Kylesa - Laura Pleasants

 

 KYLESA

 INTERVIEW AVEC LAURA PLEASANTS

 15 SEPTEMBRE 2010 PAR TELEPHONE

 

 

Objet musical non identifié, Kylesa est une formation pour le moins originale qui s’apprête à sortir cet automne son cinquième méfait sur le label français Season Of Mist. Il n’y a encore pas si longtemps relativement anonyme et très underground, le combo américain de Savannah commence à jouir, tout comme ses camarades de Baroness, d’un buzz important. La sortie de Spiral Shadow est donc la bonne occasion de nous entretenir avec cette drôle de dame qu’est Laura Pleasants, une guitariste soliste/compositrice/chanteuse au jeu bien particulier et à l’enthousiasme débordant vu avec quelle tonicité elle a répondu à nos questions !  

Laura, tu es une musicienne assez originale dans ton style. Peux-tu nous parler de ton parcours et de tes influences en grandissant ?

Laura Pleasants (guitare, chant) : Lorsque j’étais gamine, le groupe qui cartonnait et qui avait beaucoup d’impact sur moi était Guns N’Roses. Même s’ils n’ont pas vraiment d’influence sur mon style de jeu, ce sont eux qui m’ont mis au rock n’roll et à la musique heavy et c’est à partir de là que j’ai commencé à écouter tout un tas de choses. Puis je me suis mise à fond dans le classic rock en déterrant du grenier la collection de disque de ma maman pendant que j’étais au collège en quatrième. J’adorai également Jane’s Addiction à l’époque puis j’ai commencé à écouter des trucs comme Fugazi, The Melvins, Black Flag et plus important encore : Black Sabbath. Je devais être en troisième à ce moment là, et les groupes de Seattle commençaient à bien marcher et j’étais aussi amatrice de cette scène. Puis j’ai commencé à délaisser quelque peu le metal au profit du punk. On peut dire que j’ai toujours aimé plusieurs genres musicaux, sans jamais rester trop longtemps focalisée sur un seul. Mais le punk a littéralement régné sur mon adolescence, car j’adore l’énergie et la rage qui émane de ce style. Évidemment l’esprit en marge de la société, le fait de vivre sa vie à sa manière m’attirait également beaucoup. Pour résumer, la majeure partie de mon inspiration et de mes influences vient du punk, même s’il y a tout un tas de choses différentes pour compléter, et mon groupe favori en grandissant était sans l’ombre d’un doute Black Sabbath. C’est ce qui m’a amené à jouer de la guitare vers mes 15/16 ans. Je voulais jouer comme Tony Iommi et j’écoutais à ce moment là des formations qui laissent beaucoup de place aux riffs comme Corrosion Of Conformity, Soundgarden et Alice In Chains.

Votre opus précédant Static Tensions (2009) amorçait un virage vers des éléments plus ambiants et trippants et Spiral Shadow (2010) semble aller encore plus loin dans cette direction…

(Coupant la question) Totalement et ça me fait penser que j’ai oublié l’immense influence que la musique psychédélique à eu sur moi. C’est d’ailleurs une composante de Kylesa qui a toujours existée. Pink Floyd est assurément un des groupes qui a eu le plus d’impact sur moi. Pendant des années j’ai écouté en boucle Dark Side Of The Moon (1973) avant de me plonger dans leurs tous débuts en achetant tous leurs premiers disques d’occasion. Même si nous avons un son assez sludge et heavy nous aimons tous le rock psychédélique et nous voulons incorporer cet élément autant que possible dans notre musique.

Tu viens de me couper l’herbe sous le pied, car j'étais sur le point de te demander si tu serais à l’aise avec l’étiquette « metal psychédélique » ?

C’est une appellation on ne peut plus appropriée et qui nous définit à merveille. Pour être tout à fait honnête, j’écoute vraiment beaucoup plus de musique trippante, avec beaucoup de textures sonores à la guitare, que du metal en général. Même si ce sera toujours une partie importante de moi, je ne me suis jamais considérée comme guitariste de metal. Je suis plutôt un mélange de divers styles que j’ai pioché afin de créer celui qui m’est propre.

Tu mentionnais l’influence de Pink Floyd, et nous vous avons déjà vu jouer sur scène une reprise fantastique de leur « Set The Control For The Heart Of The Sun »…

En fait nous avons enregistré ce titre courant 2007. Nous en parlions depuis un moment à l’époque, et lorsque nous avons fini par le faire, cela m’a donné l’envie, et je pense qu’il en va de même pour les autres, d’explorer cette facette psychédélique. De pousser cet élément plus loin et de l’approfondir. Je m’étais tellement amusé à essayer toutes ces idées un peu folles et étranges à la guitare, que je voulais le refaire à nouveau. Ce fût le déclic et un pas vers la bonne direction à mon sens.

Considères-tu Static Tensions comme une étape vers Spiral Shadow ?

Je pense que tous nos disques sonnent très différemment les uns des autres, tout en sonnant comme du Kylesa, mais je ne dirai pas que Static Tensions fûts juste une vulgaire étape. Je trouve que nous sommes devenus, avec Phillip Cope, de bien meilleurs compositeurs sur Static Tensions. Nous avons appris à améliorer nos idées du passé, tout en ajoutant un tas de nouvelles choses et en nous orientant vers de nouveaux horizons. Pour Spiral Shadow, nous avons pris la base de Static Tensions et avons poussés les choses plus loin, en y ajoutant une nouvelle fois d’autres ingrédients. C’est juste une évolution naturelle, rien n’était planifié. Nous avons d’ailleurs écrit et enregistré ce disque sur un laps de temps très court. De janvier à avril pour être exact. Personnellement, je ne voulais pas réfléchir à notre orientation car j’étais consciente que Static Tensions est l’album qui nous a fait connaître et qu’il a relativement bien marché. De son côté, Phillip se posait vraiment beaucoup de question et se faisait du souci. A un moment, il aurait sans doute été plus facile de faire un Static Tensions 2 en écrivant des chansons très similaires, vu que les gens ont appréciés ce disque. Mais lorsque nous avons commencé à composer, il était clair que nous nous orientions vers des choses nouvelles, sans même y penser. Je ne pourrais pas te dire à quoi ressemblera notre prochain opus par exemple, car lorsque je compose, je suis toujours très influencée par ce que j’écoute sur le moment, ce qui me botte dans la vie à cet instant précis et bien sur ce que je souhaite obtenir ! Spiral Shadow n’est pas un disque parfait, mais j’en suis très satisfaite en tout cas.

Tu as considérablement évoluée en tant que vocaliste. Avant tu ne faisais uniquement qu’hurler, tandis qu’aujourd’hui tu t’essais souvent à du vrai chant…

J’ai consciemment essayé de m’améliorer vocalement parlant. A vrai dire, je ne me suis jamais considéré comme chanteuse. Mais je me suis efforcée de devenir bien meilleur en la matière, et cette fois, au lieu de crier en permanence, je me suis dit qu’après tout, vu que je possède une voix féminine, autant essayer de m’en servir à bon escient ! Ca contribue à nous différencier des autres formations se rapprochant de nous au niveau du style. C’est vraiment un aspect sur lequel j’ai pas mal bossé. Je voulais me concentrer davantage sur de vraies mélodies cette fois, que ce soit au chant ou à la guitare d’ailleurs. Je me suis simplement jetée dans le bain en essayant de chanter par-dessus nos démos et la plupart du temps ça ne sonnait pas si mal. Mais ça ne m’est pas venue comme ça, j’ai du travailler là-dessus pour m’améliorer.

Auparavant c’était en gros du 50/50 niveau chant entre toi et Phillip, tandis que sur Spiral Shadow, tu sembles prendre l’ascendant. Etait-ce prémédité ou simplement une affaire de qui se sent le plus inspiré sur le moment ?

C’est assez drôle en fait, car nous ne nous demandons jamais qui va chanter telle ou telle partie. Logiquement, ça dépend surtout de ce que la chanson nous fait ressentir et de quelle voix correspond le mieux à tel riff. Sur Spiral Shadow, il est vrai que j’ai eu des idées de chant sur chacune de mes compositions et il en était de même pour Phillip. Puis, comme toujours, nous avons tout de même beaucoup écrit ensemble. Mais je pense que nous sommes toujours dans une parité équilibrée niveau chant. Peut être que l’on peut avoir l’impression que je chante davantage, car je suis derrière le micro sur 3 chansons de suite. En tout cas il y a quelques titres où Phillip est le principal chanteur et où j’assure uniquement les chœurs. Mais à vrai dire, je n’ai pas vraiment réfléchi à cela et je n’en suis moi-même pas très sure !

Une des particularités de Kylesa est le fait de jouer avec 2 batteries. Avez-vous piqué cette idée à The Allman Brothers Band ?

J’adore The Allman Brothers Band, mais j’ai été accroché par leur musique assez tard dans ma vie et cette idée des 2 batteries ne nous est pas venue d’eux ni même des Butthole Surfers qui eux aussi jouent avec 2 batteurs. Mais il y avait ce groupe, dont j’ai oublié le nom et si je me souviens bien ils venaient de Caroline Du Nord. C’est dommage que j’ai oublié leur nom, car ils étaient excellents et c’est en les voyant sur scène avec 2 batteries que cela m’a donné envie de jouer dans cette configuration. Au moment de la formation de Kylesa il y a 9 ans, je jouais avec Tyler Newberry, qui par coïncidence vient d’intégrer Kylesa cette année, et Phillip Cope avait son groupe Damad. Il voulait jouer de la musique avec moi et avait proposé que l’on fusionne nos 2 formations respectives, en utilisant 2 batteurs. Nous en parlions donc dès 2001 en réalité, même si nous n’avons pas évolué sous cette forme avant 2006 car Tyler voulait faire autre chose à l’époque et nous avions donc opté pour commencer Kylesa avec un seul batteur. Au passage, est-ce que vous savez que nous avons eu un million de batteurs dans nos rangs ? C’est un truc à la Spinal Tap (rires) !

Justement, avec cette incapacité à conserver un line-up stable, et plus particulièrement avec le tandem de batterie, avez-vous pensé à revenir à un seul batteur avec Carl McGinley lorsqu’Eric Hernandez a quitté le groupe en début d’année ?

Nous aurions pu faire ça effectivement, mais je ne suis pas sure que les gens accueilleraient bien cette nouvelle. Ils sont maintenant habitués à nous voir avec 2 batteurs. Mais cela aurait tout à fait été possible car la musique de Kylesa vient de Carl, Phillip et moi-même. Nous sommes le noyau de cette formation. Si pour n’importe quelle raison, nous venions à nous séparer de Carl, alors l’aventure Kylesa serait terminée. Tout simplement car Carl est notre batteur principal. Nous écrivons en sa compagnie et c’est seulement ensuite que nous faisons appel à un autre batteur pour ajouter ce côté plus percussif à l’ensemble. Tant que nous serons tous les 3 unis, tout ira bien. C’est maintenant notre troisième opus avec 2 batteurs et je pense que cela a surtout commencé à marcher avec Static Tensions. Mais ce n’est pas comme ci je considérai cela comme un élément très important de notre musique. Nous ne sommes en aucune façon un groupe dirigé par la batterie, plus particulièrement sur Spiral Shadow, qui est clairement dominé par les guitares. Mais c’est sacrement dur de retrouver une alchimie à chaque fois que nous perdons un batteur. Cette fois, c’est Carl qui a insisté pour que Tyler soit l’homme de la situation car ils se connaissent depuis longtemps à Savannah. Ils étaient à l’école ensemble et Tyler nous a déjà dépanné en 2007 et vu qu’il avait à nouveau envie de jouer de la batterie, nous avons porté logiquement notre choix sur lui.

Comme tu viens de le mentionner, Kylesa vient de Savannah. Une ville pas vraiment connue. Etait-ce difficile de percer au niveau de la scène locale ?

Il n’y a pas vraiment de scène ici en fait ! Savannah est une petite ville. Je n’en suis d’ailleurs pas originaire. Je viens de Caroline Du Nord et je suis parti là bas à l’université et c’est là que Kylesa s’est formé et c’est d’ailleurs ce qui m’a gardé dans cette ville. Au début tout était plus simple car il y avait un peu plus d’animation et on pouvait faire des concerts plus facilement. Mais en même pas 10 ans, la situation a considérablement changée. Je me souviens au début, j’allais toujours voir Damad, l’ancien groupe de Phillip, ils donnaient toujours de très bons concerts. Les mecs de Black Tusk, également originaire de Savannah, et un peu plus jeunes que moi, admiraient et s’inspiraient aussi du modèle qu’était Damad pour nous. Puis c’est Kylesa qui est devenu le modèle, aux côtés de Baroness qui a débarqué de Virginie pour s’installer ici car certains de leurs membres étaient engagés dans l’armée à Savannah. Mais à part ça, on ne peut pas vraiment parler d’une quelconque scène locale, tant elle est minuscule et tant les opportunités de jouer des concerts sont rares.

Vous avez beaucoup tourné en Europe récemment, notamment en première partie de Converge ou de Clutch. Pensez-vous revenir chez nous en tête d’affiche pour promouvoir Spiral Shadow ?

Nous allons laisser l’Europe tranquille pour le moment car nous avons vraiment tourné sans relâche chez vous ces derniers mois. Il est temps pour nous de nous concentrer un peu sur les Etats-Unis. Mais il est clair que voulons faire une tournée en tête d’affiche en Europe pour Spiral Shadow. C’est dans nos projets, mais ça viendra après les quelques opportunités que nous avons de notre côté de l’Atlantique. Au mieux, nous reviendrons en Europe pour l’été prochain, pendant la saison des festivals. Il faudra patienter, mais nous reviendrons, ça c’est sur ! 

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