Slayer - Jeff Hanneman

 

 SLAYER

 INTERVIEW AVEC JEFF HANNEMAN

 31 AOUT 2009 A PARIS

 

 

 

 

 

 

 

 

Slayer étant de passage à Paris pour la rentrée, nous en avons profité pour coincer un Jeff Hanneman hilare et imbibé ! Mais attention aux apparences, le compositeur le plus prolifique du groupe s’étant vraiment remis au travail après plusieurs années de glande !

Vous avez partagé une nouvelle fois l’affiche en compagnie de Marilyn Manson
cet été sur le Rockstar Energy Drink Mayhem. Vous devenez inséparables ?

Jeff Hanneman (guitare) : Aussi étrange que cela puisse paraître, il existe une véritable alchimie entre
Slayer et Marilyn Manson. D’accord ce qu’il fait est assez pop, mais cela reste assez sombre et
du coup nos 2 formations se marient bien. En tout cas ça fonctionne avec le public et de notre
côté on s’entend à merveille avec eux. Donc bon…tant que c’est fun ! En revanche je ne me
souviens même plus des autres groupes qu’il y avait sur l’affiche (rires) ! Mais cette nouvelle
tournée avec Manson s’est très bien passée.

Cela faisait des lustres que Slayer n’avait pas sorti de disque seulement 3 ans après son
prédécesseur. Quelle est la raison de cette accélération de rythme ?

A vrai dire ça fait un bon moment que nous avons commencé à bosser sur cet album. Mais ces
dernières années, notre tour manageur n’a pas arrêté de nous proposer des tournées. Cet opus
aurait donc du sortir encore plus tôt ! Nous étions tout simplement plus motivés à l’idée de faire
un nouvel album cette fois et même s’il n’a pas mis trop de temps à sortir, il aurait vraiment du
apparaître plus tôt sans toutes ces tournées ! D’habitude il nous faut effectivement un long
moment avant de nous plonger dans le processus d’écriture, et sans vraiment pouvoir
l’expliquer, ça n’a pas été le cas cette fois.

Vous avez même écrit en studio. Etait-ce une première ?

Tout à fait, nous n’avions jamais procédé de la sorte auparavant. Là c’était du genre, je joue un
riff dans le studio, Dave Lombardo me demande de le réécouter, il joue par-dessus et avant
même d’y penser, nous tenions une nouvelle chanson. Kerry King a lui aussi fait la même chose
avec Dave. Ca a rendu les choses plus amusantes pour une fois. D’habitude tout est écrit avant
de rentrer en studio, on enregistre ce que l’on a à faire, et on se tire aussi vite que possible ! Le
fait d’être créatif en studio nous a permis d’apprécier l’endroit et ça nous a fait bizarre ! Nous
avons écrit 2 titres de cette façon. Il y a « Unit 731 » qui est une de mes compositions et une de
Kerry que j’ai oublié !

Allez-vous renouveler l’expérience à l’avenir ?

Je ne sais pas. Nous ne sommes pas du genre à planifier quoique ce soit. Nous sommes
spontanés en général. Nous laissons couler les choses d’elles même. Si ça se reproduit tant
mieux, sinon tant pis (rires) !

Puisque tu en es l’auteur, peux-tu nous parler de l’histoire de « Unit 731 » ?

Cette chanson parle d’une sorte d’holocauste qui s’est produit au Japon. Ca s’est passé avant la
seconde guerre mondiale. L’armée japonaise disposait d’une unité qui faisait tout un tas de
recherche et d’expérimentation sur des cobayes humains. Ils allaient même jusqu’à utiliser des
femmes enceintes pour leur ouvrir le ventre et s’emparer de leur fœtus ! Ne me demande pas
pourquoi, je n’en sais rien (rires) ! Ce titre parle en gros de tous ces trucs déments que cette unité
militaire japonaise expérimentait. C’est vraiment une histoire troublante. A vrai dire je l’ignorai
totalement, c’est quelqu’un qui m’en a parlé. C’est un fait historique assez peu connu. Mais j’ai
reçu depuis des bouquins sur le sujet de la part de nombreux fans. C’est vraiment une histoire de
dingue en tout cas (rires) ! Un thème parfait pour Slayer quoi (rires) !

Tu es celui qui a trouvé le titre World Painted Blood. Tu ne perds pas le nord ! Où vas-tu
chercher ce genre d’idées ?

C’est un titre assez abstrait, tout comme l’était Seasons In The Abyss par exemple. Ce sont deux
titres qui n’ont pas vraiment de signification particulière et c’est ce que  je préfère en général. Ca
force les gens à réfléchir. Concernant la chanson du même nom, cela parle grosso modo de la
fin du monde en se basant sur le calendrier maya qui l’annonce pour 2012 ! Attends un
peu…c’est dans même pas 4 ans (rires) ! Il ne nous reste plus beaucoup de temps avant que le
monde soit noyé sous le sang (rires) !

Le titre « World Painted Blood » et certains autres comme « Human Strain » sonnent assez
nouveaux pour Slayer. D’où est venu ce regain de fraicheur ?

En fait j’ai écrit la musique de « World Painted Blood » il y a super longtemps ! Nous ne l’avons
jamais utilisé, mais Tom Araya, Kerry et Dave ont insisté pour en faire quelque chose. Du coup
j’ai écrit des paroles afin de la terminer, mais il s’agit vraiment d’une vieille chanson qui aurait
pu figurer sur des albums précédents.  

On peut globalement dire que Slayer a un petit peu perdu la flamme pendant les années 90.
Mais depuis le début de cette décennie, le groupe semble bénéficier d’une nouvelle énergie. A
quoi attribues-tu cela, si toutefois tu es d’accord ?

Je suis d’accord et tout cela est du au retour de Dave. Ca change tout, car il s’agit à nouveau du
groupe d’origine. Cela nous a remotivé et l’ambiance est redevenue la même qu’au début des
années 80, lorsque nous commencions. Depuis son retour on s’est bien remis à boire, à sortir, à
faire les cons et à prendre du bon temps ! Ce plaisir retrouvé se reflète évidemment sur la
musique. Avec Dave, il suffit de proposer un riff qu’il aime bien, et il se met à construire
quelque chose de dingue par-dessus. Il arrive toujours à sortir des trucs excitants alors que Paul
Bostaph, bien qu’étant un excellent batteur, n’était absolument pas créatif. C’était une machine,
il exécutait ce qu’on lui disait de faire. C’est tellement différent avec Dave, je ne sais même pas
où il va chercher ses idées parfois (rires) !

Tu as assez peu écrit sur les 2 albums précédant alors que tu es sur l’ensemble de votre
carrière le compositeur principal de Slayer. Pourquoi avoir levé le pied à ce moment et
qu’est-ce qui t’as rendu à nouveau plus prolifique sur World Painted Blood ?

Je n’avais plus vraiment d’inspiration. Je ne voulais pas non plus forcer et pousser des
compositions que je considérais mauvaises. J’étais tout simplement à court d’idées. Mais après
tous ces albums et toutes ces chansons que j’ai écrites, c’est tout à fait normal. Je commençais à
manquer de fraicheur alors que cette fois, les idées n’ont pas cessé d’affluer ! Ca dépend de qui
a la main chaude entre moi et Kerry.

C’était du 50/50 cette fois ?

Non, je dirai plutôt du 60/40 en ma faveur (rires) !

Kerry ne cesse de comparer World Painted Blood à Seasons In The Abyss. Es-tu d’accord
avec lui ?

Absolument. Il y a plein de titres vraiment heavy mais également quelques trucs un peu plus
moody. C’est un album également très varié, même si sa facette mélodique  ne l’empêche pas
d’être sacrement heavy ! Je ne sais pas quels sont tes titres favoris, mais j’adore tout
particulièrement « Beauty Through Order » qui dispose également de très bonnes paroles.

Vous avez rarement eu un autre producteur que Rick Rubin. Comment était-ce de bosser avec un nouveau visage, en l’occurrence Greg Fidelman ?

Sa venue était vraiment souhaitée. Apparemment il est fan de Slayer depuis des lustres. Il est
même venu nous voir répéter, bien avant de rentrer en studio, pour bien comprendre notre façon
de sonner. Il a vraiment fait du bon boulot dans la transcription de notre son sur disque. Il faut
bien saisir qu’une fois en studio, avec tous les micros et la table de mixage, il est vraiment
difficile de ne pas dénaturer le son que nous avons en salle de répétition. Greg a réussi à le
conserver et cerise sur le gâteau, il a fait ça très vite. Il connaît tellement bien notre son
« naturel », que les « rough mix » sonnaient déjà super bien. Arrivé à l’étape de mixage, il
n’avait quasiment plus rien à faire. Il est vraiment compétent et je veux uniquement bosser avec
lui à partir de maintenant. Il m’impressionne car nous avons collaborés avec certaines personnes
dans le passé qui ne savaient pas vraiment ce qu’elles faisaient (rires) ! Quant à Rick Rubin, il ne
pointe jamais le bout de son nez depuis un certain temps (rires).

« Psycopathy Red », titre que vous aviez joué l’an dernier sur le Unholy Alliance, a
finalement terminé sur World Painted Blood. Puisqu’il s’agit d’une de tes chansons, peux-tu
m’en raconter le sujet ?

Cela parle du tueur en série russe Andrei Chikatilo. J’ai lu un livre à propos de sa vie et j’ai tout
de suite eu envie d’en écrire une chanson car c’était vraiment un malade (rires) ! Il découpait des
gens et les regarder crever tout en se masturbant (rires). Évidemment je n’arrive pas à pouvoir
raisonner comme ce genre de personnage, mais j’ai toujours envie d’écrire sur eux car ils
représentent le mal absolu et ça convient parfaitement à Slayer qui a toujours écrit à propos de
choses horribles. Mais je me demande vraiment comment ces gens peuvent être aussi
dingues (rires) ! Ce titre a été enregistré il y a un an avec 2 autres. Ils viennent donc d’une
session différente.

Le chant de Tom Araya est particulièrement intense sur la fin de ce titre. Ca fait un bail
qu’il n’a pas hurlé de la sorte…

Tout à fait et de manière générale sur l’album, Tom s’est vraiment lâché sans le moindre
coaching. Il s’est bien amusé. Ca n’a pas toujours été le cas dans le passé. Parfois nous devions
un peu le forcer car ce n’est pas forcement évident de chanter dans une cabine studio sans
public devant toi. Ca devient vite chiant. Mais il s’est tellement lâché cette fois, que nous avons
gardée beaucoup de premières prises. Ca a souvent été très rapide. Même chose pour Dave. La
plupart du temps, il suffisait d’’une seule prise. Je pense notamment à l’intro de « World Painted
Blood ». C’est la dernière partie que j’ai composée et j’ai simplement mimé à Dave quelques
roulements et il a enregistré tout ça parfaitement en une prise. Tout le monde était concerné par
ce disque et c’est pourquoi nous nous sommes davantage amusés, le tout en dépensant moins
d’efforts.

L’artwork est toujours inconnu à l’heure où nous parlons. Sera-t-il une nouvelle fois l’œuvre
de Larry Caroll ?

Non je ne pense pas. Je ne me souviens pas très bien de ce qu’il se passe au niveau de l’artwork,
mais Larry Caroll met beaucoup de temps à en concevoir un, donc ce ne sera pas lui cette fois.
J’adore ce qu’il fait, mais il est trop long. Ce sera un autre mec mais ça sera cool, pas
d’inquiétude.

Tu as composé « Eyes Of The Insane » et ce titre a valu à Slayer le premier Grammy
Award de sa carrière. Ressens-tu une certaine fierté ?

Non, je m’en branle en fait (rires) ! C’est sympa et tout, mais bon, je m’en fous un peu. Je
trouve que c’est vraiment une bonne chanson par contre. Les paroles ont d’ailleurs été écrites
par Tom ce qui est assez rare. Ses textes sont en général très sombres et vraiment profonds. Il est
vraiment bon dans le domaine mais il écrit malheureusement trop rarement. Mais sinon, pas
besoin de Grammy ou de Hall Of Fame. Tout le monde s’en balance de ces trucs (rires) et
j’estime que nous sommes parvenus à marquer la musique de notre emprunte.

Nous nous étions rendus sur la première date canadienne en compagnie de Megadeth en juin.
Les 2 groupes ont depuis rajoutés des dates en Australie et Nouvelle-Zélande. On dirait que
l’expérience s’est bien passée n’est-ce pas ?

Nous allons également faire des dates sur l’est du Canada prochainement. Ouais, il n’y a aucun
problème à partir en tournée avec Megadeth. Il n’y a pas eu d’embrouille, ni de bagarres (rires).
On s’est bien entendu avec Mustaine. C’est une très bonne chose de tourner
avec eux car j’adore Megadeth à vrai dire. Enfin je n’aime pas tout ce qu’ils ont fait, mais ils ont
vraiment des chansons excellentes.

As-tu entendu Endgame, leur nouvel album ?

Pas du tout et à vrai dire j’ignorais même qu’ils en sortaient un !

Ca devrait te plaire, il y a un gros côté Rust In Peace

Faut que je me le procure d’urgence alors car j’adore Rust In Peace ! En tout cas, l’ambiance
était bien meilleure cette fois que sur le Clash Of The Titans. Personnellement, je n’ai jamais eu
le moindre problème avec Mustaine mais ce n’est pas le cas d’autres membres de mon groupe.
Du coup j’ai toujours regardé tout ça avec du recul et beaucoup d’amusement. Je faisais mes
petites instigations. Du genre : « t’as entendu ce qu’il a dit sur toi ? » (Rires). Je me suis bien
marré même s’ils avaient l’air de prendre ça au sérieux. Mais tout ça est derrière nous
aujourd’hui. Dave nous a même offert des cadeaux en fin de tournée. Il nous a filé des
bouteilles de vodka et de l’herbe pour nous remercier ! Un beau geste de paix (rires) !

Ca serait vraiment cool de vous voir tourner ensemble en Europe…

Effectivement et c’est tout à fait possible. Ca rappelle un peu cette époque du Big Four hein ?
C’est comme ça que les gens nous appelaient si je me souviens bien. Enfin Metallica refuse de
jouer avec nous pour une raison que j’ignore (rires). Ca serait tellement bien pourtant de voir
une tournée Metallica/Slayer/Megadeth.

Puisqu’on en parle, suis-tu attentivement ce que tes camarades du Big Four font aujourd’hui
ou es-tu davantage intéressé par des groupes plus récents ?

Déjà je déteste Anthrax (rires) ! Ensuite, comme je l’ai dit, je n’étais même pas au courant de la
sortie d’un nouveau Megadeth et à ce jour je n’ai toujours pas écouté le dernier Metallica (rires).
On m’en a dit du bien d’ailleurs. Je m’informe assez peu sur la scène en fait. J’attends
désespérément  la nouvelle grosse sensation. Le prochain Pantera, Slayer ou Metallica. Quelque
chose de nouveau qui me bottera le cul et me laissera bouche-bée. C’est ça que je veux.
Quelque chose de complètement nouveau, qui soit puissant et rapide et qui ne sonnent ni
comme nous ni comme aucun autre groupe. Quelque chose d’original quoi. Mais j’ai bien peur
que tout ait été fait en metal, car ça ne semble pas venir.     

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