High On Fire - Matt Pike

 

 HIGH ON FIRE

 INTERVIEW AVEC MATT PIKE

 04 FEVRIER 2010 PAR TELEPHONE

 

 

Qu’on se le dise, avec Snakes For The Divine, les américains d’High On Fire viennent
d’accoucher d’un édifice sonore colossal ! La trame du disque ? Le contrôle du genre humain par des reptiles humanoïdes, ou comment créer la bande son metal de la série V ! Pour nous en parler, un Matt Pike qui nous confie considérer la
France comme un des plus beaux pays au monde…mais malheureusement aussi comme un
de ceux où sa musique n’a jamais marché !
 

10 ans après vos débuts, peux-tu revenir sur la création d’High On Fire ?

Matt Pike (guitare, chant) : Sleep venait de mettre un terme à sa carrière et je commençais à jammer dans mon garage avec mon pote Karl Larson, également guitariste. Très vite nous avons écrit « Blood From
Zion », qui est donc le tout premier titre d’High On Fire. J’ai commencé ensuite à auditionner
plusieurs gars, mais le truc le plus dur au monde à trouver est un bon batteur ! Heureusement
pour moi, une amie m’a dit un beau jour qu’elle connaissait un mec avec qui je devais
absolument jouer. Elle lui a dit la même chose de l’autre côté et c’est donc ainsi que j’ai
rencontré Des Kensel. Je me souviens qu’il est venu me chercher en bagnole, avec sa batterie
sur son siège arrière. On s’est pointé dans ma salle de répèt et on ne s’est plus lâché depuis !
Notre entente musicale est tout simplement magique depuis le tout premier jour. J’attribue ça
davantage au destin qu’à la chance. C’est quelque chose qui devait arriver et dès la première
minute j’ai compris que nous étions faits pour jouer ensemble. Notre premier véritable bassiste,
George Rice (ndlr : qui joue sur les 2 premiers albums), était venu à la base auditionner pour le
poste de chanteur, mais notre bassiste de l’époque avait du s’absenter à cause d’un enterrement.
George a donc pris sa basse et nous avons vite compris que nous allions rester en trio avec cette
formation. J’en suis arrivé à assurer le chant, car j’avais beau auditionner des chanteurs, ma voix
sonnait toujours mieux que la leur (rires) ! C’est comme ça que j’y suis venu. Nos débuts ont été
assez étranges en fait ! J’avais un peu l’impression d’être victime d’une conspiration parfois
(rires).

Pendant qu’on y est, quels sont les groupes qui ont servis d’inspiration à High On Fire ?

Je dirai que cela va de Black Sabbath, Led Zeppelin jusqu’aux Bad Brains, Motorhead, Slayer et
Judas Priest. Tous les bons groupes quoi ! Ceux que tout le monde adore (rires).

Revenons sur le présent. Quel est le thème de Snakes For The Divine ?

Il m’est arrivé une sale histoire peu avant. Je sortais avec une nana depuis 3 ans et demi et elle a
fini par me plaquer pour un ami que je connais depuis 20 ans. Je ne mentionnerai même pas son
nom. Ca m’a évidemment énormément blessé et ça m’a fait penser à un passage de la bible que
l’écrivain David Icke évoque dans The Reptilian Agenda (ndlr : Icke est ex-footballer
professionnel, ex-journaliste sportif à la BBC et ex-membre du parti vert britannique. Il est
adepte de la théorie du complot et soutient que le monde est contrôlé par des reptiliens, parmi
lesquels on retrouverait pêle-mêle : la reine d’Angleterre, George W.Bush, Tony Blair, Hillary
Clinton, les Rothschild, les Rockfellers etc…bref tout un programme !). Adam et Eve sont
connus pour être les tous premiers êtres humains, mais pour Icke ils sont surtout ceux qui ont
portés les premiers l’ADN reptilien, ce qui a fait de ces derniers des êtres pouvant changer de
forme. Nous vivons en 3 dimensions tandis que les reptiliens vivent en 4 dimensions. Adam
avait en réalité une autre femme avant Eve. Elle s’appelait Lilith et il a eu un enfant avec elle.
Lilith a été maudite par Dieu et a été projetée dans un endroit bizarre où elle s’est transformée en
reptile. Le serpent qui fit succomber Eve à la tentation du fruit défendu n’est autre que Lilith et
c’est à ce moment là que l’ADN reptilien s’est mélangé à celui du genre humain. Leurs 2
premiers enfants, Caïn et Abel, sont donc les premiers reptiliens. Caïn est devenu le premier
meurtrier de l’histoire en tuant son frère Abel, et est à l’origine, dans l’histoire de l’humanité, de
tout ce qui a contrôlé les rois, les medias, les banques, tout ce qui compose l’ordre mondial en
somme. C’est le sujet principal de l’album même si d’autres sous-thèmes y sont développés.
Mais quoiqu’il arrive, on en revient toujours à cette histoire de reptilien ! C’est vraiment un
ouvrage bizarre que j’ai lu et j’ai tout de suite estimé qu’il serait parfait pour servir de thème au
meilleur album metal possible (rires) ! Ce mec a vraiment un esprit tordu, il y a tellement de
détails dans cet ouvrage (rires) ! Cela renvoi beaucoup à la création et à la religion. Il parle
même des ariens, là aussi représentés comme des grands blonds aux yeux bleus, mais ces
derniers y sont décrits comme des extra-terrestres peuplant la terre depuis des millénaires et
combattant aux côtés des reptiliens en se servant des humains comme esclaves. Selon lui les
reptiliens existent depuis Adam et Eve, et donc depuis 4000 ans, tandis que le genre humain a au
moins 130 000 années d’existence. Encore une fois, contempler le fait que tout ça aurait pu
exister est un parfait catalyseur pour écrire de très bonnes chansons. Je n’aurai pas pu trouver de
meilleure thème pour du metal (rires) !

Ce disque sonne vraiment comme une antithèse de la scène metal actuelle, qui est
malheureusement bien souvent trop formatée. Etes-vous en mission avec High On Fire pour
élever le niveau ?

Oh oui totalement ! Je tiens d’ailleurs à parler de ma section rythmique car ces mecs restent
toujours dans mon ombre. Toute l’attention se porte généralement sur moi alors que Des Kensel
et Jeff Matz (ex-Zeke) ont du écrire la moitié de l’album. Chacun de nous a travaillé très dur
pour arriver à ce résultat. Nous avons tous passés des journées entières à suer en studio. J’ai
adoré le fait que Jeff Matz ose contribuer davantage. A son arrivée, pour notre opus précédant,
il était encore un peu trop timide. Il avait déjà composé quelques trucs mais cette fois il s’est
pointé avec des chansons entières ou des ébauches bien abouties. Au final nous avons crées
plus de 4 heures de musique pour Snakes For The Divine, que nous avons du réduire à 50
minutes. C’est là où il a été très utile car il nous a considérablement aidés à finir les chansons et
à bosser sur les arrangements, sans la moindre crainte. C’est un musicien talentueux, il peut
jouer tout ce qu’il veut. J’avais toujours écrit avec Des avant ça et nous lui avons fait
comprendre que ses idées étaient bienvenues. Il suffit qu’il nous propose ce qu’il a en stock et
ensuite nous choisissons ce que nous voulons utiliser. Ca explique pourquoi nous avions tant de
matière cette fois et il y a également eu l’apport de Greg Fidelman qui est venu nous voir répéter
à plusieurs reprises. Nous avions plein d’idées prometteuses mais pas totalement abouties et
Greg nous a considérablement aidés en faisant un gros boulot de pré-production à notre salle de
répèt. En gros Snakes For The Divine est né de cette avalanche d’idées que nous avons eues et
de notre capacité à les synthétiser. Il y a vraiment une tonne de musique issue de ses sessions
que personne n’entendra jamais, mais j’ai adoré pouvoir piocher le meilleur du meilleur dans
une telle abondance de musique.

Snakes For The Divine est un disque sacrement haineux ! Est-ce une conséquence de la
mésaventure sentimentale que tu évoquais ?

Complètement, j’ai littéralement traversé une année entière à me morfondre dans la haine. Mais
il y a également eu d’autres motivations plus positives comme le titre « Frost Hammer » qui est
en réalité une sorte de berceuse pour le bébé de Des (ndlr : bon courage pour l’endormir avec
ça !). Ce dernier m’a appris que sa femme était enceinte lors d’une journée glaciale. Très vite
nous avons surnommé son bébé Frost Hammer, c’est devenu une private joke entre nous, et j’ai
décidé d’intituler un de nos morceaux ainsi. C’est d’ailleurs un bon exemple de l’apport de Jeff
qui m’a aidé pour les paroles et qui chante même une partie de « Frost Hammer ».

L’intensité musicale est également à son maximum. On sent que vous êtes à fond sur tout le
disque. Vous poussiez-vous les uns les autres en studio afin d’offrir le meilleur de vous-
même ?

Tout à fait et je pense même que ça a amené un côté progressif à l’ensemble, simplement car
cette expérience a fait de nous de meilleurs musiciens. Étrangement, Des a élevé son niveau de
jeu suite à plusieurs opérations chirurgicales qui l’ont forcé à ne plus toucher sa batterie pendant
3 mois et à devoir réapprendre à en jouer. Il s’est sacrément amoché et a du se faire opérer de
l’épaule et du cou. Avant c’était déjà un batteur vraiment puissant, mais il ne maitrisait pas
vraiment la double pédale par exemple. Pendant sa rééducation et son réapprentissage de
l’instrument, il a pu ajouter de nouveaux éléments comme son jeu de double pédale et des
roulements de toms plus riches. Cet épisode l’a amené à totalement repenser sa façon de jouer.
Jeff et moi n’avons également cessé de nous lancer des défis et de nous surpasser et il est clair
que tout cela nous a rendus bien meilleurs. Nous aurions pu aborder cette direction plus
progressive auparavant, mais je pense que nous n’aurions pas été en mesure de jouer aussi bien.
Nous avons tous atteints un pallier que je n’aurai jamais imaginé approcher un jour.

Était-ce un disque éprouvant à faire du coup ?

Putain oui ! Nous avons enchainés plusieurs journées de 14h00 dans le studio ! Greg Fidelman
est très méticuleux. Il n’y avait pas moyen qu’il me foute la paix lorsque je doublais mes soli,
jusqu’à ce que je rejoue exactement la même chose, jusqu’à un point où tu ne pouvais même
plus voir la différence entre les 2 pistes ! Dans le passé, il y avait toujours quelques petites
approximations sur nos albums, mais avec lui c’est impossible. La perfection est une obligation
et je pense que c’est un mec génial pour tirer le meilleur d’un groupe. Il choisi vraiment les
meilleurs prises et sait parfaitement comment enregistrer de la meilleure des manières. 

Y avait-il un peu de pression à l’idée de bosser avec un mec qui a collaboré avec Metallica et
Slayer ?

Pas vraiment car c’était un choix assumé de notre part. Je regrette de ne pas avoir eu encore plus
de temps avec lui d’ailleurs, même si je reste entièrement satisfait de notre collaboration car le
disque est vraiment génial. Mais nous ne pouvions nous permettre de l’avoir plus longtemps.
C’est un mec qui est habitué à des budgets vertigineux et nous pouvions à peine lui offrir le
dixième de ce qu’il connaît habituellement. C’est pourquoi il fallait aussi gagner du temps en
étant sur d’être à notre meilleur niveau en studio et d’y passer de longues journées. Pendant cette
période, je n’avais même plus de vie sociale, je consacrais l’intégralité de mon temps à
l’enregistrement de l’album.

Vous êtes désormais chez Century Media (ndlr : chez E1 aux Etats-Unis), comment cela se
passe jusqu’à présent ?

Nous venons de filmer hier un clip pour « Frost Hammer », un titre que nous avons déjà joué
lors de la tournée avec Mastodon et Converge fin 2009. Bien qu’il dure 6 minutes, le label veut
essayer de nous pousser avec cette chanson et d’obtenir, pourquoi pas, des diffusions radio,
même si nous dépassons de 2 minutes le format souhaité. Mais il m’est impossible de composer
en me donnant une limite précise au niveau de la durée d’une chanson. De plus il est vraiment
difficile de faire quelque chose d’épique et court à la fois. Lorsque tu tiens quelque chose de
bon, tu as envie de pousser encore plus loin ton idée. Mis à part « Ghost Neck », il s’agit du titre
le plus court et donc de celui que nous pouvons mettre en avant. Mais c’est difficile lorsque tu
fais parti de l’industrie du disque d’avoir tous ces gens en costard qui essaient de te dicter la
marche à suivre. Je ne m’y plie jamais. C’est moi l’artiste, pas eux. Ils sont uniquement là pour
vendre mon art et je n’ai pas à prendre en considération leurs conseils. Chacun son boulot.

Des projets de tournée en Europe ?

Pas pour le moment, mais je suis assez confiant sur le fait de venir en Europe d’ici l’été. Nous
allons d’abord faire une tournée en tête d’affiche aux États-Unis pour la première fois depuis 2
ans. Pour l’Europe, si ça se passe pendant l’été, nous aimerions bien faire les festivals, mais
sinon nous allons probablement essayer de décrocher la première partie d’un gros groupe. 
 
Vous vous êtes reformés avec Sleep l’année dernière. Quels sont les projets à venir ?

Nous avons fait ces concerts au Royaume-Uni l’année dernière où beaucoup d’européens se
sont rendus et nous avons 5 ou 6 concerts prévus aux États-Unis en 2010 aux alentours de
septembre.  

Rien de très sérieux qui pourrait avoir une incidence sur l’emploi du temps d’High On Fire ?

Oh non, absolument pas ! High On Fire est le but que j’ai toujours voulu atteindre. Ce que nous
faisons avec Sleep aujourd’hui c’est juste pour le fun. Nous venons d’ailleurs d’être rejoints par
Jason Roeder de Neurosis. Mais il ne s’agit que de quelques concerts ponctuels ou de festivals.
Pas de véritable tournée ou d’album à l’horizon.

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