Stone Temple Pilots - Robert DeLeo

 

 STONE TEMPLE PILOTS

 INTERVIEW AVEC ROBERT DELEO

 15 MAI 2010 PAR TELEPHONE

 

 

Tendance épidémique dans le monde du rock, la reformation est devenue un quasi-
incontournable. Stone Temple Pilots vient s’ajouter à une liste déjà longue comme le bras, et pourtant le combo semblait bel et bien mort et enterré lorsque son chanteur Scott Weiland partait rejoindre quelques ex-Guns N’Roses (Slash, Duff McKagan et Matt Sorum pour ceux qui n’auraient pas suivis) courant 2003 tandis que les frère DeLeo fondaient de leur côté Army Of Anyone en compagnie de Richard Patrick (Filter) en 2005. Seulement voilà, les faillites des 2 formations (problème relationnel pour VR, bide commercial pour AOA) a inévitablement laissé s’entrevoir un nouvel avenir pour Stone Temple Pilots, qui se démarque de la plupart des anciennes gloires réunies, en revenant en grande forme avec un très bon 6ème disque éponyme sous le coude. Dans un genre à la fois vieille école et contemporain, Sonte Temple Pilots illustre ici à merveille la formule : « faire du neuf avec du vieux ». Pour en parler, le compositeur principal (et désormais producteur) de la formation Robert DeLeo.    

Après quasiment une décennie à être allé voir ailleurs, tous les membres de
Stone Temple Pilots sont à nouveau réunis. Quel effet ça fait d’être de retour au bercail ?

Robert DeLeo (basse) : Ca fait du bien car j’adore composer avec ces mecs là et je pense que nous
proposons à chaque fois une contribution intéressante au monde de la musique. Je n’ai pas mon
couchage installé dans ce groupe, mais il est clair que je m’y sens comme à la maison !

Peux-tu revenir quelques années en arrière et nous dire quelles ont étés les raisons réelles du
split vers 2002 ?

Nous ne pouvions plus nous supporter les uns les autres (éclat de rire) ! Je pense que nous avons
emmené, ou plutôt que notre entourage de l’époque, a emmené notre carrière vers une direction
qui ne nous convenait plus. Nous n’y trouvions plus beaucoup d’intérêt, ni de sens. Il faut
replacer les choses dans leur contexte et se rendre compte qu’en 2002 nous arrivions à nos 10
ans de carrière. En temps normal, un groupe peut déjà s’estimer heureux d’arriver à 5 ou 7 ans
d’existence. A cette époque précise, le monde de la musique était en plein chamboulement et
nous étions en train de changer. C’était tout simplement une période peu favorable pour Stone
Temple Pilots et les choses devenaient malsaines au sein de notre formation. Parfois tu dois
savoir t’éloigner et aller vivre d’autres expériences. C’est ce que nous avons fait avec nos autres
projets musicaux chacun de notre côté. Nous avons également eu des enfants dans l’intervalle et
tu dois apprendre à gérer ta vie avec ces changements.

Quel a été l’élément déclencheur de cette reformation en 2008 ?

C’était le moment opportun. Nous venions quasiment de passer autant de temps loin les uns des
autres…qu’ensemble (rires) ! Il était temps de nous retrouver pour jouer à nouveau tous les 4.
Mais notre perception des choses a considérablement changé aujourd’hui. Nous attachons à STP
une place très différente dans nos vies actuelles. Je pense que le premier pas est venu entre mon
frère Dean (DeLeo) et Scott (Weiland). Ensuite j’ai passé un coup de fil à Scott et le contact est
vite revenu entre nous. Je parle bien sur très régulièrement avec mon frère Dean, mais
habituellement beaucoup moins avec Scott ou Erik Kretz. Toutefois dans la vie, il y a toujours
des gens avec qui tu ne communiques pas forcemment beaucoup mais avec qui il existe malgré
tout un lien assez fort. C’est exactement le cas dans Stone Temple Pilots. La musique que nous
avons crée tous les 4 a formé un lien solide entre nous.

Peu après la tournée de reformation en 2008, votre label Atlantic Records vous a menacé de
poursuites judiciaires si vous ne leur livriez pas de nouvel album. On peut donc supposer
qu’il n’y avait rien de prévu de ce côté au moment de la reformation ?

Tout à fait. Notre état d’esprit était tout d’abord de partir en tournée et jouer nos chansons. Tu
éprouves toujours un sentiment très particulier pour des chansons que tu as pu écrire 10 ou 15
auparavant. C’est ça qui crée le lien dont je parlais. A chaque fois que nous jouions quelque
chose des 2 premiers albums…même des 4 premiers en fait, il se passait quelque chose de
spécial entre nous. Nous retrouvions certaines sensations de l’époque et les sentiments partagés
en groupe. C’était vraiment la première étape à accomplir pour nous assurer que cette
reformation se passe bien. Une fois que nous avions répété nos vieux titres et que nous les
avions de nouveau interprétés pendant un bon moment en tournée, c’est seulement à cet instant
que l’envie de faire un nouvel opus nous est venue.

Mais fin 2008, Scott Weiland a finalement publié son second album solo Happy In
Galoshes au lieu de s’atteler à la composition du nouveau Stone Temple Pilots. Est-ce que
cela t’avais inquiété et rappeler au bon souvenir des perpétuelles complications qu’il y avait
dans le monde de STP dans les 90’s ?

Oh, il y aura toujours des embrouilles et autres embuches dans l’univers de STP (rires) ! Mais
aujourd’hui je suis conscient et j’ai appris qu’il est inutile de consacrer toute ma vie à STP. C’est
un groupe à qui je peux uniquement en dédier une partie. C’est une façon bien plus saine de
voir les choses pour moi. Lorsque les choses arrivent avec STP, tant mieux. Lorsque rien ne se
passe, tant pis. Je n’ai vraiment aucun contrôle là-dessus !

Une raison particulière d’avoir fait de ce sixième disque un éponyme ?

Comme vous pouvez le voir, la pochette du disque est illustrée par le signe de la paix. Nous
avions évidemment pas mal de titres en tête, mais nous avons pensé que cette pochette avait une
imagerie suffisamment forte pour se passer d’un patronyme. Elle se suffit à elle-même pour
personnaliser l’album. Cette image de paix, et plus particulièrement dans l’époque que nous
vivons actuellement, est quelque chose de vraiment important et significatif.

C’est la première fois que toi et ton frère produisez vous-même un disque de Stone Temple
Pilots. Qu’est ce que cela a changé d’après toi ?

Ce fût un changement très intéressant car tous nos albums précédents avaient été enregistrés par
le même producteur, à savoir Brendan O’Brien. Cette démarche nous plongeait assurément dans
un certain confort. Mais la chose la plus importante pour moi avec ce nouvel album est le fait
que nous l’ayons produit nous même, car cela nous a permis de réellement prendre nos
responsabilités. Ce mode de fonctionnement te force à livrer le meilleur de toi-même, car tu
n’attends pas que quelqu’un d’extérieur de l’autre côté de la vitre juge ce que tu viens de faire.
Cela nous a rajouté une certaine masse de travail. Mais je suis très fier de cette décision ainsi que
de toutes les autres comme le choix des ingénieurs du son qui m’ont épaulé ou bien encore
d’avoir confié le mixage à Chris Lord-Alge. Je suis comblé par ce que nous avons accomplis et
je n’ai pas besoin d’attendre la sortie du disque pour déclarer mon immense sentiment de fierté à
son égard.

Devant cet enthousiasme, est-ce une démarche qui va perdurer ?

Absolument. Je viens d’ailleurs de terminer la construction d’un studio dans ma propriété. Une
partie du disque a été mis en boite ici et une autre dans le studio d’Eric, tandis que Scott a
enregistré toutes ses vocalises dans son propre studio. En tout et pour tout nous disposons donc
de pas moins de 3 studios et c’est vraiment super d’avoir autant de possibilités. Nous n’avons
aucune pression au niveau du timing, aucun coût qui nous tombe dessus et tout cela nous
procure une très grande liberté.

Tu dis que Stone Temple Pilots a été mis en boite dans 3 studios différents. Est-ce que cela
signifie que vous avez enregistrés vos parties séparément ?

Pas totalement. En fait bien souvent nous étions à 3 dans la même pièce. Mais comme pour
chacun des albums que nous avons créés, Scott a préféré s’isoler pour enregistrer le chant.
Même lorsque que nous étions dans le même studio ou la même maison, Scott préfère toujours
rester seul dans la pièce et c’est un choix que nous respectons. Nous avons débuté dans le studio
d’Eric. Nous avons installé notre matos là bas et avons commencés à écrire et bosser sur les
arrangements. Nous avons mis en boite la musique et nous l’avons ensuite envoyée à Scott. Il
nous a renvoyé en retour ces titres avec son chant posé dessus puis on s’est retrouvé à 4
quelques fois pour affiner les morceaux, les mélodies, les arrangements et déterminer dans quel
clé nous allions les jouer. Bien que Scott ne fût pas réellement présent avec nous en studio, nous
nous sommes tout de même retrouvés tous ensemble lorsque c’était vraiment nécessaire.

C’était la première fois que vous composiez du Stone Temple Pilots en quasiment 10 ans.
Étiez-vous quelque peu rouillés ? Avez-vous changé votre approche ?

Tout d’abord certains morceaux de l’album date d’il y a 10 ans et nous ne les avions jamais
utilisés car nous ne parvenions pas à leur trouver une place adéquat. A l’inverse, d’autres ont été
composés en un éclair en studio. Bien souvent lorsque tu mets en boite un album, tu réalises
qu’il lui manque quelque chose. Un certain tempo ou un style de mélodie et du coup tu
t’efforces de composer dans ce sens dans le studio pour combler ce manque. L’exemple parfait
est « Between The Lines » (ndlr : premier single) que j’ai composé vers la toute fin car l’album
manquait d’un titre comme ça.

En 2002 vous aviez déclaré vouloir revenir au son de votre premier disque Core (1992).
Vous avez du changer d’avis entre temps car Stone Temple Pilots possède un son à la fois
moderne et classique et très différent de Core

Nous n’avons pas réellement réfléchi à quel type d’album nous voulions publier. En revanche,
en tant que producteur, j’ai clairement fait attention à éviter de prendre une tournure que je ne
souhaitais pas pour ce disque. Je me suis imaginé dans la peau d’un fan, et me suis demandé
après tout ce temps ce qu’il attendait d’un album de STP. C’est cet état d’esprit qui nous a
permis de venir à bout de cet opus et c’est pourquoi il est concis et cohérent. C’est vraiment une
belle collection de titres rock n’roll doté d’un fil conducteur agréable. C’est ce que nous
voulions faire et en ce sens, cela rejoint notre état d’esprit de nos débuts. De toute manière le but
ultime à chaque fois est d’écrire les meilleurs morceaux possibles.

D’un aspect technique, Stone Temple Pilots allie à la fois un son imposant et moderne avec
des éléments vintage et classiques. Quels genres de petits trucs avez-vous utilisés pour
parvenir à cela ?

Beaucoup d’entre nous sont de grands collectionneurs d’instruments et d’objets anciens. C’est
presque une drogue pour nous (rires). Par exemple, mon studio est équipé d’une table de mixage
datant de 1971. Je possède pas mal de vieux micros allemands de haute qualité et d’anciens
micros RCA. J’ai également en stock de nombreux instruments vintage. Des vieilles basses,
guitares et même des amplis d’époque. C’est l’utilisation de ce matos qui nous permet d’obtenir
ce son particulier. Tout est beaucoup trop numérique aujourd’hui. Bien sur il y a des bons côtés
au numérique, mais je ne suis pas attiré par son utilisation abusive. Chacun son truc, mais pour
nous il faut que la matière de base possède un son plus analogique. Je suis content que cela
s’entende en tout cas, et je pense que c’est d’ailleurs particulièrement flagrant avec les vieilles
grattes et les vieux amplis que mon frère Dean a utilisés. C’est une bonne façon de procéder.
Nous partons d’une base complètement analogique et nous utilisons ensuite les atouts du
numérique pour nous simplifier la vie et pour conférer à l’ensemble un son moderne. Car il est
important de ne pas non plus sombrer dans quelque chose de trop rétro et je pense que nous
sommes parvenus à merveille à offrir un album moderne avec notre vieux matos.

Suite à une soirée privée où votre nouvel album a été diffusé, les gens sont repartis en le
comparant à la musique des Beatles. Es-tu flatté par ce genre de choses ?

J’aurai pu effectivement penser à pire comparaison ! The Beatles est une partie intégrante de
mon existence. J’écoutais tellement leurs albums quand j’étais gamin. Ils étaient un peu comme
mes nourrices dans le sens où ils m’ont éduqués (rires) ! Mais je pense de manière générale que
l’influence des Beatles est présente chez n’importe quel groupe. C’est un cheminement qui est
inévitable. Leur influence a toujours été très présente chez STP car comme je le disais, ils on
imprégnés notre enfance.

Vous allez revenir après une longue absence en France (ndlr : le 22 juin au Bataclan de
Paris). A quoi devons-nous nous attendre ?

La meilleure chose pour nous et le public est de faire en sorte de simplement proposer un super
show de rock n’roll. Je ne suis pas sur qu’il y ait encore beaucoup de formations qui proposent
ça. C’est ce que nous voulons apporter au monde de la musique : du bon rock n’roll !
Évidemment nous nous efforçons de sonner le mieux possible quelque soit l’endroit où nous
nous trouvons sur terre, mais je dois admettre que nous avons hâte de revenir à Paris car ça fait
un bail ! De mémoire je dirai que notre dernier passage remonte à 1996. Je me souviens plus
particulièrement d’avoir jouer au Grand Rex. Je pense que c’était en 1993. J’avais adoré cet
endroit !

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