Aerosmith - Joe Perry

 

 AEROSMITH

 INTERVIEW AVEC JOE PERRY

 04 MARS 2010 PAR TELEPHONE

 

 

 

 

 

 

 

 

Aerosmith était ces derniers mois bien loin de sa devise Let The Music Do The Talking. Alors
que les seules infos relatives au combo de Boston étaient des déclarations, soit pessimistes de Joe Perry soit évasives de Steven Tyler, et que nous peinions à accepter le deuil du line-up d’origine,  le groupe au grand complet annonçait à la surprise générale son retour ! Cerise sur le gâteau, cette remise en scelle se matérialise par une tournée européenne, faisant
notamment escale à Bercy le 29 juin, et même si cela suffisait à notre bonheur, il fallait bien
questionner un Joe Perry pour le coup en mode carpe diem. Car s’il est content de revoir un
peu d’ordre dans sa maison, le guitariste légendaire refuse de se livrer à un enthousiasme
exacerbé, souvent de rigueur dans telles circonstances. Gros coup de pub ou véritable
rebondissement ? A vous d’en juger !  

2009 a été une année pour le moins mouvementée et étrange chez Aerosmith. Il
y a quelques mois, tout le monde avait l’impression que vous alliez splitter, puis
soudainement tout revient dans l’ordre. A quoi attribues-tu ce changement radical ?

Joe Perry (guitare) : Je ne le sais pas vraiment en fait. Tout d’abord, vu de l’extérieur, on peut avoir
l’impression que nous rencontrons des problèmes internes depuis les quelques mois écoulés,
mais en réalité cela faisait un an qu’il y avait des difficultés. Après l’annulation de la tournée US
pendant l’été 2009 (suite à une chute de scène de Steven Tyler), j’ai commencé à me prendre la
tête et à réfléchir à tout ça. Puis nous nous sommes regroupés et avons donnés 4 concerts
pendant l’automne, à Hawaii, Maui, Honolulu et Abu Dhabi. Nous étions de nouveau au top de
notre forme mais Steven nous a dit qu’il voulait s’éloigner et se consacrer à de nouvelles
activités de son côté. Ca a coupé net notre élan retrouvé et crée pas mal de trouble. La situation
devait être particulièrement confuse vue de l’extérieur et je dois admettre qu’elle l’était tout
autant de l’intérieur. Au jour d’aujourd’hui, je peux seulement me réjouir du fait que tout soit
rentré dans l’ordre, car il y a encore un mois, je ne savais absolument pas s’il y avait toujours un
avenir pour Aerosmith. Tout ce que je savais à ce moment là, c’est que 4 de ses membres
désiraient continuer à jouer ensemble et heureusement pour moi j’avais mon aventure solo, le
Joe Perry Project, sur la table. Ca m’a permis de me changer les idées en partant en tournée. Puis
un beau jour, Steven a décidé qu’il voulait revenir et chanter à nouveau dans Aerosmith. Les
dates ont vite suivis derrière et je suis heureux de pouvoir revenir me produire en Europe.

Il n’y a donc eu aucun évènement particulier ou déclencheur qui a fait revenir Steven Tyler
dans le groupe ?      

Je n’en sais rien car je ne peux pas parler à sa place. Je ne peux pas savoir ce qui se trame dans
sa tête et à vrai dire cela fait 40 ans que j’essaie d’y parvenir, sans succès. Mais c’est la vie et
après tout nous avons été capables de maintenir Aerosmith en activité pendant toutes ces années.
J’imagine que notre façon de fonctionner ne doit pas être si mauvaise.

Concernant son détachement, penses-tu que sa blessure lui ai donné envie de faire une
pause ?

Encore une fois, c’est une possibilité, mais je n’en sais rien. Personnellement, à ce stade je
préfère concevoir chaque concert comme un don du ciel, et c’est pourquoi je continue de
donner tout ce que j’ai et je suis enthousiaste à l’idée de rejouer avec les autres, bien que ma
formation solo va me manquer, car elle assure. Au passage nous allons jouer avec cette dernière
en ouverture de Bad Compagny en Angleterre, courant avril, et c’est littéralement un rêve qui
devient réalité pour moi. C’est un des meilleurs groupes que je connaisse et j’ai hâte de revoir
Paul Rodgers chanter comme lui seul sait le faire. De jolies choses m’attendent dans les
prochains mois.

Lorsque tu disais vouloir partir en tournée avec un autre chanteur, étais-tu sérieux ou était-
ce un stratagème pour effrayer Steven Tyler et le faire revenir au bercail ?

Non, pas le moindre stratagème. Nous étions vraiment déterminés à l’idée de jouer avec un autre
chanteur. Il n’y avait aucune raison de ne pas agir de la sorte. A part Tyler, les 4 autres membres
d’Aerosmith voulaient continuer l’aventure et les fans voulaient également nous voir faire de la
musique ensemble. Cela aurait même été une bonne opportunité pour nous, d’essayer de
nouvelles choses avec une nouvelle voix. Cela n’aurait pas vraiment été du Aerosmith mais ça
aurait donné quelque chose d’intéressant. Nous voulions essayer de former une sorte de
supergroup avec un frontman qui soit un gros nom à lui tout seul. 

A la manière de ce que Queen a fait avec Paul Rodgers que tu mentionnais tout à l’heure ?

Tout à fait. Nous voulions faire une association de ce genre là car il était hors de question de
rester planté là à attendre pendant 2 ans. Mais le retour prématuré de Steven change évidemment
tout. Je dois dire qu’il a fier allure, il se sent bien et il a l’air heureux et motivé à l’idée de
remonter sur scène pour jouer. Voilà les choses telles qu’elles sont, et je veux insister sur le fait
qu’aucune de mes déclarations n’était calculée ou dite avec arrière pensée. Je décrivais
simplement la situation telle qu’elle l’était.

Pendant qu’on y est, avez-vous pu répéter avec certains chanteurs ?

Non, nous n’avons pas eu le temps d’aller jusque là.

En pleine tourmente, Steven Tyler a fait une apparition surprise pendant ton concert avec le
Joe Perry Project à New York sur « Walk This Way ». Etait-ce vraiment spontané ?

Absolument. Il était vraiment la dernière personne que j’aurai imaginé voir sur scène ce soir là.
A vrai dire, il a avoué publiquement qu’il n’avait même pas écouté mon album solo. Je ne
l’attendais vraiment pas ici du coup. Mais évidemment, c’était un petit tour de passe-passe de sa
part car il s’est pointé pendant le rappel, et je peux vous dire qu’il n’a pas vu le reste du
concert ! Il est seulement venu pour annoncer publiquement qu’il ne quittait pas Aerosmith
(ndlr : après quoi il a aussi dit ce soir là : « Joe Perry tu es un homme d’une multitude de
couleurs, mais c’est moi l’arc-en-ciel ! »). C’était le seul but de sa démarche, car il est parti avant
la fin du concert et du coup je n’ai même pas pu le coincer en coulisse pour parler avec lui. Il
avait déjà disparu. Lorsque je l’ai vu sur le côté de la scène, je me suis dit que les fans
aimeraient le voir et je lui ai proposé de venir jammer « Walk This Way » avec nous. Là encore,
absolument pas quelque chose de planifié de ma part, même si ça l’était évidemment de la
sienne. Il voulait s’assurer que tout le monde sache qu’il ne quittait pas Aerosmith... (d’un ton
ironique) et qu’il ne voulait simplement plus chanter pour nous pendant 2 ans.

Maintenant que le calme est revenu chez Aerosmith, qu’est-ce que les fans français sont en
droit d’attendre à Bercy le 29 juin prochain ?

Ca va être un sacré show ! Je le sais, car il y a beaucoup d’attente par rapport à ces dates
européennes. Nous n’avons pas joué à Paris depuis trop longtemps. J’appréhende vraiment
chaque concert comme s’il était le dernier aujourd’hui. Je sais que je dis ça depuis 15 ans à la
presse, mais je réalise pleinement aujourd’hui que certaines choses sont parfois délicates et
fragiles dans la vie. Tu ne sais jamais si tu pourras toujours être capable dans le futur de faire les
choses que tu es en mesure d’accomplir aujourd’hui. On ne peut jamais savoir ce que le
lendemain nous réserve. C’est pourquoi je jouerai à Paris comme s’il s’agissait de mon tout
dernier concert et au moment où nous arriverons en ville, nous serons bien rodés ! Très
franchement, évitez de réfléchir à 2 fois pour vous décider à venir nous voir, car il est tout à fait
possible qu’il s’agisse de la dernière tournée européenne d’Aerosmith. Il est difficile de savoir
combien de temps nous allons encore continuer, et souvenez-vous qu’avant la tournée de 2007,
il nous a fallu 10 ans pour revenir en Europe. C’est pourquoi je me donnerai absolument à
100% lors du concert de Paris.  

Niveau setlist, prévoyez-vous d’inclure un peu de tout comme lors de votre dernière tournée
européenne ou comptez-vous faire quelque chose de spécial, comme jouer l’intégralité d’un
album ou faire une setlist axée sur les années 70 comme il y a quelques années aux USA ?

Mon souhait personnel est de jouer des morceaux quasi inconnus issus de nos albums ayant
rencontrés le plus de succès. Le genre de titres que nous avons soit très peu, soit jamais joués. Il
y a tellement de chansons que j’apprécie et qui n’ont jamais fait parti de notre setlist. Nous
jouerons évidemment certains de nos plus gros tubes car les gens veulent les entendre mais il
serait intéressant à mon goût d’inclure pas mal de raretés. D’une certaine façon, il n’y a même
pas d’intérêt à faire un nouvel album sachant que nous avons tellement de bons titres que nous
n’avons jamais défendu en live ! Mais tout cela reste seulement mon point de vue. Je ne peux
pas parler à la place des autres mecs d’Aerosmith et j’ignore ce qu’ils veulent faire sur cette
tournée. Lorsque nous nous réunirons pour en parler, je manifesterai aux autres mes intentions
et nous verrons bien ce qui en découlera. Ce serait rafraichissant pour nous en tout cas. Lorsque
je joue avec le Joe Perry Project, nous interprétons parfois des raretés d’Aerosmith qui figurent
parmi mes titres favoris comme « Sight For Sore Eyes » ou d’autres chansons obscures de Draw
The Line (1977) et Rocks (1976). Ca plait au public en tout cas et j’aimerai vraiment faire de
même avec Aerosmith.

Aux Etats-Unis vous choisissez toujours des premières parties de luxe avec pêle-mêle ces
dernières années : Kiss, Lenny Kravitz, ZZ Top, Motley Crue, Cheap Trick et on en passe !
Allez-vous venir avec quelque chose de spécial en Europe ?

Je n’en suis pas sur. Je vais tout d’abord partir en tournée avec le Joe Perry Project en
Angleterre, je vais un peu regarder ce qui se passe en Europe à ce moment là et m’inspirer de ça
pour la tournée d’Aerosmith. Mais à vrai dire, je pense que les fans sont déjà pleinement
satisfaits de nous savoir de retour et de nous revoir jouer sur scène car personne ne peut
affirmer que nous reviendrons ensuite.

Aerosmith avait commencé l’écriture d’un nouvel opus il y a quelques années, sous la
houlette de Brendan O’Brien, mais le projet a été abandonné. Qu’est-ce qui a cloché dans ces
sessions ?

Beaucoup de choses en fait. Mais vu de ma perspective, Brendan est un bon producteur et je
suis sur que nous aurions pu faire un très bon disque avec lui. Nous avions pas mal de
substance, je dirai à peu près la moitié d’un album. Mais la donne est complètement différente
aujourd’hui car le nouvel opus ne devrait pas sortir avant 2 ans et qui sait ce qui se passera d’ici
là ? Les choses évolueront et notre disque ne ressemblera plus à ce que nous avons commencé
avec Brendan. Je doute qu’il en restera le producteur, mais qui sait ?

Tu coupes ainsi tout espoir des fans de voir ce nouvel album sortir en 2010…

Si je regarde nos prochains mois de manière lucide, voici ce qui devrait se passer. Nous faisons
tout d’abord ces tournées sud-américaine et européenne au début de l’été. Ensuite nous allons
très certainement repartir sur les routes nord-américaines, reprogrammer tous les concerts que
nous avons du annuler la dernière fois. Nous le devons aux fans. Une fois tous ces concerts
terminés, nous serons pratiquement à la même époque qu’aujourd’hui mais en 2011. Nous
commencerons alors seulement à bosser sur le nouvel album. Bien sur, nous avons déjà
quelques nouveaux titres terminés et dans un an nous en aurons encore beaucoup plus. En tout
cas de mon côté c’est une évidence, car je compose constamment et enregistre régulièrement en
studio. Nous verrons bien.

Entre l’album de reprise blues Honkin’ On Bobo (2004), et les live récents You Gotta Move
(2004) et Rockin’ The Joint (2005) qui font la part belle à votre répertoire 70’s, sommes-
nous en droit d’attendre qu’Aerosmith revienne à ses racines et au son de ses débuts ?

Le truc qui était super avec Honkin’ On Bobo est que nous avons enregistré ce disque live dans
le studio. C’était vraiment plaisant, surtout derrière Just Push Play (2001) dont la conception
était le parfait opposé. Nous avons toujours été meilleurs en enregistrant ainsi. C’est ce que nous
faisons le mieux. Je ne peux pas affirmer qu’il y aura un retour de la vibe que nous avions dans
les 70’s, mais quelque soit l’orientation musicale que nous empruntons, je suis convaincu que
cela sonnera toujours mieux si nous le mettons sur bande en live. Concernant la direction que les
nouvelles chansons prendront, c’est toujours difficile à dire. Je ne connais jamais à l’avance la
réponse car bien souvent tu pars avec une idée et tu débouches vers  tout autre chose au fur et à
mesure de l’avancement. Il est impossible de le savoir à l’heure qu’il est. Encore une fois, nous
verrons bien.

Parlons un peu de ton nouvel album solo Have Guitar Will Travel, disponible depuis quelques
mois. As-tu décidé de réactiver le Joe Perry Project pour prendre une bouffée d’air frais
afin de recharger tes batteries avec Aerosmith ?

Oui en quelque sorte mais cet opus est surtout né de l’annulation de celui d’Aerosmith. Je
n’avais vraiment pas envie de gaspiller et jeter à la poubelle tout le temps que nous avions
passée en studio et c’est pourquoi j’ai commencé à travailler dessus dans une autre pièce lorsque
j’ai compris que le disque d’Aerosmith ne se ferait pas. Ma femme Billie a trouvé sur Youtube ce
fantastique chanteur allemand Hagen Grohe (ndlr : à ce qu’il parait madame Perry aurait été
inspirée par la découverte d’Arnel Pineda par Journey) et j’ai ensuite contacté quelques amis
pour matérialiser ce nouveau chapitre. Au final cette nouvelle aventure solo m’a permis de me
défouler pendant presque un an et d’évaporer la buée qui m’entourait à cause d’Aerosmith.
  
Tu mentionnes la découverte d’Hagen Grohe. Sachant que tu es tout à fait capable de
chanter, comme certains titres d’Aerosmith le prouvent, pourquoi ne pas assurer seul le
chant sur un album solo ? Manques-tu de confiance ?

Non pas du tout et à vrai dire je me considère comme le frontman du Joe Perry Project car en
concert je chante au moins la moitié des chansons, si ce n’est les 2/3 selon la setlist, et je chante
évidemment aussi sur l’album. Mais je suis conscient de mes capacités et j’ai vraiment besoin
d’un chanteur comme Hagen pour interpréter certains titres. A l’inverse, je sais lorsqu’une
chanson conviendra mieux à ma voix. C’est juste une question de style et de ce qui convient à la
chanson. Puis je souhaitais dès le début incorporer des reprises pendant nos concerts et Hagen
est d’une grande aide pour ça car il a un registre plus étendu que le mien et cela me permet de
pouvoir reprendre un peu ce que je veux.

Sachant que tu as absolument tout connu avec Aerosmith, quel genre de plaisir éprouves-tu
avec le Joe Perry Project ?

Sans aucun doute le fait d’être le seul leader de la formation. Je n’ai pas à me soucier de l’avis
de 4 autres personnes concernant la direction musicale à adopter. Je peux en toute simplicité
partir en tournée et jouer du rock n’roll de la façon dont cela devrait toujours être joué selon
moi. A l’inverse, dans Aerosmith je suis simplement un des 5 acteurs, et évidemment c’est la
combinaison de nos différentes individualités qui fait que nous sommes un groupe très spécial,
mais cela te donne également beaucoup moins de liberté et de responsabilité qu’un album solo.
Il y a des avantages et des inconvénients dans les 2 situations. Avec le Joe Perry Project, lorsque
que quelque chose fonctionne bien, je récolte tous les lauriers et lorsque ça ne va pas, je suis le
seul à blâmer. Mais j’avoue apprécier pleinement cet état de fait.

Tu as donné beaucoup de dates aux Etats-Unis et tu feras en avril la tournée anglaise que tu
évoquais avec Bad Compagny. Quelque chose de prévu pour l’Europe ?

Je voulais vraiment venir me produire en Europe avec le Joe Perry Project, mais je n’en aurai
malheureusement pas le temps car il y a seulement un mois qui sépare la tournée anglaise de la
tournée d’Aerosmith, et je sais déjà que nous allons rester sur les routes pendant au moins 6
mois. Il est bien sur hors de question de partir dans une tournée solo si c’est pour rejoindre celle
d’Aerosmith avec 2 jours de retard. Puis je ne cache pas que je désire avoir un peu de repos
entre ces 2 tournées. Si jamais le Joe Perry Project intéresse suffisamment les fans, pour l’heure
je ne peux que les inciter à venir nous voir au Royaume-Uni. En revanche, la prochaine fois que
je ferai quelque chose en solo, la tournée commencera par l’Europe.

Slash va sortir sous peu son premier disque solo. Quelque chose à dire à sur le sujet ?

Je n’ai pas encore écouté son premier album solo mais il a été capable de prendre beaucoup plus
de temps que moi pour en venir à bout. Cela fait maintenant très longtemps qu’il ne fait plus
parti de Guns N’Roses, et personnellement je n’avais pas perdu une minute pour paraître mon
premier effort solo Let The Music Do The Talking (1980) suite à mon départ d’Aerosmith (ndlr :
même pas un an). Je m’attends à quelque chose de vraiment génial. Slash est également un
guitariste live excellent et je suis sur qu’il va assembler une très bonne formation pour
l’accompagner sur les planches. J’ai hâte de voir ça sur scène et je sais qu’il va effectuer une
longue tournée autour de ce projet.       

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