Anathema - Danny Cavanagh

 

 ANATHEMA

INTERVIEW AVEC DANNY CAVANAGH

10 AVRIL 2014 A PARIS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En pleine bourre depuis 2010, Anathema est en pleine confiance et enchaine les très bons albums comme des perles. Distant Satellites est une nouvelle réussite et c’est encore son maitre à penser Danny Cavanagh qui en parle le mieux !

4 albums studio et un live en l’espace de seulement 4 ans, Anathema travaille dur en ce moment ! De plus vous êtes souvent sur les routes, quand avez-vous trouvé le temps de composer et mettre en boite Distant Satellites ?

Danny Cavanagh (guitare, claviers, chant) : (réalisant à peine le nombre de sorties parues en 4 ans) C’est dingue, je n’avais jamais réalisé que nous avions publié autant de choses depuis 2010. We’re Here Because We’re Here (2010), Falling Deeper (2011), Weather Systems (2012), Universal (2013) et maintenant Distant Satellites, c’est vrai que ça fait 4 albums et un live ! J’adore la période actuelle que nous traversons dans le groupe, de très loin la meilleure de notre carrière ! Pour Distant Satellites, nous nous sommes réunis au Portugal avec Vincent (Cavanagh), John (Douglas) et Daniel (Cardoso) en mars 2013. Pendant une semaine nous avons essayé pas mal d’idées instrumentales que nous avions et nous avons établis ensuite une liste de démo d’environ 25 thèmes principaux. J’ai vécu avec ces démos pendant l’été 2013 et d’autres chansons me sont venues pendant cette période. En novembre de la même année, l’équipe qui compose, à savoir John, Vincent et moi-même nous sommes à nouveau réunis pour assembler ce nouvel album à partir de nos démos portugaises ainsi qu’avec le titre « Ariel » que j’avais composé pendant l’été. De tout cela, nous avons sélectionnés et assemblés 10 chansons que nous avons commencé à enregistrer au mois de décembre 2013, alors que nous n’avions pas encore le moindre texte d’écrit, à l’exception d’un titre. C’est au cours de l’enregistrement que nous avons écrit les paroles et nous avons également continué de faire évoluer les chansons et le tout était mixé au mois de mars de cette année. Nous sommes partis en tournée américaine pendant cette phase et notre producteur Christer-André Cederberg a dû être hospitalisé  pendant une semaine ce qui lui a fait perdre autant de temps pour mixer l’album. Steven Wilson a pallié à cette absence au pied levé en mixant 2 chansons et Christer a eu le temps de pouvoir mixer toutes les autres. Nous étions à Chicago lorsque nous avons pu écouter l’album mixé via un streaming sur Skype. Voilà, ce fût aussi simple que cela !

Distant Satellites est votre premier album à 2 batteurs avec l’addition de Daniel Cardoso…

Effectivement, et c’est d’ailleurs Daniel qui a mis en boite l’immense majorité des parties de batterie car il est bien plus utile dans ce domaine. Je peux jouer le piano et les claviers moi-même. Le job de John est assuré, mais il est surtout utilisé aujourd’hui en tant que compositeur et plus vraiment en tant que batteur sur album. C’est lui qui a écrit le titre éponyme « Distant Satellites » qui est sans doute le moment le plus important de l’album. Il a également trouvé le nom de l’album, écrit « You’re Not Alone », produit intégralement « Take Shelter » et il a de manière générale contribué à la production de tout l’album en trouvant certaines idées de mélodie et quelques textes. John fait donc partie intégrante de l’équipe compositrice, mais en ce qui concerne l’enregistrement des parties de batterie, Daniel est plus performant dans ce domaine et c’est lui qui est en charge de cela désormais. C’est plus utile à Anathema.

Quid de votre configuration live ?

Nous aurons 2 kits de batterie. Cardoso s’attèlera à la batterie traditionnelle tandis que le rôle de John va changer. Il sera chargé des parties électroniques, de quelques percussions acoustiques ainsi que de certaines parties de clavier car il sait en jouer. Il y aura donc en quelque sorte un set de batterie acoustique et un set plus électronique. Quant à moi je naviguerai entre le piano et la guitare, comme nous venons de le faire lors de la tournée américaine.

Et comment feras-tu lorsqu’une chanson nécessite 2 guitares et 1 clavier ?

Pas d’inquiétude, j’ai déjà déterminé comment procéder. C’est délicat mais nous en sommes capables et cela sonnera bien. J’irai sur l’instrument qui joue le thème principal et j’échangerai entre les 2.

En parlant de ça, Distant Satellites est d’ailleurs un album plus orienté sur le piano que la guitare…

C’est exact. Tous les titres sont d’ailleurs un peu liés les uns aux autres. La seule exception est « Dusk (Dark Is Descending) » qui est clairement conduit par la guitare et qui a été écrit le 1er janvier 2012. Mais pour le reste, il ne s’agit que d’idées qui sont nées d’une partie de piano.

Si la seconde partie de Distant Satellites est très nouvelle, sa première moitié s’inscrit dans la parfaite continuité de Weather Systems. Anathema a toujours été très bon pour renouveler son style. Vous avez su ouvrir une fenêtre et en tirer Alternative 4 (1998) et Judgement (1999), puis une autre avec A Fine Day To Exit (2001) et A Natural Disaster (2003) mais réalisiez-vous au moment de faire We’re Here Because We’re Here que vous étiez en train de mettre le doigt sur une porte très large de laquelle vous alliez pouvoir puiser autant de matériel  sans vous répéter ?

Je vais te parler de ce qui m’est arrivé l’année dernière alors que je voyais Atoms For Peace en live à Camden. Cette formation réunit Thom Yorke de Radiohead et Flea des Red Hot Chilli Peppers et ils sont parvenus à merveille à introduire un son électronique à leur formation live. Ils ont fondu l’électronique avec de la basse et de la batterie traditionnelle. J’ai toujours considéré que Thom Yorke est un musicien très courageux, qui n’hésite pas à perdre des fans si c’est le prix à payer pour continuer à évoluer et suivre son instinct. Lorsque je les ai vus, j’ai considéré qu’ils jouaient des chansons à la qualité indéniable, avec des vocalises géniales et une très bonne intensité et je me suis mis à danser au son de chacune des chansons de la soirée. C’est à ce moment-là que j’ai pensé que si Vincent et John étaient capables d’insuffler des éléments électroniques à notre son, c’était le bon moment pour le faire ! Je ne pense pas qu’avant cette décision, j’ai un jour été véritablement courageux musicalement. Je ne pense pas que  We’re Here Because We’re Here et Weather Systems sont des disques osés. Ce sont de très bons albums et je les apprécie vraiment, mais ils ne sont pas aventureux à mes yeux.      

Ils ont tout de même constitué un virage important dans la carrière d’Anathema, ne penses-tu pas ?  

Oui je suppose, mais avec le recul je ne les trouve pas vraiment différent d’un disque comme A Fine Day To Exit. Ils sont juste largement meilleurs, c’est tout. Si tu écoutes la première partie de « Looking Outside Inside » et celle de « Thin Air », elles ne sont pas si éloignées l’une de l’autre. Si les paroles de « Everything » avaient été différentes, ce titre aurait pu se retrouver sur un album plus vieux. Alors d’accord, à partir de We’re Here Because We’re Here, nous avons incorporé cette atmosphère plus lumineuse et les influences de Sigur Ros et Coldplay, mais la principale différence s’est faite au niveau de la qualité de composition et ce n’est vraiment qu’à partir de ce concert d’Atoms For Peace l’année dernière que je me suis mis à devenir plus courageux musicalement et à laisser carte blanche à John pour amener de l’électronique. Cela a fait tomber les barrières que j’avais à l’intérieur même de mon cœur et j’ai cessé à cet instant de vouloir construire mes albums en répondant à une formule établie. Je commence à progressivement laisser cet aspect de côté et à le dissoudre de ma façon de faire.

La grande nouveauté de Distant Satellites est donc cette influence électronique très prononcée sur la fin de l’album. Est-ce une sorte d’indice pour montrer quelle va être la teneur du prochain album ?

On peut voir les choses ainsi, cela ne fait aucun doute. La fin de l’album peut indiquer la direction que nous allons prendre lors de la prochaine étape de notre carrière en continuant d’ouvrir de nouvelles portes dans le futur. Je pense que dans 2 ou 3 albums, le son d’Anathema sera pratiquement méconnaissable par rapport à celui d’aujourd’hui. Je pense que j’ai fait le tour de la question en écrivant au piano et à la guitare et il est temps pour moi de m’attaquer à la composition en utilisant des séquenceurs et en expérimentant plus avec le chant. Nous commençons un peu à le faire avec cet album et nous allons voir où cela va nous mener. Cela dépendra également de la nature de nos prochaines chansons.

Le déroulement de Distant Satellites est intéressant. Il est comme je le disais divisé en 2, avec les 6 premières chansons qui semblent former un tout organique, encré sur terre, puis une seconde partie beaucoup plus synthétique et spatiale avec notamment l’usage d’électronique.  Ça donne un fil conducteur assez spécial à ce disque…

Oui c’est juste. On peut le voir ainsi même si toutes les chansons de l’album sont faites pour être joué par un groupe organique. Il y a toujours de la vraie batterie, de la basse et de la guitare, même sur la seconde moitié de l’album. Cela ne ressemble ni à la musique d’Aphex Twin ni à de la house music. Nous avons simplement ajouté des éléments électroniques percussifs à notre musique et le but principal était toujours de garder des hauts standards en termes de qualité de composition. Si tu as des bonnes chansons, tu peux les interpréter de multiples manières.

En parlant de la fin de l’album, j’adore le son de clavier que tu utilises sur « Firelight ». Où as-tu trouvé cette espèce d’orgue cosmique ?

J’ai inventé ce son de clavier en jouant sur un Roland Fantom. Je ne sais plus très bien pourquoi, mais j’ai trouvé un son qui me plaisait bien dessus et j’ai commencé à vouloir le triturer dans la partie édition du clavier. J’ai obtenu ce son que j’adore également et je l’ai sauvegardé en l’appelant « Firelight ». Le problème est que je n’ai aucune idée des réglages que j’ai effectués et ce son n’existe que sur un clavier qui se trouve à Liverpool.
 
Tu n’es donc pas en mesure de le recréer ?

Non je n’ai aucune idée de ce que j’ai fait. J’étais simplement en train d’improviser aussi bien au niveau des réglages que de la musique. « Firelight » est une improvisation que j’ai faite en 5 minutes et qui a été immortalisée en studio en 2009. Je n’y ai jamais retouché depuis et voilà que 5 ans plus tard je l’utilise comme intro de « Distant Satellites », un titre vieux de 17 ans ! Voilà le paradoxe de cet album : les 6 premières chansons datent de l’année dernière et ce sont celles qui sonnent de manière plus traditionnelle. Les 4 dernières ont toutes au moins 6 ans d’existence et sonnent de façon complètement nouvelle ! « Take Shelter » a 6 ans, « You’re Not Alone » a 10 ans et son riff principal date bien de 16 ans je dirai, environ de la même époque que « Distant Satellites ». C’est incroyable de voir que les plus vieilles chansons de ce disque sont celles qui sonnent de manière plus fraiche ! C’est curieux n’est-ce pas ? (rires)

Pour jouer « Firelight » en live, tu te dois de remettre la main sur ce clavier n’est-ce-pas ?

Il est toujours au studio à Liverpool je pense. Il faut que je remette la main dessus et que je le ramène où je vis actuellement à Londres et que je le chérisse comme un trésor ! Mais en live, je pense que nous utiliserons une bande pour le son de clavier de « Firelight ».

Ton style d’écriture a beaucoup évolué et on a l’impression que tu es capable de développer une idée vers l’infini avec beaucoup d’emphase. Dois-tu te forcer à te stopper et mettre un terme à ce développement parfois pour pouvoir achever une chanson ?

C’est une très bonne question. Si je devais écouter les autres, nous ne pourrions jamais finir nos chansons. Mais à vrai dire, je suis celui dans le groupe qui est doué pour savoir mettre un terme à l’exploration d’une idée et à y mettre un point final. Je ressens au fond de moi lorsqu’un titre est terminé ou au contraire lorsqu’il a besoin d’être complété ou modifié. Je ne retoucherai à rien sur les 10 chansons de Distant Satellites, peut-être quelques trucs au niveau du son de l’album à la rigueur, mais rien à la structure de ces chansons. Très bonne question toutefois, car je dois dire que c’est un processus mental éprouvant parfois et pour ce disque j’ai modifié des tonalités et des effets jusqu’aux dernières heures qui nous étaient allouées en studio, mais dès que j’ai le sentiment que c’est terminé, je ne touche plus à rien et je passe à autre chose !

Vos albums ont toujours été très personnels, mais j’ai l’impression que les textes de Distant Satellites le sont encore plus…

Tout à fait et ils sont tellement personnels que je ne m’étalerai pas dessus de façon spécifique en interview. Tout le monde me demande pourquoi la 6ème chanson s’intitule « Anathema ». Je ne le dévoilerai jamais de manière officielle au cours d’une interview pendant que la bande tourne. Cette fois je ne peux vraiment plus ouvrir mon cœur à ce point devant le monde entier et des gens qui ne me connaissent pas vraiment en leur expliquant le sens des chansons. J’étais quelque peu effrayé à l’idée de faire apparaitre certains textes de cet album car ils sont trop personnels à mes yeux. C’est pourquoi en interview, j’ai décidé de privatiser davantage les choses et de ne plus être autant qu’avant un livre ouvert.

La capacité de Vincent à chanter avec autant d’émotion des textes que tu écris et qui te sont si personnels m’a toujours impressionné. Est-ce que tu lui dis clairement de quoi parle telle ou telle chanson ou est-ce que tu préfères lui laisser libre court à son interprétation des mots ?

Vincent ne me demande jamais le sens de mes textes. Il préfère s’isoler avec le producteur et s’approprier ces mots. Vincent et Lee (Douglas) adorent travailler sur le chant avec Christer qui est un très bon producteur pour tirer le meilleur des chanteurs et ce fût le cas cette fois. Bien sûr je suis suffisamment ouvert à Vincent pour lui dire spécifiquement de quoi je suis en train de parler, mais il a l’intelligence de préférer laisser son imagination et son interprétation personnelle des choses s’exprimer. En général je lui donne une démo sur laquelle j’ai déjà posé des pistes de chant témoin, et je le laisse en faire ce qu’il veut dans son coin pendant 24h00. Pendant ce temps je continue à travailler sur une autre chanson, puis j’écoute le résultat de la précédente, qui est en général parfait et ainsi de suite. C’est une manière de fonctionner qui nous convient bien.   


 

 

 

 

 

 

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