Seventh Void - Kenny Hickey, Johnny Kelly et Matt Brown

 

 SEVENTH VOID

 INTERVIEW AVEC KENNY HICKEY, JOHNNY KELLY & MATT   BROWN

 27 NOVEMBRE 2010 A PARIS

 

Seventh Void, c’est le nom du nouveau groupe de Kenny Hickey et Johnny Kelly, tous 2 connus pour leurs méfaits dans Type O Negative. Leur premier opus Heaven Is Gone sortant enfin dans nos contrés, nous tenions à coincer ces drôles de zigotos pour parler du passé bien sur, mais aussi de leur avenir. Entretien avec le groupe au complet, mené par un Kenny Hickey qui s’impose ici comme un leader incontestable, et qui avec son franc-parler et son humour habituel, nous explique tout sur la genèse du combo tout en partageant moult souvenirs sur Peter Steele et Type O Negative. Comme le chantait Freddie Mercury, « The Show Must Go On » pour les new-yorkais et on a hâte de voir la suite tant Seventh Void nous livre un départ fracassant avec Heaven Is Gone !  

Quand est né Seventh Void ?

Kenny Hickey (chant, guitare) : Pendant la période séparant World Coming Down (1999) et Life Is Killing Me
(2003) de Type O Negative, principalement parce qu’il commençait à y avoir trop de temps
entre chaque opus et que Peter (Steele) ne tenait pas la grande forme. Avec Johnny (Kelly) nous
avons donc décidé de créer un autre groupe histoire de rester créatif. Nous avons débuté en
2003, mais vu que nous n’étions pas dépendants de Seventh Void, je n’ai pas beaucoup bossé
dessus au départ. J’ai simplement écrit 2 chansons et il n’y avait que moi et Johnny dans le
groupe. Nous avons ensuite auditionné pas mal de bassistes, et nous en avons eu plusieurs qui se
sont succédés. A l’époque, je souhaitais vraiment évoluer en power trio, et donc sans deuxième
guitare. C’est seulement au moment où nous disposions de 4 ou 5 titres que la musique a
évoluée et a nécessité l’apport d’un second guitariste. C’est à ce moment que Matt Brown est
arrivé. C’était en 2005 n’est-ce pas ?
Matt Brown (guitare) : Tout à fait. C’est Sal Abruscato de Life Of Agony (ndlr : également ex-Type O
Negative) qui leur a conseillé mes services. On vient tous du même coin et nous sommes tous
potes.
Kenny Hickey : L’arrivée de Matt a développé notre son, mais nos emplois du temps respectifs
étaient vraiment encore trop chargés. Johnny et moi-même étions en tournée soit avec Type O
Negative soit avec Danzig et Matt était tout le temps sur la route avec Lou Reed, car il est son
ingé son. Mais dès que nous avions le temps, nous nous réunissions dans un studio pourri du
Queens pour bosser sur de nouvelles idées. Cet endroit était abominable ! Un jour glacial, en
débarquant à 8h00 du matin, nous avons trouvé des excréments humains devant la porte
d’entrée…
Matt Brown : Ca bloquait le passage (rires) !
Kenny Hickey : Toujours est-il que nous avons fait de bonnes choses dans ce studio et au
départ, nous produisions l’album avec Matt, qui s’occupait également de l’enregistrement. Mais
nous manquions de recul par rapport à notre musique. J’ai donc voulu confier la production à
une personne extérieure et c’est à ce moment là que Vinnie Paul (Pantera) est entré en scène. Il
connaissait déjà Seventh Void à vrai dire. 3 jours avant que Dimebag disparaisse, Damageplan
jouait au Irving Plaza de New York. Avec Johnny nous sommes venus voir le show des
frangins, car nous avons une longue histoire avec eux. Nous avons fini la soirée dans leur
tourbus à picoler un max d’alcool et à un moment donné, Dimebag a voulu écouter 3 chansons
de Seventh Void. Il a littéralement adoré, au point de passer en boucle les 3 titres pendant 4h00
d’affilée dans le bus ! C’est donc à cette soirée que Vinnie a été exposé à Seventh Void et une
fois que Matt avait tout mis en boite, c’est Johnny qui a eu l’idée de le refiler à Vinnie et son
assistant Sterling Winfield. Peu de gens le savent, mais il n’y avait pas que Terry Date derrière
les manettes des albums de Pantera. Sterling était là lui aussi. Je leur ai donc envoyé « Shadow
On Me » pour qu’ils le mixent, à un moment où Vinnie venait de se taper toute une flopée de
démos épouvantables vu qu’il commençait son label Big Vin Records. Le mixage sonnait
vachement bien et Vinnie a manifesté beaucoup d’envie pour sortir Heaven Is Gone sur son
propre label. Avec Johnny, nous étions sous contrat avec SPV, et Big Vin Records, jusqu’à
aujourd’hui, n’a aucune distribution en Europe. On s’est dit alors que Vinnie aimait tellement ce
que l’on faisait, qu’on pouvait lui laisser l’album pour les USA et le sortir en Europe via SPV.
Malheureusement les ennuis ont commencé, car à peine venions-nous de fixer la sortie au 21
avril 2009, que SPV faisait faillite ! Du coup TON et Seventh Void n’avaient plus aucune
distribution en Europe. Au passage, voilà pourquoi l’album n’est jamais sorti avant chez vous.
Nous sommes quand même partis en tournée, et pour un début nous avions le luxe d’avoir un
tourbus à disposition et non un van. Vinnie possédait 2 tourbus en fait et il nous en a prêté un
pour nos 3 premières tournées. On se croyait vraiment dans sa baraque dans ce bus avec tous
ces trucs à l’effigie de Kiss ou des Dallas Cowboys (rires) ! Mais il a été plus difficile que je ne
l’aurai imaginé de participer à des bonnes tournées. Vinnie m’a dit d’ailleurs que la même chose
s’était produite pour Damageplan. Après tout ce temps que Pantera et TON ont passé sur le
circuit et tout l’argent que les 2 formations ont gagnés, nous pensions peut être avoir plus de
facilités. Mais la réalité, et c’est encore plus vrai aux Etats-Unis, c’est que tout le monde s’en
branle des nouveaux groupes ! Même quand les mecs de Korn font des projets parallèles, ça se
plante ! La tournée avec Static-X a été quand même assez bonne, surtout que nous venions de
sortir l’album. Mais ensuite nous avons eu un plan avec Mayhem qui a vite tourné court, vu
qu’ils nous proposaient de partir avec eux en tournée pendant 7 semaines sans que nous ne
soyons payés. Puis c’est ensuite nos potes de Lacuna Coil qui ont voulu nous renvoyer
l’ascenseur, car Type O est le premier groupe à les avoir emmenés en tournée aux Etats-Unis. Ce
n’est pas vraiment que ça ne collait pas musicalement avec Lacuna Coil, mais cette tournée n’a
pas été profitable. En partie car il y avait aussi Kill Hannah, qui attire des gamines de 17 ans, et
le premier truc que je fais pour commencer nos concerts est d’hurler : « cocksucker ! ». En
ajoutant à cela notre musique lourde et groovy, vous pouvez imaginer la tronche du
public…Bref, on s’est bien marré, mais ça n’a pas été un franc succès. Ce que je suis vraiment
heureux d’avoir fait, c’est cette tournée commune avec TON à l’automne 2009. C’est d’ailleurs
la dernière tournée de Peter et le dernier show de Type O s’est donc tenu au Harpo’s de Detroit.

C’est de là que provient cette vidéo live de Seventh Void sur Youtube, en train de jouer « Kill
All The White People » avec Peter au chant ?

Non c’est bien plus vieux. Ca remonte à l’époque où nous jouions avec Carnivore. Peter voulait
qu’on fasse la tournée ensemble, il appelait ça « Carnivoid ».
Matt Brown : C’est sur cette tournée que nous avons recruté Hank à la basse. C’était un gros
fan de TON et Carnivore.
Kenny Hickey : Hank a grandi avec Peter, et il était excité comme une puce à l’idée de jouer
avec nous : « je vais pouvoir voir Carnivore tous les soirs gratuitement ? » (Rires). Puis il ne
nous a jamais quittés depuis. Pour revenir à nos moutons, Nous sommes entrés en contact avec
Napalm Records à la base pour sortir le nouvel album de Type O vu les soucis de SPV. Nous
étions en train de nous focaliser là-dessus, moi et Johnny faisions en sorte de trouver un bon
endroit pour créer l’album et pour pouvoir concilier le fait que Peter habitait désormais en
Pennsylvanie. Peter a signé notre contrat avec Napalm Records le jour de sa mort…Seventh
Void est resté avec eux, surtout que Napalm voulait sortir notre album dès le début et ils sont
déjà enthousiastes à l’idée d’un deuxième. Ca m’a redonné de la motivation d’ailleurs, car juste
avant ça, j’en avais ma claque de la musique. Je me disais : « J’ai 44 ans, j’ai fait ça trop
longtemps, j’en ai ras le cul, j’emmerde la musique ! ». Mais cette tournée avec Monster Magnet
se passe plutôt bien. Ils font du hard-rock avec une pointe de psychédélisme et nous faisons du
hard-rock avec un côté doom. Ca colle bien, même si tout le monde vient pour voir Monster
Magnet. Mais je commence à apprécier le fait d’avoir à convaincre le public. Lorsque tu es en
tête d’affiche, ce n’est vraiment pas difficile de satisfaire ton public. Là, nous avons
maximum 15 fans hardcore de Type O qui savent qui nous sommes, et c’est agréable de voir
qu’au fur et à mesure que le set avance, les gens s’approchent de la scène. A Manchester c’était
même incroyable. Londres hier, c’était super aussi, tout comme Copenhague.

Musicalement, vous parvenez à être frais tout en donnant dans un style ancien mixant hard
rock et doom à la manière des premiers Soundgarden…

Quand on a commencé, il manquait vraiment un excellent groupe de pur hard-rock sur la scène.
Il n’y avait plus rien dans ce style. Tout le monde faisait soit du neo metal, soit du post-hardcore
à la con. Je ferai mieux d’appeler ça du faux punk en fait. Je mourrais d’envie d’entendre un
nouveau combo de hard-rock qui soit vraiment génial, car je n’ai plus jamais rien aimé dans le
style depuis Soundgarden et Alice In Chains. Seventh Void a été influencé par eux mais aussi
par Led Zeppelin, Black Sabbath et AC/DC. 

Est-ce que vous appréciez d’accélérer enfin le tempo, vous qui avez été habitués pendant si
longtemps à la lenteur de TON ?

Johnny Kelly (batterie) : Il est clair que nous avons voulu faire de Seventh Void quelque chose de très
différent de Type O à bien des égards. Nous voulions tout simplement jouer la musique avec
laquelle nous avons grandi, des trucs plus énergiques à la Black Sabbath et Soundgarden.
Kenny Hickey : Mais d’un côté, nous avions exactement les mêmes influences avec Type O. Le
seul truc que l’on ne retrouve pas chez Seventh Void est l’influence de The Beatles, et cela
changera peut être sur le prochain disque d’ailleurs. Le côté doom de Seventh Void est
évidemment ce qui m’est venu le plus naturellement car c’est ce qui se rapproche le plus de
Type O. 

D’ailleurs Kenny, ton jeu de guitare est bien plus riche et varié dans Seventh Void…

Tout à fait et cela s’explique par l’absence de claviers. Après avoir été des années en studio avec
Peter Steele, j’approche la composition de la même manière que lui maintenant. Je sais ce que je
souhaite obtenir après telle ou telle partie, ou lorsque je veux changer de tonalité et ce genre de
choses. Sauf qu’à l’inverse de Peter, je le fais avec 2 guitares.

En tout cas il y a plus de couleurs et de soli dans ton jeu actuel…

Oui car l’approche de Peter était assez peu commune. Sa basse sonnait comme une guitare, le
clavier de Josh (Silver) sonnait comme une guitare, et ma guitare sonnait comme un clavier !
C’était le monde à l’envers en fait ! Même si c’est ce qui nous a donné ce son cool et unique.
Mais il est clair qu’avec Seventh Void, j’avais envie de changer la donne, et d’enfin jouer de la
guitare de façon rock n’roll !

Même chose pour le chant. Tu as fait de sacrés progrès et tes possibilités semblent plus
larges qu’avec TON. Est-ce que cela a nécessité beaucoup de travail personnel ?

Ma tessiture a considérablement augmenté. Au départ je ne savais pas vraiment jusqu’où je
pouvais aller et je me souviens d’ailleurs que dans les 2 premiers titres que nous avons mis en
boite, « Shadow On Me » était à l’origine un ton plus bas. J’avais déjà la mélodie vocale en tête,
mais je ne poussais pas, et ça sonnait vraiment mal ! Avant lorsque je tenais un riff, je
chantonnais un charabia par-dessus et je ne savais pas vraiment où j’allais. Mais au fur et à
mesure que mes capacités vocales se sont développées et que j’ai gagné en expérience, j’ai
commencé à avoir une idée beaucoup plus précise du chant lorsque je composais mes riffs.
Matt Brown : Pourquoi ne raconterais-tu pas tes migraines (rires) ?
Kenny Hickey : Ok. Parfois en studio, à force de pousser ma voix pendant des heures sans
parvenir à atteindre les notes que je voulais, j’en finissais par avoir des énormes migraines et des
vomissements. Un jour j’ai consulté, et il se trouve que j’avais des bouchons dans les sinus. Je
me suis carrément fait opérer, et une fois le tout débouché, tout est devenu beaucoup plus
facile ! Ma voix est en perpétuelle amélioration et je pense que le résultat sera encore bien
meilleur sur le prochain opus.

La pochette de la version européenne est complètement différente. Pourquoi ?

La pochette américaine d’origine a été faite par Hank et je l’adore. Mais les mecs de Napalm,
pour bien marquer la nouvelle sortie, voulait quelque chose de totalement différent. Nous leur
avons donc fait plaisir, en appelant Joey Hernandez, déjà responsable de certains visuels de
Type O, que nous avons placé sous la direction de Hank.

Vous avez mentionné un prochain album à plusieurs reprises. Avez-vous déjà des nouveaux
titres ?

Oui nous avons quelques trucs, et dès que nous rentrons de tournée, nous allons passer un peu
de temps en studio. A vrai dire, il va falloir se magner le cul et travailler dur, car en théorie, nous
sommes censés livrer au label le master et la pochette d’un nouvel album dans 4 mois !
Matt Brown : Nous jouons le nouveau titre « Fools & Dogs » chaque soir et il a beaucoup
évolué depuis sa version d’origine. Je trouve ça assez bien de tester des nouvelles choses en live
et de les modifier.
Kenny Hickey : J’ai surtout écrit ce titre pour que l’on puisse proposer un set suffisamment
long. Nous jouons tout Heaven Is Gone en live, à l’exception de « Death Of A Junkie » qui ne
fonctionne pas bien dans ce contexte. J’ai donc écrit « Fools & Dogs » le plus vite que j’ai pu, et
depuis que nous le jouons ensemble en live, il ne cesse d’évoluer.
Matt Brown : Franchement ce titre s’améliore de soir en soir car nous avons souvent de bonnes
idées pour l’améliorer. J’apprécie énormément que notre groupe n’ait pas peur d’oser ce genre
de choses.

Avez-vous déjà une idée de la direction à emprunter ?

Kenny Hickey : Cela restera dans la veine de Heaven Is Gone, même si je souhaite nous voir
évoluer vers de nouvelles choses naturellement, sans forcement parlé de changement de
direction. Je ne veux pas qu’il y ait des interférences, comme l’envie forcée d’écrire un hit. J’ai
déjà vu ce que ça donnait avant. Il faut que notre route se trace naturellement, même si j’avoue
avoir déjà une petite idée de la chose. J’aimerai disposer de quelques titres plus calmes et faire
des chansons un peu plus rock n’roll à la Led Zeppelin. On pourrait utiliser des guitares 12
cordes à certains moments.

Peut-on dire que Seventh Void est un vrai groupe sérieux ?

Oh oui ! Etant donné que Type O n’existe plus, je n’ai plus rien d’autre à portée de main d’un
point de vue créatif. J’ai donné absolument toute ma vie et mon énergie à TON, et je n’ai
aujourd’hui plus beaucoup d’opportunités. Je ne peux pas faire grand-chose d’autre dans la vie.
Je ferai ça jusque la mort, ou jusqu’à ce que mon dos lâche. Je n’ai pas le choix.
Matt Brown : Me concernant, Seventh Void ne peut absolument pas rivaliser financièrement
avec le cachet que je perçois en étant ingé son de Lou Reed. Mais artistiquement, c’est une toute
autre histoire, et j’adore faire parti de ce groupe. Je ferai donc tout ce qui est en mon pouvoir
pour donner le maximum de mon temps à Seventh Void.
Kenny Hickey : Dans la vie, nous longeons un mur. Derrière nous, il y a un joli parc plein de
verdure, et en face c’est la mort. Au jour d’aujourd’hui, le mur se ressert sur moi et accélère ma
promenade. Seventh Void a intérêt à marcher, car sans ça, je suis fini…
Matt Brown : D’une façon ou d’une autre, j’arriverai à tout faire marcher. Nous avons déjà
accompli tant de belles choses ensemble !
C’est tout le mal que l’on vous souhaite, surtout avec un disque de la trempe de Heaven Is
Gone  sous le coude…
Kenny Hickey : Merci. Mais il y a des millions de formations dont aucun de nous n’a entendu
parler dans cette pièce qui auraient mérité de marcher. Pour réussir dans la musique il te faut
80% de chance et 20% de talent.
 
En repensant à la carrière de Type O Negative, quels restent vos meilleurs souvenirs ?

Le Dynamo Festival d’Eindhoven en 1995. Nous n’étions pas la tête d’affiche, c’est Paradise
Lost qui terminait la soirée, mais le public était très clairement avec nous. Il y avait plus de
115 000 personnes et c’était une expérience incroyable. Nous avons rejoué là bas en 1997, mais
le festival avait déjà baissé en affluence. En 1995 c’était vraiment gigantesque (ndlr : cette année
restera de très loin  la plus grosse affluence du festival, les organisateurs ayant été obligés de
réduire sa jauge de 110 000 personnes à 60 000 à partir de 1996 avant que le Dynamo ne
disparaisse quelques années plus tard). Nos femmes à moi et Johnny étaient présentes…
Johnny Kelly : Mon ex-femme tu veux dire…
Kenny Hickey : et la vue de cette marée de crane devant nous était impressionnante. Peter a
soudainement eu cette brillante idée : « montons sur scène, faisons un accord et barrons
nous ! »…et c’est exactement ce qu’on a fait (rires) ! Peter qui balance d’entrée au public :
« Merci, bonne soirée ! ». Bien sur, nous sommes revenus faire notre set 10 minutes plus tard,
mais putain qu’est ce que c’était drôle (rires) ! Vraiment un super concert, un super public et il
n’y a jamais rien qui surpassera ce moment de ma carrière, même pas l’argent que nous avons
pu accumuler pendant toutes ces années de tournée.
Johnny Kelly : La tournée avec Pantera c’était quelque chose aussi…
Kenny Hickey : Tu m’étonnes ! Il y a l’histoire du calamar mort balancé sur scène, qui est passé
dans tellement de mains différentes ce soir là, nous l’avons même renvoyé dans le public à un
moment, avant qu’il ne revienne complètement éclaté en mille morceaux, au point que tout
l’équipement de Pantera puait le calamar pour le reste de la tournée (rires) ! Nos 2 formations
ont étés un véritable cauchemar pour tous les gens qui bossaient avec nous. Il se passait quelque
chose de dingue tous les soirs. Un jour on était avec Peter sur le côté de la scène. Phil Anselmo
s’apprête à chanter et ouvre la bouche. Peter balance au même moment un énorme oignon rouge
vers Phil, qui malencontreusement tourne la tête vers nous, et je le jure devant Dieu, l’oignon est
venu se coincer pile poil dans sa bouche (rires) ! Oh putain, rien que d’y repenser je me pisse
dessus. C’était non stop ! C’était la première fois qu’ils tournaient avec des mecs  aussi timbrés
qu’eux. Un véritable concours de conneries (rires) !
Johnny Kelly : Sauf qu’ils avaient beaucoup plus d’argent que nous pour préparer leurs farces !
Kenny Hickey : Cette brillante tournée s’est achevé dans un immense bordel lorsque nous
avons envahi leur scène en leur balançant des tonnes de papier toilette, en jetant leurs
instruments au sol, et le public ne pouvait entendre rien d’autre que des putains de larsens…et il
s’agissait évidemment d’une grosse arena (rires) ! Ils n’ont pu jouer que 3 chansons cette nuit.
Vinnie a fini par se rendre et a envoyé bouler son kit de batterie pour venir se battre avec nous.
Je me souviens même d’aveugler Dimebag avec une bouteille de ketchup (rires) !
Johnny Kelly : Ce massacre a d’ailleurs valu à Pantera d’être banni de cette grande salle de Las
Vegas pendant 3 ans.
Kenny Hickey : Mais c’était inévitable. Tu mettais ensemble les pires branleurs du Texas avec
les pires branleurs de Brooklyn.  Qu’est ce qui pouvait arriver d’autre (rires) ? En plus nous
connaissions ces mecs depuis longtemps. Avec Johnny, les premiers que nous avons rencontrés
dans la famille sont Rita (ndlr : veuve de Dimebag) et Kirk Windstein (Crowbar, Down). J’ai
d’ailleurs encore remplacé ce dernier dans Kingdom Of Sorrow cet été sur l’Ozzfest. Il a du
jouer 2 concerts avec eux et moi au moins une vingtaine (rires). Mais il m’a dit qu’il avait trop
bu ces derniers temps avec Down et qu’il ne voulait pas enchainer avec une tournée parce qu’il
souhaitait devenir sobre. Je ne lui jette pas la pierre, car moi aussi j’ai au moins un million de
samedi soir derrière moi. A vrai dire, j’attends de voir quel va être mon premier organe qui va
lâcher. Vous savez ce qui a sauvé ma vie jusqu’à présent ? Le fait que TON a toujours eu de
longs breaks entre chaque tournée. Car lorsque je suis avec ma femme et mes enfants, je suis
sobre. Ma nana ne supporte pas que je boive car il m’arrive de devenir un gigantesque trou de
balle ! Mais si j’avais passé ma vie sur les routes, je serai sans doute baisé aujourd’hui ! Tous ces
longs mois à la maison ont sauvé mes fesses…jusqu’à aujourd’hui du moins. On va voir pour la
suite.

Vous disiez que vous étiez sur le point de faire un nouvel opus de Type O Negative au
moment où Peter est décédé. Y a-t-il suffisamment de substance pour pouvoir en faire quelque
chose ?

Non absolument rien. Je sais que Peter avait 2 riffs dont je ne me rappelle même plus et il
faudrait que je m’en souvienne d’ailleurs. Il était question de faire quelque chose de nouveau,
mais à partir de World Coming Down, il ne se passait rien dans Type O avant que Peter décide
soudainement de nous appeler pour nous dire de jouer ou de partir en tournée et nous n’avions
pas encore atteint cet instant au moment où il est mort. Nous n’avons fait aucune répétition
depuis notre dernière tournée fin 2009 et il n’y a donc rien que nous puissions sortir. Cela dit, si
jamais je me souviens de ces 2 riffs un jour, je les utiliserai sur le prochain Seventh Void, en
incluant Peter dans les crédits. Je le lui dois. 

RETOSPECTIVE AVEC KENNY ET JOHNNY DES OPUS DE TYPE O NEGATIVE :

Slow, Deep And Hard (1991)

Kenny Hickey :
Notre meilleur album. Point barre !

The Origin Of The Feces (1992) 

Bien qu’il s’agisse d’un faux live, car en fait nous l’avons mis en boite dans le sous-sol de Josh,
c’est un bon album.

Bloody Kisses (1993)

C’est l’album qui nous a fait percé, mais il n’est pas aussi honnête que Slow, Deep And Hard qui
reste pour moi l’expression artistique la plus pure que Peter a crée. Lui-même l’admettait
d’ailleurs. Mais il est clair qu’il y a pas mal d’imagination dans Bloody Kisses ainsi que de très 
bonnes chansons.
Johnny Kelly : « Blood & Fire » ne faisant pas parti de ce lot (rires) !
Kenny Hickey : Il a toujours écrit ce genre de trucs lorsqu’il voulait exprimer sa facette
romantique !   

October Rust (1996)

Johnny Kelly : Y a-t-il un mal à devenir sexy (rires) ?
Kenny Hickey : C’est une expérimentation ratée. Il ya des bonnes chansons dessus mais bon…
Matt Brown : C’est bizarre que tu dises ça, car pour moi c’est clairement un des meilleurs opus
de Type O…
Kenny Hickey : Ouais je sais, mais tu n’étais pas là. C’est moi qui aie constaté qu’October Rust
a vendu 2 fois moins que Bloody Kisses. Je sais que pour beaucoup de fans c’est notre meilleur
disque, et je peux le comprendre car certains de mes titres favoris se trouvent dessus. Cet album
avait des couilles dans un sens, car nous partions de notre son industriel, hardcore et doom pour
nous orienter vers quelque chose de gothique et sexy, mais pour moi c’est aussi le début du
déclin de TON. Bloody Kisses a été certifié disque de platine (1 million de ventes) aux Etats-
Unis (le premier obtenu par Roadrunner) alors qu’October Rust a du s’écouler à 200 000
exemplaires au début.
Matt Brown : N’oublie pas que l’époque n’était pas la même…
Kenny Hickey : Tu rigoles ? C’était en 1996, bien avant tout le merdier du téléchargement.
Aucune excuse.   
Johnny Kelly : Tu oublies qu’il a fini par être disque d’or tout de même (soit 500 000 ventes).
Kenny Hickey : C’est vrai, mais le but était de faire mieux que Bloody Kisses. Nous avons
manqué le coche. C’est sur, ce disque a augmenté la proportion de filles dans notre public mais
elles n’étaient pas encore suffisamment nombreuses (rires). Mon opinion est altérée par le
ressentiment que j’éprouve à propos de son échec commercial. Je n’arrive pas à être objectif.
Qu’est ce que Peter a pu baiser à cette période en tout cas ! Il a crée cet album dans ce but, et de
son côté, il considérait surement October Rust comme un large succès (rires) !
Johnny Kelly : C’est pourquoi il s’agissait de l’album favori de Peter (rires) !
 
World Coming Down (1999)

Kenny Hickey : Un album sincère et très bon, mais qui s’est apparenté à une pilule bien trop
grosse à avaler pour les fans de base. Il y a pourtant vraiment de très bonnes mélodies dessus,
mais bien que j’avais conscience de sa qualité artistique, je savais qu’on allait se planter avec
toutes ces chansons ultra lentes, et c’est exactement ce qu’il s’est passé (rires) ! La vie de Peter
était désastreuse à l’époque et je l’ai incité à écrire dessus. Mais au final, je pense qu’il s’agit de
l’album qu’il aimait le moins.

Life Is Killing Me (2003)

Celui que j’apprécie le moins. La période la plus difficile du groupe. Peter était dans une telle
démence physique. Il ne pouvait pas se concentrer dessus. Ca nous a pris des mois.
Johnny Kelly : Le processus d’écriture était haché et c’est l’album qui nous a chacun de nous le
plus désintéressé. Personne ne semblait enthousiaste à l’idée de le faire. Heureusement qu’il a
été sauvé par quelques bonnes chansons qui ont permis de le rendre légitime dans notre
discographie. Je pense surtout à « Anesthesia » qui est un excellent titre. A la minute où nous
l’avons mis en boite, nous savions que ce titre deviendrait un de nos classiques en live et nous
l’avons joué jusqu’à la fin. Mais il y a tellement de titres sur ce disque avec lesquels je n’arrive
pas à m’identifier.
Kenny Hickey : Peter m’a bien cassé les couilles sur cet opus. Le refrain d’origine de « Life Is
Killing Me » par exemple. Je dis à Peter : « Ce n’est pas la meilleure mélodie que tu as trouvé tu
sais… ». Il ne supportait pas la critique. Du coup il me fait : « Ok, c’est toi qui le chante alors »
(rires). C’est pourquoi je chante le refrain. Ca se passait souvent dès que tu émettais la moindre
critique avec lui. Comme pour « All Hallows Eve » sur World Coming Down. Pourquoi est-ce
que je chante le morceau ? Parce que j’ai dit à Josh de résonner Peter qui avait écrit des paroles
vraiment pourries. Du coup Peter me sort : « si tu peux écrire de meilleurs textes, fais le ! ».
Johnny Kelly : Ca se passait toujours comme ça. Peter ne pouvait pas encaisser la moindre
remarque sur ses textes et c’était sa façon de contre-attaquer.
Kenny Hickey : Parfois il manquait vraiment d’inspiration aussi. Mais c’est normal, entre
Carnivore et TON il avait écrit au moins 500 chansons. De quoi peux-tu bien parler à la longue ? 

Dead Again (2007)

Peter était dans une condition physique si lamentable qu’avec Johnny nous avons du vraiment
faire en sorte que cet album se fasse. Nous l’avons mis en boite dans le même studio pourri que
nous utilisions pour Seventh Void. Celui avec la merde humaine devant la porte. Nous avons
soufferts en studio pendant 9 mois. Au rez-de-chaussée se trouvait un restaurant chinois, dont la
patronne Tina, détestait Peter ! Elle n’arrêtait pas de lui gueuler dessus lorsqu’il venait chercher à
bouffer : (prenant un accent chinois) « Vous faite trop de bruit là haut espèce de gros abruti ! ».
C’est vrai qu’on jouait très fort. Avec Type O, nous jouions au même volume, que l’on se
trouve dans un stade ou dans une pièce minuscule !  
Johnny Kelly : On a fini par se faire virer du studio d’ailleurs tellement on jouait fort (rires).
Kenny Hickey : Virés d’un studio pourri situé dans le ghetto. Il fallait le faire ! Mais c’est un
disque excellent que nous avons développé avec une approche tournée vers la jam. Avec
Johnny et Josh nous n’avons pas arrêté d’improviser. Certaines chansons duraient 20 minutes
avant que Peter, qui était un accroc du contrôle artistique, décide de les raccourcir. Mais ce côté
libre est toujours là, et c’est sans aucun doute le disque le plus rock n’roll de Type O. Au
moment où Peter est décédé, cela faisait pratiquement 9 mois qu’il était sobre. Mais au moment
de faire Dead Again, il pouvait à peine jouer un riff et il oubliait parfois même comment il
s’appelait. C’est pourquoi avec Johnny, nous avons eu beaucoup plus d’impact sur Dead Again. 
Matt Brown : Je me souviens, un jour j’étais là avec vous en studio. Peter s’est pointé vers moi
en me faisant : « mec, t’as déjà vu ça ? C’est une pédale chorus » (rires).
Kenny Hickey : Nous jammions 5 ou 6 jours par semaine car nous n’avions rien d’autre à faire.
Lorsque Peter rentrait chez lui le soir, il m’appelait à 2h00 du matin : « Viens chez moi tout de
suite ! J’ai envie de me battre avec toi, dans la rue ! ». Je lui répondais : « Attends un peu Peter.
Tu veux que je monte dans ma bagnole, que je crache 11 dollars pour prendre le pont, et que je
te rejoigne chez toi pour que l’on se batte ? ». Il me répondait sèchement «  Oui ! Maintenant ! ».
Johnny Kelly : Le pire c’est que tu étais un de ceux qui vivait le plus loin. Il te fallait au moins
45 minutes de trajet (rires). Mais pour Josh c’était encore pire car ils habitaient très près l’un de
l’autre.
Kenny Hickey : A un moment Josh a pété les plombs. Il n’en pouvait plus. Il a bien cru qu’il
allait mourir à cause de Type O. Il a failli tirer une balle dans la tronche de Peter. Il nous
disait : « les gars, faite en sorte de ne pas le foutre en rogne car j’habite juste à côté et après il ne
me lâche plus ! » (Rires). Mais que l’on se comprenne bien, j’adorais ce mec. Peter était tout
simplement un fou génial !

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