Down - Pepper Keenan

 

 DOWN

INTERVIEW AVEC PEPPER KEENAN

17 AVRIL 2014 PAR TELEPHONE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après un nouveau chamboulement dans son line-up avec le départ de Kirk Windstein, Down poursuit malgré tout sur sa lancée en recrutant Bobby Landgraf et en mettant en boite comme prévu son deuxième EP sobrement intitulé IV – Part II !   

Pour la première fois de votre histoire, vous avez tenu votre promesse en sortant ce nouvel EP moins de 2 ans après son prédécesseur. Quel effet ça fait ?

Pepper Keenan (guitare) : C’est le laps de temps le plus court de toute l’histoire de Down entre 2 sorties (rires) ! Nous n’avons jamais été aussi rapides ! Et pourtant nous avons rencontré quelques difficultés, notamment avec le départ de Kirk (Windstein). Cela nous a forcé à réarranger certaines choses mais tout s’est déroulé pour le mieux ! Nous avons composé ces nouvelles chansons très vite et encore, nous avons marqué une pause en tournant en Australie et dans le Sud des Etats-Unis  et ces dates nous ont éloignées de la phase de composition, mais malgré cela, tout a été très vite. En cumulé nous avons enregistré l’intégralité cet EP en seulement 9 jours (rires) !  

Comme tu viens de le dire, ce disque a été fait sans Kirk et même si Nola (1995) avait plus ou moins été écrit par toi et Phil (Anselmo), Kirk a commencé à sérieusement prendre part à la composition à partir de II : A Bustle In Your Hedgerow (2002) et au-delà. De plus vous aviez une alchimie vieille de 20 ans. Est-ce que l’ajustement a été difficile d’un point de vu musical pour toi ?

Quand la situation avec Kirk a commencé à se dégrader, la décision de son départ fut mutuelle. Quoiqu’il arrive, Down se devait de continuer d’aller de l’avant. Il était hors de question de mettre le groupe en suspens car nous traversions une bonne phase et il y avait un bon état d’esprit au sein de notre formation. Vu que son cœur n’y était plus, il est clair que nous ne voulions plus qu’il continue avec nous. Kirk a voulu partir pour se concentrer sur Crowbar et nous sommes ok avec ça. Nous lui souhaitons le meilleur avec Crowbar et de notre côté nous avons continué sans lui car nous savions que nous en serions entièrement capables ! La première chose que nous avons fait, c’est de nous réunir à trois, avec Jimmy (Bower) et Pat (Bruders) dans notre salle de répétition et nous n’avons pas perdu de temps ! Ça fait plus 20 ans que je joue avec Jimmy et je suis très heureux d’évoluer aux côtés d’un guitariste aussi excellent et aussi à fond que Bobby (Landgraf) ! Ça fait du bien de voir quelqu’un d’aussi motivé et d’aussi mort de faim et non pas quelqu’un de fatigué. Bobby nous a vraiment insufflé un regain d’énergie et nous a permis de nous remettre aux choses sérieuses très vite !

Peux-tu présenter Bobby aux fans ?

Bobby était guitar-tech pour Down depuis de nombreuses années (ndlr : il tourne avec Down non-stop depuis 7 ans). Il joue également dans un groupe qui s’appelle Honky aux côtés de Jeff Pinkus qui évoluait avant dans Butthole Surfers. Il a des formations telles que ZZ Top, The Allman Brothers et Lynyrd Skynyrd dans son ADN ce qui fait que nous venons un peu de la même école en quelque sorte (rires) ! C’est un excellent guitariste et il connait parfaitement le groupe. Il connait comment fonctionne Down de l’intérieur. Nous vivons un peu dans notre petit monde et il aurait été assez bizarre et compliqué pour nous aussi bien que pour un éventuel prétendant extérieur d’intégrer Down. Evidemment nous nous entendions déjà très bien avec Bobby d’un point de vue personnel après toutes ces années passées ensemble en tournée et même d’un point de vue musical, je jammais déjà très régulièrement avec lui sur la route.

Bobby est un guitariste très talentueux et les gens pourront le vérifier en concert. Jusqu’à présent j’ai uniquement regardé un extrait de son premier concert avec Down au Housecore Horror Festival à Austin en octobre dernier. Je suis tombé sur « Pillars Of Eternity » et sachant que Kirk se charge du solo de ce titre à l’origine, j’étais curieux de voir ce que cela donnait avec Bobby. J’ai été agréablement surpris par le fait que Bobby s’est laissé aller à une version assez folle et personnelle de ce solo ! Est-ce que vous avez laissé à Bobby carte blanche pour interpréter à sa manière les solos de Kirk tant qu’il garde les notes principales ?

Nous sortons d’une grosse tournée australienne sur le festival itinérant Soundwave et Bobby a été mortel sur cette tournée ! Toutes les journalistes que j’ai rencontrés pendant mes interviews australiennes m’ont dit qu’il s’agissait des meilleurs concerts de Down qu’ils avaient vu ! Bobby joue les solos à peu près de la même manière que Kirk à l’exception qu’il n’utilise pas de pédale chorus ou d’autres effets du genre, contrairement à Kirk, ce qui fait que Bobby possède un son vraiment très net ! Cela ne sonne pas tout à fait comme Kirk, mais pour moi c’est aussi bien si ce n’est mieux ! Bobby amène beaucoup d ‘attitude et il est parfaitement autorisé à apporter sa touche personnelle ! Cela colle à notre esprit. Tu sais de toute manière que moi-même, je ne joue jamais un solo 2 fois de la même façon car je n’arrive pas à m’en souvenir (rires) !

L’équipe que tu formais avec Kirk était plus ou moins décrite de cette manière : Tu étais David Gilmour et Kirk était Michael Schenker. Comment décrirais-tu cette nouvelle équipe que tu formes avec Bobby ?

Dans un monde totalement fou, Bobby serait Billy Gibbons et je serai Stevie Ray Vaughan ! A vrai dire, lorsque j’ai dit à Bobby qu’il intégrait Down il m’a envoyé une photo de Billy Gibbons et Stevie Ray Vaughan en train de trainer ensemble ! Ce tandem nous décrit bien. On s’entend super bien avec Bobby. Il aime jammer et nous avons un très bon contact dans le langage visuel. Il se passe pas mal de choses au niveau des yeux lorsque tu joues de la musique.

Ce nouvel EP est assez technique pour du Down et plus particulièrement au niveau des guitares. Etait-ce une démarche voulue afin d’établir auprès des fans ce nouveau duo que tu formes avec Bobby ?

Il est clair qu’en sortant notre premier opus avec Bobby, nous n’allions pas publier une collection de chansons de hippies et il paraissait évident de nous concentrer sur ce que Down fait de mieux, à savoir des morceaux centrés sur des riffs agressifs ! Il est vrai qu’il y a pas mal de parties plus compliquées que ce que nous faisions ces derniers temps dans Down et d’une manière générale, je trouve qu’il y a plein de bonnes choses sur cet EP et j’en suis très heureux. Bobby a été super en studio et on s’est bien marré à mettre en boite cet EP !

Est-ce que Bobby a pu contribuer à l’écriture, où avez-vous composé avant son arrivée ?

Bobby a pu apporter quelques petites idées mais pas beaucoup non plus. En revanche, il a contribué énormément au niveau des solos.  Nous avons gardé 2 ou 3 riffs que Bobby nous a soumis car nous avons écrit cet EP au cours de jams, et ces quelques idées sont restées. Lorsque tu composes dans ce type d’environnement, parfois un riff sort de nulle part et débloque une situation. Bobby en a livré quelques-uns dans le genre.  

Tu évoques les solos et autant je parvenais auparavant à définir facilement quels étaient ceux signés par tes soins et ceux signés par Kirk, autant j’arrive moins bien jusqu’à présent à vous dissocier avec Bobby même si j’ai l’impression que ce dernier en joue beaucoup. Peux-tu éclairer ma lanterne ?

Effectivement c’est plus difficile à dire aujourd’hui car avec Bobby nous avons des styles beaucoup plus proches et similaires. Pour faire simple, les solos qui sonnent façon Lynyrd Skynyrd sont les miens et les autres sont ceux de Bobby (rires) ! Mais à vrai dire, il faut reconnaitre que Bobby a joué la majorité des solos de ce disque !

Down est un groupe versatile qui fait des choses différentes à chaque fois et là où le premier EP était brut et direct, ce second EP sonne de manière plus dense et possède plus de couches sonores. Ils ont pourtant été faits au même endroit et avec la même équipe technique, la production est pourtant très différente. Avez-vous changé de matériel ou est-ce juste une différence d’approche voulue ?

La première des choses que nous voulions était d’obtenir un bien plus gros son de batterie ! Dès que Jimmy est parvenu au résultat escompté, nous sommes venus nous greffer autour. Le son des guitares a donc été réglé en fonction du son de la batterie, car je désirais vraiment que la batterie soit costaude ! Je pense que nous avons accompli cela. Puis comme je le disais plus tôt, le fait que Bobby joue sans chorus ou autres pédales d’effet du genre, il utilise juste un peu de reverb, amène un côté beaucoup plus pur, sec et abrasif à notre son !    

La voix de Phil semble elle aussi avoir été beaucoup plus travaillée que sur le premier EP. Il y a plus de traitement dessus, plus d’idées, plus d’effet aussi avec notamment cet espèce d’effet de voix de fantôme au début des 2 premières chansons…

(Rires) Ouais on s’est bien marré avec ça ! Phil a eu une approche très naturelle cette fois, il n’a jamais essayé de contrôler le moindre titre avec sa voix mais il a au contraire épousé les différentes directions que pouvaient prendre ces différentes chansons. On parlait par exemple de cet effet de voix, mais on pourrait également parler de « Conjure », qui est au passage mon titre favori de cet EP ! Sur ce morceau, Phil nous sort quelque chose de profond et de très pur. « Conjure » a vraiment cet esprit que l’on pouvait trouver sur nos plus vieilles chansons, je ressens cette vibe particulière lorsque je l’écoute !

Il est clair que « Conjure » est très influencé par les tous premiers albums de Black Sabbath…

Ouais tout à fait ! C’est vraiment un titre très old school ! A vrai dire, c’est le genre de morceau que Black Sabbath aurait dû faire sur leur nouvel album (rires) !

« Steeple » pourrait s’imposer comme un futur classique. C’est un titre très sombre pour du Down. Peux-tu me parler plus spécifiquement de la création de ce titre ?

J’avais sous le coude le riff de « Steeple » depuis un bon moment déjà et je savais qu’à un moment donné il fallait que je puisse l’utiliser car j’aime son phrasé et la folie qui s’en dégage. « Steeple » est un titre qui s’est développé et qui n’a cessé de grandir. Au départ j’ai bossé sur l’intro seulement en compagnie de Jimmy et ça sonnait déjà comme celle qui a fini sur le disque. Cette intro donnait le ton et collait bien avec l’artwork que j’étais en train de dessiner. Puis Phil est revenu vers nous et nous a dit qu’il voulait appeler cette chanson « Steeple » (ndlr : clocher) et je suis resté bête vu qu’il n’avait pas encore vu mon artwork sur lequel figure justement un clocher !

La fin de « Bacchanalia » qui termine cet EP est aérienne et trippante. L’idée de faire un EP plus mélodique et acoustique est-elle toujours d’actualité ?

Tout à fait. La fin de « Bacchanalia » est une ouverture qui mène au troisième EP. Nous comptons faire des choses plus surprenantes sur le troisième et le quatrième EP !   


 

 
   

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