Monster Magnet - Dave Wyndorf

 

 MONSTER MAGNET

 INTERVIEW AVEC DAVE WYNDORF

 13 OCTOBRE 2010 PAR TELEPHONE

 

 

 

 

 

 

 

Nous aimons bien Monster Magnet et son leader impayable  Dave Wyndorf. Aussi nous avions éprouvé une grosse frayeur lorsque le bougre avait fait une overdose début 2006 et sorti après moult retards, un 4-Way Diablo assez naze, il faut bien l’admettre. C’est que s’il n’était pas mort physiquement, Wyndorf semblait l’être créativement sur cet opus. Mais après une tournée best-of très satisfaisante et idéale pour se remettre en scelle, voilà que ce doux dingue de Dave ressort les griffes et nous gratifie d’un Mastermind très inspiré ! Place donc au maitre à penser Dave Wyndorf, qui au passage n’a également rien perdu de son enthousiasme et de son sens de l’humour, pour nous parler de cette vie après la mort que semble être Mastermind

Revenons en arrière, à l’époque de la dernière tournée européenne en
2008/2009. 4-Way Diablo (2007) était votre dernier opus en date à ce moment là, et vous
l’avez totalement écarté de la setlist. En avais-tu déjà marre de cet album ?

Dave Wyndorf (chant) : Non ce n’est pas vraiment que j’en avais marre, c’est juste qu’il s’agit d’un
disque étrange dans sa conception et surtout que je ne suis jamais parvenu à lui trouver sa place
dans un contexte live ! J’ai composé les chansons de cet album à plusieurs époques, et j’ai assez
peu d’attache avec la plupart d’entre elles. Finalement, les seuls titres dont je me sens proche sur
4-Way Diablo, sont les plus calmes et ces derniers ne marchaient pas vraiment en vue des
concerts. On a pourtant essayé d’en répéter certains, et peut être que mon esprit a une
interprétation biaisé de la chose, mais pour moi ces morceaux n’étaient tout simplement pas
aussi forts que les autres qui composaient le set. C’est pourquoi dès qu’il a été temps de
concevoir Mastermind, (prenant une grosse voix) j’ai voulu m’assurer que chaque chanson soit
assurée de cartonner en live !

Ok. Tu ne considères pas forcement Mastermind comme le successeur de Monolithic
Baby ! (2004) donc, car ce n’est pas comme si tu détestais 4-Way Diablo n’est-ce pas ?

Non je ne le déteste pas. Mais à vrai dire j’ai des reproches à faire à absolument chacun de mes
albums. Je ne suis jamais satisfait ! Je suis un perfectionniste ! Il ne m’est jamais arrivé de mettre
en boite un disque et de m’exclamer avec joie : « Parfait ! ». En général je suis plutôt du genre :
« Ok c’est enfin fini, il faut vite que je me tire d’ici maintenant ! ». Mais comme je le disais,
j’aime vraiment bien les trucs plus mellow sur 4-Way Diablo.

Sur la tournée que nous évoquions, tu as déterré pas mal d’oldies plus rares ces dernières
années comme par exemple « Dopes To Infinity », « Superjudge » ou bien encore « 3rd
Alternative », et comme par hasard, l’aspect psychédélique de Monster Magnet est un peu
de retour sur Mastermind. Est-ce une conséquence de l’interprétation de ce répertoire
ancien ?

Non je pense que cela n’a rien à voir…enfin quoique, j’avoue qu’inconsciemment il est tout à
fait possible que cela ait eu un impact dans ma tête. Mais je ne peux pas en être totalement sur.
Nous avons effectivement joué plus de titres psychédéliques ces derniers temps, mais si ça se
trouve mon cerveau me demandait d’entendre plus de titres hard-rock. Je n’en sais rien !
Certaines de mes influences ressortent parfois plus que d’autres sur mes albums, mais cela tient
surtout du fait que je sélectionne à chaque fois les meilleures chansons, sans me soucier de leurs
styles. C’est une question de chanson, pas de genres musicaux. On peut distinguer 2 types de
chanson chez Monster Magnet : d’un côté les titres psychédéliques, de l’autre les titres hard-
rock. Et je pense d’ailleurs que sur Mastermind, ce sont les titres hard-rock qui fonctionnent le
mieux !

Une chose est sure, Mastermind est un opus de Monster Magnet bien varié dans lequel on
retrouve un peu tout ce que le groupe a abordé. Ton intention était-elle d’aboutir à un album
classique de Monster Magnet ?

Oui, très clairement ! C’était mon but car encore une fois, je voulais que ces titres fonctionnent
en live, je les ai conçu avec cet environnement en tête. Et lorsque tu penses à l’univers des
concerts, tu penses à couvrir le spectre musical le plus large possible, afin de contenter le
maximum de gens dans un minimum de temps. C’est d’ailleurs très difficile d’y parvenir. (Dave
prend une voix d’ahuri) « Putain, vous ne jouez pas assez de titres psyché ! » ou bien : « Mec,
où sont passés les bons vieux titres hard-rock ? ». J’ai pensé à ce genre de réaction en faisant cet
album et j’ai taché de satisfaire tout le monde. C’est donc en tout logique que Mastermind puisse
être perçu comme un classique de Monster Magnet, car je l’ai conçu ainsi !

Ce n’est pas un secret, tu avais rencontré de sacrés problèmes pendant l’élaboration de 4-
Way Diablo (ndlr : Dave avait fait une overdose). Dirais-tu aujourd’hui que le monde de
Monster Magnet est en meilleure santé ?

Oh oui tout à fait…surtout depuis que j’ai récupéré mon cerveau ! J’avais vraiment perdu la
boule pendant un moment. Mon cerveau ne devait plus marcher qu’à 60% de ses capacités, et ça
fait du bien d’être revenu à 100%. Ca me rend heureux en tout cas !

Cela s’entend sur Mastermind qui sonne comme un disque plein de confiance…

C’est clair. Il n’y a aucun substitut possible à l’enthousiasme et à l’effervescence du cerveau
(rires) ! Pour 4-Way Diablo, j’ai vraiment du lutter afin d’écrire les paroles et pire encore pour
les chanter. Ca a été mon expérience la plus difficile en studio. Aucun doute là-dessus.

Vous avez signé avec Napalm Records, un petit label, ce qui peut surprendre aux premiers
abords. Quelle est la raison derrière ce choix ?

De nos jours, plus le label est petit, mieux c’est ! Le problème avec les gros labels c’est que tu
leur dois toujours quelque chose. Tu finis par leur appartenir. Ils veulent toujours récupérer
quelque chose sur le merchandising et j’en passe et des meilleurs. La bonne vieille méthode qui
voulait qu’un groupe rencontre directement plus de succès dès qu’il signait sur une major est
révolue ! Ca fait d’ailleurs déjà bien longtemps que tout ça est fini, mais personne ne veut
l’admettre ! Certains groupes meurent d’envie de décrocher un contrat avec une grosse
compagnie, mais moi j’en reviens, et franchement, ce n’est pas si cool ! Bien au contraire. Tu
n’as vraiment pas la moindre garantie de rencontrer plus de succès avec un gros label. Pour moi
la meilleure chose à faire aujourd’hui, est de collaborer avec des mecs qui vont vraiment bosser
très dur pour promouvoir ta formation. Tous ces mecs qui ont les bonnes connexions et qui
connaissent automatiquement tout le monde, n’ont plus grand-chose à t’offrir, car il y aura
toujours quelqu’un pour saisir la bonne opportunité avant toi. Bosser avec Napalm est assez
motivant car on peut voir l’étincelle dans leurs yeux et ces mecs mouillent vraiment la chemise.
Ils ont la dalle, et j’aime ça !

En ayant un nouveau label ainsi qu’une confiance retrouvée, ressens-tu Mastermind comme
un nouveau départ ?

Absolument, c’est de ça qu’il s’agit pour moi. C’est une nouvelle étape de ma vie, surtout
comme je le disais tout à l’heure, par le fait d’avoir retrouvé mon esprit ! Monster Magnet est de
retour en scelle, au meilleur de sa forme, car son chanteur/compositeur complètement dingue - et
c’est de moi que l’on parle là – est de retour (rires) ! C’est un nouveau départ.

Pourquoi avoir intitulé ce disque Mastermind ?

Tout d’abord parce que j’adore ce mot. Il sonne de manière vraiment cool ! Je trouve ça presque
diabolique ! Ca m’évoque un savant fou ou quelque chose comme ça. Mais en fait, je vais
raconter l’histoire qui se cache derrière ce titre. Un jour en tournée, j’aperçois une jolie fille
devant ma chambre d’hôtel. Je sors, et j’essaie de la convaincre de me rejoindre à l’intérieur.
Elle me répond : « Non je n’ai pas envie de rentrer là dedans, on ne se connaît pas ! ». J’ai
insisté du mieux que j’ai pu, en faisant preuve de beaucoup de persuasion afin d’arriver à mes
fins et de la faire rentrer dans ma piaule ! Elle refusait catégoriquement car elle voulait savoir ce
qui l’attendait une fois à l’intérieur. Du coup, je me suis dit qu’après tout, je n’avais rien à
perdre et que je pouvais me comporter comme un gros porc ! J’ai donc décidé de murmurer à
son oreille tous les actes sexuels que je comptais faire avec elle, et je vous épargnerai la longue
liste de détails ! Je m’attendais vraiment à me faire jeter et qu’elle me trouve répugnant. C’est en
fait tout l’inverse qui s’est produit. Ses yeux se sont grand ouvert et elle s’est écrié : « T’es un
sacré mastermind toi ! ». Mon Dieu je n’en croyais pas mes oreilles ! « Yeah baby ! I’m the
mastermind ! » ai-je alors exulté ! Cette petite histoire m’est restée à tel point que j’ai décidé
d’écrire cette chanson éponyme qui parle en gros de l’art de la séduction.

C’est une nouvelle fois Matt Hyde qui a produit l’album, comme la plupart de ses
prédécesseurs. Qu’est ce qui le rend comme le producteur idéal à tes yeux ?

Matt est un bon pote à moi. C’est vraiment un mec super. Nous bossons bien ensemble en plus.
Son rôle de producteur dans Monster Magnet est en fait davantage celui d’un ingé son. Il est
excellent pour enregistrer les prises et il donne toujours son maximum. De mon côté j’écris la
musique et je m’occupe également des arrangements pendant la production. Enfin, je dicte à
Matt le son que je veux obtenir sur tel ou tel morceau. Il est vraiment talentueux, particulièrement dans sa précision dans l’obtention du son souhaité. Si les albums de Monster Magnet étaient uniquement produits par mes soins, ils seraient sans doute plus brouillons ! Nous formons une bonne équipe tous les 2, puis il est marrant en plus, ce qui ne gâche rien ! C’est un pote quoi !

« The Titan Who Cried Like A Baby » et « Time Machine » sont des titres frais et nouveaux
pour Monster Magnet. Ils peuvent presque faire penser à des musiques de film. D’où
viennent-ils ?

C’est exactement ça. En fait lorsque j’ai envie de faire une ballade, j’opte souvent pour une
ambiance dans la veine d’une musique de film. Bernard Hermann est ma plus grande influence
en la matière. Il est mort depuis longtemps, mais il a composé tout un tas de musique de film
dotées d’une atmosphère vraiment étrange (ndlr : Hermann s’est entre autres illustré sur Citizen
Kane, Taxi Driver et plusieurs films d’Alfred Hitchcock). Lorsque tu as envie d’exprimer
quelque chose d’un peu dépressif, ou un sentiment de déception, voir même un problème de
cœur, je trouve que les musiques de film sont plus à propos que les simples ballades. Ca reste
pour moi un meilleur moyen d’expression, plutôt que de resté planté avec sa guitare.

Tu chantes : « Il n’y a pas de douleurs à 100 millions de miles d’ici » dans le titre « 100
Millions Miles Away ». Ressens-tu parfois un besoin d’échapper à tes problèmes ?

En permanence ! De toute façon lorsque tu rencontres un souci, soit tu t’y confrontes, soit tu
t’échappes. Il n’y a pas d’autres solutions. C’est une pensée qui est tellement encrée en moi, que
j’y pense chaque jour. « Fight or flight ? » (se battre ou s’envoler ?). Je dirai même que c’est un
thème récurrent chez Monster Magnet et je ne serai pas surpris si l’on me disait que c’est une
pensée omniprésente dans le cerveau de chaque être humain (rires) !

Qu’est-ce qu’une « Hallucination Bomb » ?

Cette chanson m’a été inspirée du comics Nick Fury, Agent Of S.H.I.E.L.D. En gros il y a ce
personnage, qui est le cerveau (mastermind) derrière une opération qui vise à balancer sur la
population une bombe qui rend tout le monde sous LSD ! Le genre de bombe qui contaminerait
100 000 personnes à la fois. Vous imaginez le résultat (rires) ? C’est un plan diabolique ! Puis
parallèlement à ça, il y a une histoire avec une fille dont je suis prisonnier de la chambre à
coucher. Sous l’effet de la bombe, je ne sais plus vraiment si j’ai envie de me tirer ou non de
son plumard et je ne sais plus ce qui s’est réellement passé entre nous ou ce qui tient simplement
de la séduction.

Penses-tu vraiment que les dieux et les punks trainent ensemble comme tu le chantes sur
« Gods And Punks » ?

En tout cas c’était le cas lorsque je trainais au CBGB’s en 1978. J’étais un gamin et tous ces
punks comme les Ramones étaient des dieux pour moi. J’ai toujours fait cette corrélation entre
dieux et punks (rires) !

T’es-tu déjà essayé à la sorcellerie, et si oui, pourquoi en-as-tu marre ?

(Hilare par l’allusion au titre « Bored With Sorcery ») Ce titre parle de ma lassitude à attendre
que quelque chose de dingue sorte de mon cerveau pour écrire de nouvelles paroles. J’en avais
marre d’attendre ! Car il faut savoir que lorsque j’écris des paroles, je transforme ma vie, qui est
plutôt normale, en quelque chose de surnaturel. Ce n’est pas vraiment embarrassant, mais ma vie
n’a rien d’extraordinaire. Enfin tout du moins, pas au point d’en faire des chansons ! Du coup je
décrie mes émotions et des choses qui m’arrivent par des illustrations surréalistes dont je
m’efforce d’exagérer le trait. J’amplifie toujours tout au niveau des paroles si bien que j’arrive à
partir d’histoire banale à créer de véritables scénarios loufoques ! Mais parfois tu es à court de
mot et d’idée, et c’est là que je hurle : « j’en ai ras le cul de cette sorcellerie ! ». C’est de ce
sentiment que vient ce titre. 

Monster Magnet revient à Paris le 27 novembre prochain à la Machine (ex-Loco). A quoi
pouvons-nous nous attendre ? Une sélection équilibrée de votre carrière ou bien une lumière
davantage mise sur le nouvel opus ?

Nous allons nous concentrer un peu sur Mastermind car nous avons vraiment proposé une
tournée type Greatest Hits la dernière fois et je n’aime pas faire toujours la même chose. Mais
que tout le monde se rassure, nous allons encore déterrer des raretés de Dopes To Infinity (1995)
et Spine Of God (1992) que nous n’avons pas interprété depuis des lustres. Cette fois nous
allons nous frotter à « Look To Your Orb For The Warning », que nous n’avons pas joué depuis
6 ou 7 ans et il y aura également « Nod Scene » par exemple. Et comme je l’ai dit, je pense que
nous inclurons au moins 4 titres de Mastermind car ils sonnent bien en live.

DAVE REVIENT SUR 20 ANS DE MONSTER MAGNET :

Spine Of God (1992) : Cela me semble si loin. Je me suis bien marré à faire ce truc ! J’ai du tout
écrire pendant un été et nous avons tout enregistré en à peine 6 jours. A l’époque je n’avais pas
à me soucier d’avoir un gros son de batterie ou ce genre de choses. Je m’appuyais tellement sur
les effets de toute manière. Je ne sais pas vraiment comment j’y suis parvenu, mais le résultat est
plutôt bon !

Superjudge (1993) : C’est notre premier album sur une major, mais c’est également un désastre
à mes yeux. Le studio était complètement différent. Je passais d’une console 8 pistes à une 24
pistes ici. J’étais perdu, et c’était moi le producteur du disque…à l’exception que je ne savais
pas encore comment m’y prendre (rires) ! J’ai appris des trucs au moins et encore une fois nous
avons mis le tout en boite très rapidement. En 12 jours il me semble.   

Dopes To Infinity (1995) : J’ai tout d’abord fait en sorte d’éviter toutes les erreurs commises sur
Superjudge. Cette fois, je savais où j’allais en terme de production et tout était beaucoup plus
méthodique et calculé. Je savais exactement ce que je voulais obtenir de chaque chanson. Je
voulais obtenir quelque chose de plus cohérent, car Superjudge part dans bien trop de directions
éloignées. Dopes est un album vraiment fun et j’ai appris beaucoup en le faisant.

Powertrip (1998) : En fait j’ai voulu me servir de tous les acquis, notamment au niveau de la
production, de Dopes To Infinity et les appliquer aux qualités présentes sur Superjudge. A la
base ce disque est censé être un mix des 2 précédents. Et c’est évidemment à ce moment, que
Monster Magnet a commencé à prendre une tournure davantage hard-rock, car je sentais qu’en
live, c’est ce que les gens voulaient à nouveau entendre.

God Says No (2001) : Je suis parti l’enregistrer au Canada avec de véritables
professionnels (rires) ! Nous avions des ingé son de renom comme Randy Staub, et Matt Hyde
était également de la partie. Mais en fait, le son de l’album est beaucoup trop lisse à mon gout.
J’étais content de certaines chansons, mais je n’aime pas la production du disque.

Monolithic Baby ! (2004) : Je sais que certains ne l’aiment pas, mais à mes yeux il s’agit d’un
des meilleurs opus de Monster Magnet. Je voulais tout simplement sortir un pur album de rock
n’roll ! Je voulais tous ces gros refrains mémorisables que l’on trouve dedans. Il y a une
atmosphère classic rock dessus, un peu à la The Stooges.  Je l’ai enregistré tout en haut d’une
colline d’Hollywood en compagnie de Scott Humphrey qui est un putain d’ingé son lui aussi
doublé d’un type en or. On s’est bien marré !

4-Way Diablo (2007) : Ce n’était pas réellement un nouvel album en fait. Je me suis contenté
de réunir pas mal de titres du passé que j’avais laissé de côté. Il y a assez peu de choses
nouvelles en fait sur 4-Way Diablo. C’est pourquoi il n’est pas très cohérent car en réalité il
s’agit juste d’une compilation de différentes faces-b jamais utilisées.

close
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