fallu quelques années aux gens pour
vraiment accepter ce titre.

Revenons un peu en arrière. Lorsque Dan Nelson (ndlr : rires gênés de Charlie et Rob
devant le représentant de Nuclear Blast qui leur fait signe de ne pas utiliser le nom de Dan
Nelson dans leurs réponses) n’était plus dans le groupe, John Bush est venu assurer quelques
concerts avec vous, mais c’est au final Joey Belladonna qui est réapparu à partir de la
tournée Big 4. Pouvez-vous revenir là-dessus ?

(Ne sachant pas trop par où commencer) Concernant John Bush, il ne voulait tout simplement
plus faire ça. Faire un album et partir sur une longue tournée, ce n’est plus son truc. Lorsqu’il est
revenu parmi nous en 2009, c’était clairement une faveur qu’il nous faisait mais nous avons vite
compris qu’il ne voulait pas revenir pour de bon. De toute manière, s’il y a bien un chanteur qui
mérite d’assurer les concerts du Big 4, c’est Belladonna, car il était là à l’époque où cette
expression est née. Il le mérite amplement et il est tellement bon en ce moment ! Je le trouve
excellent sur Worship Music. Quelqu’un m’a dit l’autre jour : « il parait évident que Joey assure
sur Worship Music, il a protégé sa voix en ne faisant rien pendant 15 ans ! » et quelque part, ce
n’est pas entièrement faux ! Toujours est-il qu’il sonne vraiment bien !
Rob Caggiano : En ce qui me concerne, dès notre premier concert du Big 4 donné l’année
dernière en Pologne, il s’agissait également de mon premier avec Joey, j’ai su qu’il était l’homme
de la situation. Il y avait une atmosphère qui était très bonne et je sentais que nous avions pris la
bonne décision.
Charlie Benante : La tournée de reformation en 2005 a été faite pour de mauvaises raisons. Ca
ne pouvait pas marcher. C’était du genre : « ok les gars, partez en tournée et l’argent qu’il y a sur
la table vous paiera une nouvelle amitié ». Et c’est exactement ce qu’il s’est passé. Au début ça
n’allait pas trop mal car c’était un peu comme une lune de miel. Nous étions contents de nous
retrouver. Mais très vite, toutes les tensions du passé et tout ce qui n’allait pas avant, a aussitôt
ressurgi. C’est pourquoi nous avons mis un terme à notre collaboration avec Joey à l’époque.
Puis quelques années plus tard, l’année dernière en fait, j’ai recommencé à communiquer avec
Joey, sans jamais parler d’Anthrax. Nous parlions simplement de choses de la vie en général. Un
jour je lui ai simplement demandé s’il voulait retenter une nouvelle fois l’aventure avec nous, et
c’est comme ça que Joey est revenu dans Anthrax.

Vous n’avez pas caché lors de la reformation de 2005 votre peur de devoir vous sentir
enfermé dans le style des années 80 en ayant Joey de retour dans Anthrax. Mais avec tous
les évènements que nous connaissons, vous avez écrit la musique de Worship Music avant que
Joey ne soit censé chanter dessus et il en résulte un album nouveau et frais, qui se présente
davantage comme le successeur de We’ve Come For You All (2003) que comme un disque
purement nostalgique. Est-ce que le fait de composer avant que Joey ne revienne vous a aidé
à écrire un nouveau chapitre d’Anthrax plutôt que de vous enfermer dans le passé ?

Déjà j’aime la façon dont tu perçois l’album, car j’ai l’impression que jusque là, beaucoup
de gens pensent que cela sonne comme Persistence Of Time (1990)…

C’est parce qu’ils ont seulement entendu « Fight’Em ‘Til You Can’t » (seul titre connu du
public à l’heure où l’interview a été réalisée)…

Effectivement. C’est vrai que lorsque l’on l’isole, ce morceau fait penser à Persistence Of Time.
Pour revenir sur la question, je ne vais pas mentir, je me suis en effet demandé si Joey allait être
capable de chanter sur des chansons plus modernes. C’était une inquiétude pour moi, je ne peux
pas le nier. Mais il a prouvé que nous avions tord !

S’il y a bien 2 titres que nous avions entendus avec Dan Nelson (rires nerveux de Benante et
Caggiano) et que nous n’aurions jamais imaginé chantés par Joey, c’est bien la reprise de
Refused « New Noise » (bonus track de l’album) et « The Constant » (qui s’appelait avant
« Burn The Past ») tandis que « The Devil You Know » et « Crawl » auraient pu être taillés
pour John Bush. Pourtant Joey assure à merveille sur ces titres…

C’est totalement normal d’avoir douté de la capacité de Joey à pouvoir chanter dans ce registre
mais pourtant il se l’ai parfaitement approprié et en a fait du vrai Anthrax !
Rob Caggiano : C’est pour moi la différence majeure entre les 2 versions de Worship Music.
Avec Joey, ça sonne vraiment comme du Anthrax. On retrouve notre style, tandis que l’autre
version sonnait bien certes, mais on n’avait pas l’impression d‘écouter du Anthrax.
Charlie Benante : C’est tout à fait ça ! Lorsque j’écoute la version avec Joey, j’ai les poils des
bras qui hérissent. Ce n’était pas le cas sur la tentative précédente.

A aucun moment, n’avez-vous pensé jeter à la poubelle toute la musique de Worship Music
pour recommencer à 0 avec Joey ?

Nous avons jeté quand même pas mal de musique, il y a certaines chansons de l’autre version
qui manquent à l’appel, mais nous avons aussi gardé d’autres choses et rajouter de la matière.
C’était donc un peu un compromis des 2. Mon plus gros problème avec la version de Worship
Music chanté par l’autre gars (ndlr : les membres d’Anthrax semblent vraiment interdits de
mentionner le nom de Dan Nelson en interview, sans doute pour des raisons légales),
c’est que cela ne sonnait tout simplement pas comme du Anthrax.
Rob Caggiano : C’était un très bon chanteur, mais l’atmosphère avec lui ne convenait vraiment
pas. (En regardant Benante) Ca ne pouvait pas coller, nul doute là-dessus.
Charlie Benante : Sans parler de ça, ce qui me gênait le plus est qu’il essayait d’imiter Phil
Anselmo dans Pantera. J’ai beau être fan, ça ne colle vraiment pas avec l’univers Anthrax.
Rob Caggiano : C’est comme si nous étions sur scène, mais que ce n’était pas vraiment notre
groupe.
Charlie Benante : Personne ne peut imaginer ce que nous avons traversé pendant ces dernières
années. Ca a été une telle montagne russe au niveau émotionnel, avec des moments tellement
difficiles.

N’avez-vous pas peur que la version de Worship Music avec Dan Nelson ne finisse par faire
surface sur Internet ?

Disons que jusque là, nous avons été plutôt bons pour empêcher ça.
Rob Caggiano : Ca nous inquiète toujours à vrai dire…
Charlie Benante : D’autant plus que je ne me fais pas de fausses idées…cette version finira par
débarquer sur la toile.

Vous rendez hommage à Dimebag Darrell et Ronnie James Dio sur le titre épique « In The
End ». Est-ce quelque chose que vous vous sentiez obligé de faire ?

Tout est parti d’une série de discussions entre moi et Scott Ian au sujet des paroles de cette
chanson. J’ai soumis quelques paroles à propos de Dimebag que Scott a apprécié et il a voulu
également inclure Dio dans cet hommage. Ca colle parfaitement avec la chanson car cette
dernière possède une atmosphère assez mélancolique. Et c’est surtout un hommage sincère de
notre part. L’American Carnage, la tournée avec Megadeth et Slayer que je mentionnais tout à
l’heure, a débuté par une date à Dallas et c’était tellement étrange de jouer là bas, sans voir le
visage de Dimebag au concert. Encore aujourd’hui, ça me fait bizarre de ne plus voir Dimebag.
« In The End » est sans aucun doute une des mes chansons favorites de Worship Music. C’est
une chanson plutôt longue, mais j’espère que nous trouverons la place pour la jouer en concert.

Pour rester dans les hommages, il y a également le titre « Judas Priest ». D’où vous est
venue cette idée ?

Rob Caggiano : Celle-ci fait parti de mes préférées !
Charlie Benante : A l’ origine « Judas Priest » n’était qu’un titre de travail pour ce morceau car
nous avons commencé à bosser dessus le jour de l’annonce de la tournée d’adieu de Judas
Priest. Mais finalement ce titre est resté et ce que je préfère dessus c’est la partie du milieu où
nous faisons toutes ces références à Judas Priest en glissant les mots « Screaming Rapid Fire
Genocide », qui sont des titres de chansons du Priest, dans les paroles. Je suis très satisfait de ce
titre, d’autant plus qu’il faisait parti de ceux dont nous n’étions pas très confiants au départ. A
vrai dire, il a été terminé il y a seulement 2 semaines, lorsque Rob a enregistré son solo en
Belgique !
Rob Caggiano : Ouais j’ai enregistré ce solo dans le tourbus alors que nous traversions la
Belgique pendant la tournée de The Damned Things. Pas forcemment évident avec les vibrations
de la route (rires) !
Charlie Benante : Cet album a été enregistré dans tellement d’endroits différents, c’est dingue !
Un peu à la manière de Led Zeppelin II en fait !

« Fight’Em ‘Til You Can’t » parle de zombies, un sujet déjà évoqué sur « What Doesn’t
Die ». C’est une obsession chez vous ou quoi ?

C’est surtout le clip de « What Doesn’t Die » qui donnait dans cette imagerie de zombies. Mais il
est clair que nous adorons ce genre de trucs. Ca nous ramène directement à notre enfance avec
tous les films d’horreur et les comics que nous dévorions. C’est juste amusant comme univers et
certaines des paroles de « Fight’Em ‘Til You Can’t » sont bien comiques comme la phrase :
« Cause there’s no humanity when the dead come back to feed you gotta fight ‘em » (ndlr : pas
le moment de faire des sentiments, lorsque les morts reviennent pour se nourrir, tu dois les
combattre !).

C’est une nouvelle fois Alex Ross qui s’est chargé des très belles pochettes du single
«Fight’Em ‘Til You Can’t » et de l’album Worship Music. Etait-ce un choix évident pour
vous ?

Oui car Alex est un des meilleurs dessinateurs de comics et j’aime sa façon d’illustrer nos
pochettes. L’époque sacrée où les gens faisaient attention aux belles pochettes me manque. Je
me souviens lorsque j’étais gamin et que je rentrais chez moi en regardant d’un air émerveillé la
pochette de Destroyer (1976) de Kiss. Cela nous renvoie d’ailleurs à la thématique principale de
l’album. Il s’appelle Worship Music car tous les fans de musique y vouent véritablement un
culte. Tous les gens présents dans la foule aujourd’hui, vouent probablement un culte à au
moins 3 groupes et il ne se passe pas un jour sans qu’ils écoutent ces derniers. Il en va de même
pour vous et moi. Nous vouons un culte à la musique, et sans elle, nous serions baisés ! Il y a un lien entre les pochettes de Worship Music et We've Come For You All. J’ai une histoire derrière la tête et j’aimerai en faire un Comics car je pense que mon concept est vraiment cool. Tout est dans ma tête pour le moment, et rien sur papier, mais disons qu’il y a 2 sortes de personnages Anthrax : les vivants (We’Ve Come For You All) et les morts (Worship Music). Il n’y a encore aucune forme de musique existante dans l’histoire lors des 2 scènes illustrées par les pochettes…mais ça ne serait tarder !

Lorsqu’est venu le moment pour Joey d’enregistrer ses parties de chant, a-t-il écouté ce que
Dan Nelson a fait en suivant certaines de ses traces, ou au contraire a-t-il préféré ne rien
entendre histoire de ne pas polluer son esprit et accoucher vraiment de parties
personnelles ?

Rob Caggiano : Joey a eu des directives de notre part, mais nous lui avons également laissé la
possibilité de s’exprimer à sa manière. En globalité, il n’a vraiment pas chanté de la même façon
que Dan (ndlr : petite entorse involontaire au règlement !).
Charlie Benante : Nous avions écrit toutes les mélodies vocales de toute manière. Alors
évidemment, nous tenions à certaines d’entre elles, et comme le disait Rob, Joey a du suivre un
guide dans ses vocalises. Mais il est parvenu à bien incorporer son style sur ces mélodies.
Rob Caggiano : Et il a même souvent modifié des idées que nous lui soumettions. Il a changé
certains phrasés et même quelques paroles.
En tout cas, il ne doit pas être aisé de chanter des chansons déjà enregistrées avec quelqu’un
d’autre, et de s’en émanciper pour y donner son propre style…
Charlie Benante : Ce n’est pas une première pour Joey. Lorsqu’il nous a rejoints pour
Spreading The Disease (1985), nous avions certaines chansons qui avaient étés enregistrées
avec Neil Turbin. Je pense notamment à « Gung Ho » et « Armed And Dangerous », que nous
avions mis en boite avec Neil dans un premier temps (ndlr : ce dernier a d’ailleurs écrit les
paroles de ces 2 morceaux). L’histoire se répète parfois !

Si la principale nouveauté de Worship Music est évidemment le retour de Joey Belladonna au
chant, il s’agit également en quelque sorte de l’album de Rob, car jamais un disque
d’Anthrax n’a renfermé autant de soli auparavant, d’autant plus que ces derniers sont
vraiment bons…

Je suis complètement d’accord avec ça ! Les soli sur cet opus font indiscutablement parti des
meilleurs de notre répertoire. Parfois c’est comme si les soli étaient des petites chansons au sein
même de la chanson.
Rob Caggiano (modeste) : Merci !

C’est une différence majeure, car il faut bien avouer qu’Anthrax a toujours été à la traine
par rapport à la plupart des formations thrash niveau solo de guitare…

Charlie Benante : C’est vrai, mais cette fois nous avons réussi à rattraper notre retard (rires) !
Plus sérieusement, il est clair que les soli n’ont jamais été particulièrement notre fort jusqu’ici.
Nous avons même des disques qui n’en contiennent pratiquement pas (ndlr : et il faut dire que
sur beaucoup de ceux parus dans les années 90, c’est Charlie, un batteur, qui se chargeait de la
plupart d’entre eux !). Je considère d’ailleurs aujourd’hui qu’il y a un manque général en la
matière. Plus beaucoup de monde n’est capable de livrer de vrais bons soli mémorables. Il y a
toujours des mecs comme Zakk Wylde qui peuvent le faire, et parfois c’est limite si ce dernier
n’écrit pas la chanson autour du solo. Mais d’une manière générale, où sont passés les guitar
hero ?
Rob Caggiano : C’est vraiment un sacré défi d’essayer de livrer de vrais bons soli, au lieu de
s’adonner à du shredding à la con sans queue ni tête. C’est beaucoup plus difficile de parvenir à
introduire de la mélodie, de l’accroche et de l’esprit dans un solo, au lieu de parcourir son
manche le plus vite possible. 

Scott vient d’avoir son premier enfant et n’a pas pu participer à la tournée européenne du
Big 4 (ndlr : excepté sur la date milanaise où Scott a fait irruption par surprise lors de la
seconde moitié du set d’Anthrax et a pris part à la jam du Big 4). Andreas Kisser
(Sepultura) a joué ces dates avec vous. Comment l’avez-vous trouvé ?

C’était génial, nous nous sommes tellement amusés avec Andreas !
Charlie Benante : Ce mec est un tueur ! Il a été notre tout premier choix sur la liste et je suis
heureux que cela ait pu se faire, car je n’avais pas l’ombre d’un doute sur ses capacités à assurer
cet intérim avec brio. Il apporte tant de férocité avec lui sur scène, et il nous entoure de ses
ondes positives le reste du temps. En Italie, Scott a pu voir ce que donnait un concert d’Anthrax
de l’extérieur…c’est étrange lorsqu’on y pense ! Si j’avais l’opportunité de nous voir avec un
autre batteur, j’aurai l’impression de faire une expérience trans-corporelle ! Jason Bittner
(Shadows Fall) m’a remplacé sur 2 concerts en 2006 lorsque j’ai eu mon premier enfant, et je
sais qu’il a assuré, mais je n’étais pas là pour voir ça !

Vous allez jouer le 14 septembre au Yankee Stadium (ndlr : stade de l’équipe de baseball de
New York situé dans le Bronx) avec le Big 4. En tant que New-yorkais, ça doit être un
concert très spécial pour vous n’est-ce pas ?

C’est peu dire ! Il n’y a pas meilleur aboutissement pour un groupe de New York que celui de
jouer dans le Yankee Stadium !

Rob Caggiano : Ca va être une expérience magique pour nous. C’est un rêve de gosse ! 
Charlie Benante : Nous avons déjà joué au mythique Madison Square Garden (ndlr : salle de
l’équipe de basket des Knicks de New York), mais jamais nous n’aurions pu rêver nous produire
au Yankee Stadium. Ca va être complètement dingue ! En tant que new-yorkais, c’est le but
ultime. Si nous avions du nous produire dans le Dodgers Stadium (ndlr : équipe de baseball de
Los Angeles), ça ne m’aurait fait ni chaud ni froid. Cela aurait presque été craignos en fait
(rires). Nous venons tous du Bronx et nous sommes tous des fans invétérés des Yankees…
Rob Caggiano : A l’exception de Joey (rires) !

Kiss avait souhaité ne pas publier Carnival Of Souls : The Final Sessions (1997) dans un
premier temps parce que le groupe s’apprêtait à effectuer sa tournée de reformation, mais
avait finit par le sortir à cause d’un grand nombre de versions pirates qui circulaient. Que
ferez-vous, si le Worship Music avec Dan Nelson finissait par se répandre ?

Charlie Benante : Je souhaite simplement de tout mon cœur que cela ne se produise jamais ! Je
n’ai pas envie de devoir être obligé d’étouffer cet album car je ne suis plus intéressé par la
négativité qui a pu entourer Anthrax il n’y a encore pas si longtemps.

Charlie, tu dis ne jamais vouloir publier la version de Worship Music avec Dan Nelson. Mais
pour rester sur la thématique de l’album, le  culte voué à des groupes, si jamais les Beatles
ou Led Zeppelin avaient à un moment enregistré un disque avec un autre chanteur, tu aurais
souhaité l’écouter n’est-ce pas ? Tu es obligé d’avouer que dans le contexte d’un coffret ce
serait assez sympa pour les fans quand même…

On veut me prendre par les sentiments là (rires) ! Mais l’autre Worship Music n’a jamais été
terminé à 100% de toute manière.
Rob Caggiano : La seule chose que nous serions en mesure de publier, ce sont des versions
sans le mixage final. Des rough mixes comme on dit et en toute franchise, je peux vous assurer
qu’elles sont très loin de la qualité du vrai Worship Music dont nous disposons aujourd’hui. Je
ne peux pas citer son nom (rires), mais seul qui vous savez pourrait un jour rendre disponible
l’ancienne version de Worship Music, mais il ferait alors une grosse erreur car la qualité est bien
moindre. Il est en possession de cette ancienne version (ce que semble regretter Benante) et il est
le seul qui aura peut être l’envie de la partager. C’est la réalité.