Alice In Chains - Jerry Cantrell & William Duvall

 

 ALICE IN CHAINS

 INTERVIEW AVEC JERRY CANTRELL & WILLIAM DUVALL

20 AOUT 2009 PAR TELEPHONE

 

 

Dire qu’Alice In Chains revient de très loin relève de l’euphémisme. Après une longue
période d’inactivité pendant la seconde moitié des années 90, dû à l’isolement de son
frontman Layne Staley, prisonnier de sa dépendance aux drogues, le décès tragique de ce
dernier aurait pu mettre pour de bon un terme à l’histoire. Mais quand un autre désastre,
naturel cette fois, le tsunami qui a ravagé l’Asie en 2004 réunit les 3 membres survivants
lors d’un concert de charité, la graine est alors planté pour bâtir un nouvel arbre. Avec
l’aide de William DuVall, Alice In Chains effectuait ensuite un retour scénique émouvant en
2006 mais semblant n’aboutir sur pas grand-chose de concret. Le groupe retrouvait en
réalité son alchimie et préparait en secret son retour, cette fois discographique. Duff
McKagan ne nous a pas menti, le bien nommé Black Gives Way To Blue est un pur chef
d’œuvre. Cela valait bien 2 interviews : tout d’abord avec le commandant
Jerry Cantrell, pro et concentré, puis avec son lieutenant William DuVall, jovial et excité
comme une puce à l’idée du retour d’un Alice In Chains définitivement VIVANT !
   

En 2006 Alice In Chains préparait sa première tournée avec William DuVall. A l’époque rien n’était décidé concernant son intégration permanente et la possibilité d’un nouveau disque. Qu’est ce qui vous a amené à poursuivre l’aventure ?

Jerry Cantrell (guitare, chant) : Nous sommes partis en tournée dans le monde entier, simplement pour jouer
notre musique devant nos fans. Tout s’est bien déroulé et j’ai tendance à composer en
permanence. C’est ce qu’un musicien est censé faire de son temps, nous sommes là pour jouer.
Nous avons compilé pas mal de bonnes idées au bout de ces 2 années de tournée et
l’enthousiasme a suivi. Continuer est devenu une évidence à la fin de la tournée avec Velvet
Revolver en novembre 2007. C’est là que nous avons pris la décision et j’ai alors écrit beaucoup
de chansons pendant les 4 mois qui ont suivi. Les autres ont ensuite greffé leurs idées, si bien
qu’au cours de l’été 2008, nous avons loué une maison où nous n’avons pas arrêté de jouer
ensemble et bosser nos nouvelles compos. Une fois à l’aise et satisfaits par les nouveaux titres,
nous sommes passés à l’étape suivante en enregistrant l’album.

Quel était votre état d’esprit au moment de mettre en boite le premier disque d’Alice In
Chains en 14 ans ? Y avait-il beaucoup de pression ?

Absolument pas. Nous n’avions aucun contrat et aucune maison de disque avec nous. Bien sur
nous nous sommes imposé un certain niveau de qualité au niveau des morceaux. Mais nous
n’avons rien précipité. Nous avons pris le temps de satisfaire nos exigences par rapport à cet
album et je pense que la musique parle d’elle-même. C’est un disque vraiment solide, vraiment
fort. Il s’intègre parfaitement dans notre carrière et complète ses prédécesseurs. C’est un album
où nous avons eu à régler nos problèmes personnels, notamment la perte de Layne Staley, et où
nous avons pris la décision d’aller de l’avant.

Oser faire cet opus n’a pas du être mince affaire. Avez-vous reçu beaucoup de soutien de la
part de vos amis musiciens ?

Tout à fait. Tous nos proches nous ont encouragés à le faire. Nos amis et nos pairs dans
l’industrie musicale, les groupes que l’on respecte. Tout le monde, nos fans y compris, nous ont
montrés énormément de soutien. En jouant de nouveau à travers le monde, nous avons pu
constater que nos fans étaient encore là et que de nouveaux s’y étaient ajoutés. Mais oui, tout ce
soutien a été un facteur déterminant.

Black Gives Way To Blue est un nom assez clair. Mais quel sens lui donnes-tu ?

Cela vient du titre du même nom qui termine le disque. C’est une chanson pleine de sens pour
nous car elle a été écrite pour Layne, mais aussi pour nous même. Elle illustre la période où nous
avons du faire notre deuil, et dire en revoir à une personne très proche de nous. Nous voulions
tous séparément intituler le disque ainsi et lorsque nous nous sommes réunis pour choisir le
nom, nous avons tous eu la même idée. C’est un nom on ne peut plus approprié.

Cet album est emprunt d’espoir et sonne comme une célébration de la vie…

(Rires) C’est peut être un peu trop quand même !  La musique a clairement évolué avec nous,
mais sincèrement je ne pense pas qu’elle s‘éloigne vraiment au niveau de l’atmosphère de ce
que nous faisions avant. Nous étions de toute façon surtout concernés par la qualité de la
musique. Nous avons ensuite écrit des paroles directes et honnêtes qui reflètent ce que nous
avons traversé, et ça doit évidemment se refléter sur l’album, mais toute notre concentration se
portait vraiment sur la musique.

La production est ambitieuse avec toutes ses voix et ce son vraiment énorme. Qu’est ce qui
vous a poussé à choisir Nick Raskulinecz ?

Nick est un bon ami de Dave Grohl, qui est lui-même un bon ami à nous. Dave nous a
accompagnés dans cette nouvelle aventure et c’est lui qui nous a suggéré d’enregistrer avec
Nick. Il nous a également prêté son studio 606, ici en Californie, dont Nick est associé. Ce
dernier était vraiment très enthousiaste et je lui impute une part importante dans la façon dont
l’album sonne tout comme à Randy Staub qui a fait un super boulot sur le mix.
Il y a toujours eu énormément de pistes de voix dans la musique d’Alice In Chains, mais
Randy a du avoir un boulot titanesque tellement il y en a dans celui-ci…
J’espère en tout cas que cela conserve l’esprit de ce que nous avons établi auparavant. D’un côté
les choses sont différentes par l’ajout de William. Il est très talentueux et apporte beaucoup
d’idées. Mais ma voix est toujours là et je pense que nous sommes parvenus à conserver avec
William, une relation similaire à celle que j’avais avec Layne. Il était très important de rester
nous même et de conserver ces harmonies vocales à deux car c’est indéniablement ce pour quoi
nous sommes le plus connus. Puis je ne sais que composer comme cela de toute manière (rires) !

Concernant William, a-t-il pu s’impliquer dans le disque ?

Absolument. Nous avons toujours été un vrai groupe et c’est encore le cas aujourd’hui. Il a fallu
que chacun de nous s’implique pour obtenir ce résultat. J’ai toujours été le compositeur principal
et je sais en conséquence que la musique sonne mieux lorsque les autres rajoutent également
leur pierre à l’édifice. Il faut que chaque membre aime et soutienne ce que nous composons.
William a donc apporté pas mal de bons trucs et il a notamment écrit seul la mélodie vocale et
les paroles de « Last Of My Kind ». Nous avons collaboré à deux pour la majorité des autres
mélodies et paroles. Sean Kinney et Mike Inez ont quant à eux davantage contribué à la
musique. Nous sommes tous créatifs. Il y avait vraiment une interaction entre toute l’équipe et
ce n’est pas un disque qui a été écrit par une seule personne.
  
Le fait qu’il soit également guitariste est un plus n’est-ce pas ?

Tout à fait. Cela rajoute des possibilités à notre écriture. C’est un très bon guitariste et cela nous
apporte une autre dimension. 

Exception faite de « Last Of My Kind », le chant de William est en retrait dans le mix par
rapport au tiens qui est bien en avant et qui fait souvent office de lead. Est-ce pour montrer
que personne ne remplace Layne ?

C’est juste. Il n’a jamais été question de remplacer Layne et personne ne le peut de toute façon.
Cela ne nous intéresse pas. Mais nous sommes dans une situation délicate, car il s’agit également
de notre musique. Autant que je sache, ça fait plus de 20 ans que nous faisons partis de ce
groupe (rires). Cette musique nous appartient tout comme elle appartient à Layne et d’une
certaine façon elle continue à le faire vivre. Avec William, nous ne cherchions pas un
successeur à Layne, mais plutôt quelqu’un qui nous aide à fonctionner comme avant. Du coup,
notre dynamique a changée et ma voix a pris un rôle prépondérant. Mais elle commençait déjà à
être plus en avant sur les derniers disques d’Alice In Chains et je dois remercier Layne pour cela,
car c’est lui qui m’a incité à progresser et à prendre plus de responsabilité niveau chant. Il n’y a
pas eu d’idées préconçues et nous avons simplement continué là où nous nous étions arrêtés.
Mais le message est clairement de faire exister Alice In Chains avec ce qui a fait notre
renommée. Il fallait recréer avec William, ces doubles harmonies que nous faisions avec Layne.
C’est sans doute l’aspect de notre musique dont je suis le plus fier, car tous mes groupes favoris
ont plusieurs chanteurs ou utilisent des chœurs.

Evoques-tu cette envie de continuer dans « Your Decision » ?

On peut voir les choses ainsi mais la chanson n’est pas entièrement basée sur cette idée. Les
paroles de ce titre sont assez vagues mais cela parle du contrôle que l’on a sur sa vie par la
possibilité de faire des choix. C’est comme cela que l’on se forge, que ces derniers soient bons
ou mauvais (rires). Dans tous les cas, nos choix sont de véritables leçons. Je ne dirai donc pas
que ce titre relate exactement notre envie de continuer en tant que groupe, mais il est normal que
quelqu’un d’extérieur le perçoive ainsi.   

« A Looking In View » fait d’hors et déjà parti des titres les plus
épiques du groupe. As-tu eu la sensation de tenir un classique en l’écrivant ?

Merci du compliment. Lorsque nous arrivions à la fin de l’enregistrement, nous avons
commencés à chercher notre nouveau label. En entamant les démarches avec Virgin/EMI, nous
savions qu’il faudrait plusieurs mois avant que les fans puissent entendre notre nouvel opus car
il faut préparer tout un tas de choses en amont. Lorsque nous avons choisi de dévoiler un titre,
celui-ci s’est imposé de lui-même car il a toujours fait parti de nos favoris depuis le début du
processus d’écriture. C’est une longue pièce musicale de qualité et c’était cool de voir la réaction
des fans sur la version studio mais aussi en concert cet été. Tandis que nous comptions
simplement le laisser disponible sur notre site Internet, les radios se sont mises à le diffuser. Tout
cela nous a fait chaud au cœur.

Le single « Check My Brain » est très accrocheur. Peux-tu nous toucher un mot sur ce
titre ?

(Rires) Je vis en Californie aujourd’hui et je peux te dire que je ne me voyais certainement pas
finir un jour ici ! C’est assez drôle pour moi de réaliser que j’habite ici, mais ma vie a pas mal
changée au fil des années. Finalement je m’y sens bien, je suis toujours entouré par mes amis et
je suis heureux de pouvoir à nouveau jouer avec Alice In Chains et de constater que cela
intéresse toujours les gens. Cette chanson personnelle est juste une petite blague que je me fais à
moi-même. Ca évoque vraiment l’idée de finir dans un endroit où tu ne te serais jamais imaginé,
et réaliser que tu le vis plutôt bien.

Elton John joue du piano sur le titre « Black Gives Way To Blue ». Peux-tu nous raconteur
comment cela s’est passé?

Oui bien sur. C’est marrant car je l’ai eu au téléphone pas plus tard qu’hier ! Il m’a appelé pour
voir si tout se passe bien avec la sortie du disque. Il se trouve d’ailleurs dans le sud de la France
en ce moment même. Je l’ai rencontré il y a quelques années déjà, et nous avons voulu utiliser
les services d’un pianiste sur le titre éponyme « Black Gives Way To Blue ». J’ai toujours
déclaré qu’Elton John fait parti de mes plus grosses influences en tant que compositeur. Un ami
nous a conseillé de faire appel à ses services et je lui ai donc envoyé un email en lui expliquant
la signification de la chanson, du fait que c’était un hommage à Layne et que cela serait
également le titre de l’album. Il a répondu par l’affirmative et nous l’avons donc rejoint à Las
Vegas une fois l’album mis en boite. Il n’y avait plus qu’à rajouter sa piste de piano et nous
avons fait cela au Palms (ndlr : célèbre casino de Las Vegas) qui possède un excellent studio.
Nous avons donné la chanson à Elton la veille, il a enregistré ses parties le lendemain et en
quelques heures le titre était terminé. C’est évidemment un sacré highlight pour moi. Un moment
très spécial que je chéri comme un trésor.    

Alice In Chains a toujours été catégorisé par beaucoup d’étiquettes : grunge, alternatif, hard
rock etc. tandis que Black Gives Way To Blue sonne résolument metal…

Il s’agit clairement d’un disque heavy, mais c’est un élément qui a toujours existé dans notre
musique. Un des trucs cools dans Alice In Chains est que depuis nos débuts nous avons toujours
joué la même musique mais les étiquettes n’ont pas arrêtés de changer. Au départ nous étions
metal, ensuite metal alternatif, puis grunge etc. Ca n’a pas arrêté de bouger alors que nous
sommes restés les mêmes (rires). Mais c’est en partie du au fait d’avoir sorti très tôt dans notre
carrière des EP acoustiques. Ca a élargi nos possibilités et cela nous a aidés à ne pas être
catégorisés uniquement dans un seul style qui nous aurait limités. 

En parlant de ces EP acoustiques, vous en avez sorti 2 entre vos 3 albums dans les années
90. Pensez-vous continuer cette tradition avec la sortie d’un nouveau l’année prochaine ?

C’est possible et à vrai dire nous en avons déjà parlé entre nous. Nous avons vraiment aimé à
l’époque amener notre musique dans ces nouveaux territoires. Nous aimerions bien renouveler
l’expérience même si il n’y a rien de concret à l’heure où nous parlons. Mais c’est envisageable.
Vous venez de donner une petite tournée européenne qui a malheureusement évité la France.

Quand serez-vous de retour ?

Nous sommes en train de finaliser ça en ce moment même. Nous pensons revenir en Europe
avant la fin de l’année, aux alentours de novembre, et la France fera probablement parti de notre
itinéraire.

Peux-tu présenter le parcours musical que tu as suivi avant de rejoindre Alice In Chains ?

William DuVall (chant, guitare) :
J’ai fait mes premiers pas au début de la scène punk/hardcore américaine. J’ai
joué dans plusieurs formations, la plus connue étant Neon Christ avec qui nous avions pas mal
de fans au début des années 80. J’ai ensuite fait tout un tas d’autres trucs et j’ai notamment
coécrit en 1994 une chanson pour Dionne Farris (ndlr : « I Know) qui a été un gros carton aux USA (ndlr : et qui a permis à William de remporter un ASCAP Award). Je crois même que ce titre avait bien marché dans le reste du monde. C’était assez orienté pop/soul/r&b. Pour résumer, j’ai aussi bien donné dans le hardcore que dans la pop, en passant par le hard-rock et la soul (rires). J’aime tous ces styles, mais comme le dit Phil Lynott dans « The Rocker », je suis un rockeur (rires) ! Il y a un peu plus de 10 ans, j’ai formé le groupe Comes With The Fall et c’est
comme ça que j’ai rencontré Jerry Cantrell car nous avons bougé d’Atlanta début 2000 pour nous baser sur Los Angeles. Je l’ai rencontré lorsqu’il travaillait à LA sur son album solo Degradation Trip (2002) par le biais d’un ami commun. Ce dernier avait déménagé d’Atlanta avant moi et a fini par devenir pote avec Cantrell. Il l’a branché sur Comes With The Fall, et au moment de nous présenter, Jerry était bien familier avec notre musique et il s’est d’ailleurs présenté à moi comme un fan (rires) ! C’était incroyable car le sentiment est évidemment
partagé. Notre amitié n’a cessé de grandir depuis pour arriver au point où elle en est aujourd’hui.
Ca fait presque 10 ans que l’on se connaît et on s’est bien marré ensemble pendant tout ce
temps ! Mon groupe Comes With The Fall était en ouverture de la tournée pour Degradation
Trip pendant toute l’année 2001, avant même que l’album sorte, et une fois qu’il est arrivé dans
les bacs, nous l’avons encore accompagné pour un an aux Etats-Unis, Canada et au Royaume-
Uni. C’est une période où on s’est bien amusé sur fond de musique, concerts et voyage. C’est
vraiment ce qui a forgé l’amitié qui nous lie aujourd’hui.

Comment as-tu vécu ta première tournée d’Alice In Chains en 2006 avec tous ces gros
festivals européens ?

C’était un peu comme plonger tout au fond d’une piscine (rires) ! Mais c’était vraiment super,
car tu n’as pas le temps de trop y réfléchir de toute manière. Tu dois faire ce que tu as à faire et
cela t’oblige à te fier à ton instinct. J’ai donc essayé de rester moi-même. Il était hors de question
d’essayer d’imiter Layne, cela aurait été stupide. Layne Staley était unique. La seule façon
d’honorer cette musique était d’être moi-même et de rester vrai tout comme Layne l’était. J’ai
donc agi de la sorte dès cette tournée de 2006 où nous avons joué au Bataclan à Paris. Je me
souviens qu’il y avait un café sympa collé à la salle. Mais il est vrai que la plupart des concerts
avaient lieu en festival devant des foules immenses. Un de mes premiers concerts avec Alice In
Chains s’est produit devant 50 000 personnes au Portugal (rires) ! T’es du genre : « Ok !
Embarquons sur ce voyage et voyons où cela nous mène ! ». On a donné d’autres gros concerts,
par exemple avec Metallica en Allemagne (ndlr : Rock Am Ring) et en Angleterre (ndlr :
Download Festival) ou Guns N’Roses en Italie (ndlr : Gods Of Metal). Dans ce genre de
conditions, il n’y a rien d’autre à faire que de tout donner sur scène, car il y a un long chemin à
parcourir pour atteindre les derniers rangs de ce genre de public (rires) ! Il ne faut pas être timide
et absolument tout donner. Je me souviens pendant un festival d’être descendu chanter dans la
foule, car je voyais une marée humaine sans fin ! J’aime être au contact et toucher les gens.

C’est d’ailleurs ce que tu as fait au Sonisphere UK cet été…

Oui c’est vrai ! Je fais vraiment ça car la distance est trop importante avec le public dans ce
genre de concert. Tu as envie de descendre et d’essayer de remplir l’énorme gouffre qui te
sépare des fans. C’est une habitude que j’ai prise depuis 2006 car les festivals sont vraiment trop
grands. Ca me donne un peu l’effet qu’il se passe 2 concerts en même temps (rires). Celui que tu
joues et celui que le public voit, sans être forcement connectés. Les choses ne sont pas
supposées se dérouler ainsi. Nous devons faire qu’un avec le public logiquement et c’est
pourquoi j’essaie toujours de combler ce vide.

En tant que fan d’Alice In Chains, quels sont tes albums ou titres favoris ?

Difficile de reprocher quelque chose à un album comme Dirt (1992) n’est-ce pas ? Il est
vraiment monumental. J’aime tout dessus. Les chansons d’Alice In Chains que je préfère
chanter sont souvent celles de ce disque. J’aime tout particulièrement « Rain When I Die » et
« Dirt ». Mais il y a aussi les classiques qui marchent toujours super bien en concert comme
« Would ? » et « Them Bones ». D’ailleurs nous enchainons « Them Bones » à « Dam That
River », comme sur l’album, depuis peu en concert. Ca fonctionne bien avec le public. Mais
j’aime aussi plein de trucs sur Facelift (1990) et sur le Dog Album (ndlr : Alice In Chains paru en
1995). J’aimerai d’ailleurs inclure « God Am » dans le set lors de notre prochaine tournée.
Lorsque l’on m’a demandé de faire cette tournée en 2006, rien n’était prévu pour la suite. Il
devait s’agir seulement de quelques shows mais au final la tournée a traversé 23 pays. A la base
il était seulement question d’honorer la musique du groupe et de l’interpréter sur scène peut être
pour la dernière fois. J’ai toujours été un énorme fan de Layne Staley et encore une fois, il
m’était impossible d’envisager de le singer. Cela aurait été comme de le déshonorer et cela
n’aurait pas non plus été à mon avantage, ni à celui du groupe. Cela aurait porté injure aux fans.
Dès le début, je souhaitais chanter toutes ces chansons avec ma perspective. Et même si
certaines sont vraiment très personnelles, je trouve qu’elles ont toutes un sens universel et c’est
pourquoi elles ont marqués autant de gens. Il est clair que je ne peux pas me mettre à la place de
celui qui a écrit les paroles, la façon de faire est donc différente, mais à vrai dire Layne a
également chanter beaucoup de chansons qu’il n’avait pas écrites et dont Jerry était l’auteur. J’ai
vite compris que Layne a fait les choses à sa manière, qu’il ait écrit ou non les chansons et c’est
ce que je fais également. Je suis évidemment très enthousiaste quant aux nouvelles chansons et
ces dernières s’intègrent à merveille dans le set aux côtés des classiques. C’est vraiment
gratifiant pour moi de jouer des titres auxquels j’ai participé d’un point de vue créatif.

Parlons en justement, quelle a été ton implication dans Black Gives Way To Blue ?

J’ai été totalement impliqué. Les gars m’ont laissé m’exprimer. « A Looking In View » est un
parfait exemple. Nous l’avons écrit à 2 avec Cantrell. Il faut savoir qu’à la base je suis guitariste.
Le chant est venu bien plus tard pour moi. Sur « A Looking In View », Jerry et moi-même nous
sommes mis tête contre tête et n’avons eu cesse d’échanger riffs et mélodies vocales. C’est
d’ailleurs pour ça que ce titre est aussi long, on voit vraiment qu’il s’agit de 2 mecs qui
n’arrivent pas à s’arrêter (rires) ! C’est vraiment un titre dont je suis particulièrement fier et il
m’a aidé à prendre mes marques et trouver mon style d’écriture avec Alice In Chains. Car il faut
bien comprendre que j’ai joué dans des tonnes de groupes avant, j’ai produit quelques trucs et
j’avais déjà un style d’écriture. Mais lorsque tu intègres une formation déjà établie, il faut
apprendre à adapter ton style en fonction et intégrer ta personnalité dans l’édifice. C’est quelque
chose qui a une énorme valeur à mes yeux et « A Looking In View » en est vraiment le symbole
pour moi. De plus c’est le premier titre que nous avons partagé avec le public et cela le rend
encore plus spécial.

Une question un peu légère pour finir. Nous avons été interpellés par la taille de vos barbes
sur les vidéos filmées depuis le studio 606. Vous avez fait un pari ou quoi ?

En quelque sorte (rires) ! Jerry et moi avons décidé de ne plus nous raser jusqu’à ce que le
disque soit terminé. Mais lorsque nous avons lancé ce défi, nous n’imaginions pas alors qu’il
nous faudrait presque un an pour en venir à bout. Mais c’est une bonne manière de mesurer
l’avancement d’un album qui grandit au rythme de ta barbe (rires) ! C’est un bon moyen de se
souvenir de ce que tu as à faire lorsque tu te regardes dans la glace en te réveillant. Arrive un
stade où la barbe devient presque une sorte d’ami ou d’animal de compagnie (rires). Au moment
de la raser, je me sentais presque coupable. J’avais l’impression de tuer quelqu’un ! C’était
marrant de se tenir à notre pari même si c’est chiant parfois d’avoir autant de poil sur la tronche.
Tu as de la bouffe qui vient se coincer dedans et ce genre de choses. Mais c’est une bonne manière
de mesurer la durée de travail et la progression de notre relation musicale. Une fois que tu as
terminé et que tu te rases, tu te sens vraiment soulagé. C’est comme si le monde entier tombait
de ton visage (rires). Nous avons terminé Black Gives Way To Blue le jour de l’anniversaire de
Jerry et également le jour de la naissance de mon fils ! Une sacrée journée ! Lorsque nous avons
quitté le studio, j’ai foncé à l’hôpital pour prendre mon fils dans mes bras et le brandir au
monde. On peut difficilement faire plus cosmique comme expérience (rires) ! C’est ensuite que
j’ai rasé cette fameuse barbe et tout semblait repartir de 0. Un nouveau départ et une journée
vraiment magnifique !                 

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