Red Fang - Aaron Beam

 

 RED FANG

 INTERVIEW AVEC AARON BEAM

 18 AVRIL 2011 PAR TELEPHONE

 

 

 

Le metalcore, « mode » metal du milieu des années 2000, est depuis un moment en pleine perte de vitesse et semble aujourd’hui s’être complètement essoufflé. Une tendance cédant à une autre, on voit débarquer depuis quelques années une nouvelle vague de groupes américains, difficiles à catégoriser tant leurs influences sont nombreuses (metal, sludge, progressif, psychédélisme, classic rock etc…) et qui semblent tous être plus ou moins directement les descendants d’un certain Mastodon. Si pour le moment Baroness et Kylesa sont ceux qui s’attirent le plus les faveurs du public et font figure de chef de file, le courant a bien d’autres combos intéressants à nous offrir à l’image de ces enthousiasmants Red Fang.  

Peux-tu présenter Red Fang à mes lecteurs ?

Aaron Beam (chant, basse) : Tous les membres de Red Fang vivent à Portland dans l’Oregon. Personnellement, j’y habite depuis une vingtaine d’années et nous nous sommes tous rencontrés il y a environ dix ans. Cela fait maintenant 5 ans que nous jouons ensemble et le moins que l’on puisse dire c’est qu’on s’éclate dans cette aventure musicale !

On peut facilement supposer que Red Fang doit être souvent assimilé à la nouvelle vague de metal avec des groupes comme Baroness et Kylesa. As-tu l’impression d’appartenir à cette scène ou au contraire aimerais-tu que Red Fang soit vu comme quelque chose de différent ?

C’est une question intéressante. Au niveau du timing, notre arrivée coïncide totalement avec l’émergence de cette nouvelle scène de groupes auxquels les gens commencent à porter beaucoup d’attention en ce moment. Mais du point de vue du style, je nous pense différent de ces formations. Nous avons tourné à plusieurs reprises aux côtés de Kylesa et nous sommes très bons amis avec eux. Personnellement, j’adore ce qu’ils font musicalement, mais je pense aussi que nous sommes assez éloignés de leur son, même si en matière de musique lourde, nous avons un peu les mêmes influences. Disons que je nous vois davantage comme une formation metal vintage. A mon sens, notre musique est bien plus influencée par les années 70 que celle de Kylesa, Baroness ou tous les autres groupes à qui nous sommes souvent comparés.

Red Fang a effectivement des influences metal évidentes, mais également un côté simplement rock. On peut sentir par exemple l’influence de Queens Of The Stone Age au niveau des guitares…

C’est tout à fait vrai et il y a certains d’entre nous dans Red Fang qui sont de grands fans de Queens Of The Stone Age. C’est une influence indéniable. En fait, nous sommes catégorisés metal depuis nos débuts mais je pense que cela vient entre autre du fait que notre logo correspond plus à l’imagerie metal qu’à autre chose. Nous avons un côté dingue et agressif et, en général, avec ce genre de facettes tu finis vite par atterrir dans la catégorie metal. Puis il faut dire aussi que nous venons de Portland, une ville vraiment pas connue pour avoir fait émerger des groupes metal, et du coup nous sommes plus heavy et effrayants que la plupart des formations locales, et comme au départ c’est la presse locale qui commence à parler de toi, l’étiquette metal nous a vite été colée. De notre côté, nous aimerions ne pas avoir d’étiquette mais quand quelqu’un nous demande le style de musique que nous pratiquons, nous répondons que nous jouons du hard rock plutôt que heavy metal. Mais soyons clairs, nous ne cachons en rien que le son de Red Fang contient des éléments metal, c’est juste que nous sommes davantage un groupe de heavy rock plutôt qu’autre chose.

Vous semblez avoir le cul pris entre 2 chaises, lorsque l’on voit par exemple que vous êtes signé sur un label metal avec Relapse mais que votre disque est produit par Chris Funk (Decemberists) et mixé par Vance Powell (White Stripes, The Raconteurs, Kings Of Leon), 2 noms vraiment totalement étrangers au monde metal. Qu’est-ce qui a poussé votre choix sur eux ?

Chris Funk nous a approché il y a déjà bien longtemps pour produire notre nouvel album. Il vit également à Portland et nous le connaissons depuis un bail à travers la scène musicale locale. Nous étions hésitants au début, mais il a fini par nous convaincre car il a déjà tourné avec Mastodon et il adore ce qu’ils font tout comme tout un tas d’autres formations heavy. Disons les choses ainsi : j’aime Neil Young mais aussi Aerosmith. De la même manière, Chris Funk a beau joué dans Decemberists, cela ne signifie pas pour autant qu’il ne peut pas comprendre et aimer le metal. De plus il est facile de travailler avec lui et surtout il connaît tout le monde. C’est donc lui qui nous a amené Vance Powell sur un plateau. Ce dernier ne fait clairement pas parti de l’univers metal mais il a beaucoup bossé avec Jack White (Dead Weather, The Raconteurs, ex-White Stripes) et il est clair qu’il s’y connaît lorsqu’il s’agit d’obtenir un son rock très puissant. Encore une fois, vu que l’on se considère plus comme un groupe de rock qu’un groupe de metal, l’idée nous tentait car Chris nous avait assuré qu’il pourrait nous donner avec Vance un super son bien rock, sans mettre une grosse empreinte sur notre musique. Nous ne voulons pas sonner comme la plupart des groupes metal. Nous n’essayons pas de sonner comme Slayer, ni même comme Mastodon ou Baroness. Nous n’avons en conséquence pas vraiment envie de travailler avec les mêmes personnes qu’eux. Nous voulons sonner tels que nous sommes vraiment et Chris et Vance sont parvenus à nous enregistrer sans altérer le son naturel de Red Fang. Ca tombe bien car c’est exactement ce que nous voulions ! 
 
Pour toi, quelle est l’évolution principale entre votre premier disque éponyme et ce second album Murder The Mountains ?

La différence majeure entre les 2 disques est que Murder The Mountains a été écrit comme un effort collectif contrairement à Red Fang (2009) qui a été principalement composé par Bryan Giles (chant, guitare) lorsqu’il vivait encore à San Diego. C’est seulement une fois qu’il est revenu à Portland que nous avons commencé à apprendre ces chansons et que nous les avons enregistrées. Pour Murder Te Mountains, tout le monde a collaboré et du coup on y entend beaucoup plus d’influences musicales diverses et c’est un album beaucoup plus varié.

Le titre Murder The Mountains est énigmatique pour ne pas dire étrange. Quel est son sens ?

(Rires) La meilleure façon dont je puisse répondre à cette question est que nous ne sommes pas vraiment fans des titres trop évocateurs et nous préférons laisser à chacun le soin de deviner quel est le sens de ce titre. Peut être qu’il y a un sens caché ou peut être pas. Qui sait ?

Ok, vous voulez garder une part de mystère…

Je vais quand même donner un indice. Nous ne détestons pas la nature. Ce titre ne signifie pas de la détruire (rires) !

Musicalement, comme tu l’évoquais, Murder The Mountains est très varié et part dans tous les sens. Essayez vous d’être aussi imprévisibles que possible ?

Ce n’est pas réellement un de nos buts en soit, mais il est clair que nous ne voulons nous imposer aucune limites musicales. Il n’y a aucune règle qui régisse ce qui serait qualifié pour être une chanson de Red Fang. Pour Murder The Mountains, nous avons enregistré le double de titres nécessaires, histoire de pouvoir choisir ceux que nous considérions vraiment comme les meilleurs, et nous l’avons fait sans aucune limite de style. Il n’y a donc rien de conscient quant à notre côté imprévisible, nous voulons simplement tenter d’offrir la plus grande qualité musicale possible.

La pochette de Murder The Mountains est vraiment belle. Qui en est l’auteur ?

Merci beaucoup, nous adorons également notre pochette et nous passerons le compliment à Orion Landau qui en est l’auteur. C’est un mec qui est employé par Relapse pour se charger des artworks et de plus il vit à Portland. Du coup ça nous a donné l’opportunité de bénéficier de ses services gratuitement. Nous avons commencé par lui envoyer des artworks d’artistes que nous adorons, mais qui nous auraient demandé des milliers de dollars pour nous fournir leur travail. En écoutant notre disque et en s’inspirant des œuvres que nous lui avons fait parvenir, il a obtenu ce résultat excellent qui a dépassé de loin toutes nos espérances !

Vous rentrez tout juste du Metalliance Tour aux Etats-Unis en compagnie d’Helmet, St Vitus, Crowbar et Kylesa. Comment s’est passé cette tournée pour vous ?

C’était une bonne expérience. Nous jouions un peu trop tôt, rarement plus tard que 19h30. Mais c’était pire pour Howl, le groupe qui ouvrait et qui jouait la plupart du temps devant des salles vides. En général les salles commençaient toujours à se peupler pendant notre set, si bien que sur sa fin, nous jouions habituellement devant toute l’assistance présente au concert. Nous nous sommes bien entendus avec tout le monde et plus particulièrement avec les mecs de St Vitus, avec qui nous avons tissé des liens plus particuliers, au point que Wino vienne chanter avec nous plusieurs fois notre reprise du « Suicide » de Dust (ndlr : groupe de hard rock des 70’s).     

Red Fang joue au Hellfest cet été. Que dirais-tu pour convaincre les lecteurs de venir vous voir sous la Terrorizer Tent le dimanche ?

Je conseillerai les amateurs de metal à l’ancienne, mais qui aiment aussi des choses plus contemporaines comme les Melvins et les Queens Of The Stone Age, de venir nous voir. Tous les amateurs d’agressivité peuvent également y trouver leur compte car nos concerts sont vraiment énergiques et bruts de décoffrage !

 

close
_/_

_/_