The Answer - Paul Mahon

 

 THE ANSWER

INTERVIEW AVEC PAUL MAHON

09 SEPTEMBRE 2013 A PARIS

 

 

 

 

 

 

 

 


Les irlandais de The Answer sont de retour avec leur 4ème album New Horizon qui en plus de confirmer tout le talent de la formation pour pratiquer un pur rock n’roll teinté d’influences 70’s vient également prouver que The Answer pratique une musique plus moderne que ce que beaucoup pense ! Interview avec l’excellent guitariste Paul Mahon.


The Answer a encore changé de label. Pourquoi ?

Paul Mahon (guitare) : Nous avons plus ou moins changé toute l’équipe qui nous entoure. Un nouveau label, un nouvel agent de tournée et un nouveau manageur. La campagne pour Revival (2011), sorti chez Spinefarm, avait bien débuté, mais très vite nous avons compris que le label ne ferait pas beaucoup d’effort pour bosser l’album. Nous avons rapidement opté pour trouver une nouvelle maison de disque pour le prochain chapitre et par la même occasion, nous avons pensé qu’il était temps de nous séparer de notre management et de nos agents. 
 
De l’extérieur, vu que vous sortez un album sur un label différent à chaque fois, cela peut donner l’impression d’une certaine instabilité…

Oui c’est vrai, surtout en Europe d’ailleurs car si nos 2 premiers albums sont en réalité sortis sur Albert dans le reste du monde, pour l’Europe le premier a été publié chez Pias et le second chez SPV ce qui fait effectivement 4 labels pour 4 albums. Mais de notre côté nous avons surtout travaillé avec la même équipe chez Albert pour les 2 premiers disques et le vrai changement est intervenu pourRevival en signant chez Spinefarm. Puis à côté de ça, nous avions depuis le début le même management, les mêmes agents et la même équipe de tournée. C’est vraiment l’année dernière que nous avons effectué tous ces grands changements. Le cycle de Revival aurait dû logiquement durer jusque septembre ou octobre 2012 mais nous avons réalisé que pour aller jusque-là, nous aurions à bosser nous même sans l’aide du label pour achever la promotion de ce disque, ce que nous avons fait d’ailleurs. Mais à un moment, nous avons décidé simplement de nous arrêter et de passer à autre chose en débutant la composition de ce nouvel album qu’est New Horizon. Nous l’avons achevé plus rapidement que d’habitude car il est terminé depuis noël dernier en fait. Au départ nous voulions même le sortir pour avril de cette année, mais avec le changement de toute l’équipe et le fait que nous avions compris en janvier que nous manquerions le circuit des festivals d’été, nous avons préféré attendre un peu pour nous assurer de faire une sortie mieux préparée. Publier l’album pour fin septembre nous a notamment permis de pouvoir dénicher les meilleures équipes promotionnelles dans chaque territoire et Olivier Garnier en France en est un bon exemple. Mais l’album s’est fait très rapidement, nous avons dû entrer en studio en octobre 2012 et à noël c’était dans la boite !

On peut sentir ce feeling très spontané et presque live sur New Horizon. En studio l’idée était de simplement jouer du bon rock n’roll sans trop réfléchir n’est-ce pas ?

Oui c’était l’idée ! Puis du point de vue de la production, un mec comme Toby Jepson aime les prises live. Il n’aime pas beaucoup avoir recours aux overdubs, ainsi les solos sur New Horizon sont souvent des premiers prises jouées live. Il aime bien avoir une seule piste de guitare et y rajouter une toute petite touche de gout ci et là, mais rien de plus. C'est une façon de faire très pure et naturelle, très éloignée des producteurs qui aiment avoir 2 pistes de guitare à gauche et 2 pistes de guitare à droite par exemple. Nous n’avons rien fait que nous ne puissions reproduire à 4 dans la même pièce.

Malgré cette simplicité, le son de New Horizon est bien costaud ! La tonalité de la guitare est à la fois épaisse,  claire et pleine de mordant. Finalement, moins tu utilises de fioriture, mieux le son s’en porte ?

Oui et pour le coup difficile de faire plus simple pour la tonalité de la guitare puisque j’ai seulement utilisé un Vox AC30 et un Marshall JCM800 comme amplis ! Niveau guitare je possède une belle collection de Gibson Les Paul et j’ai la chance d’avoir un guitar tech qui est également collectionneur. Il possède de très bonnes Les Paul ainsi que des Gibson Firebird et des Fender Telecaster.  En tout nous avons dû préparer 15 ou 20 guitares et nous les avons toutes essayées le premier jour. Puis je suis tombé sur ce prototype japonais, une guitare à mi-chemin entre une Les Paul et une Telecaster et j’ai trouvé qu’elle sonnait parfaitement bien et qu’elle allait très bien avec notre son de basse et de batterie.    

Je sais que vous en avez marre d’être vu comme un groupe rétro ou classic rock et s’il y a bien un album dans votre discographie capable de montrer au monde entier que vous êtes plus modernes que ce que les gens pensent, c’est bien New Horizon. Etait-ce une de vos prérogatives avec ce disque ?

Oui je pense que nous avions ça à l’esprit. Nous ne pensions pas à ce genre de chose à nos débuts. Sur notre premier album Rise (2006), nous étions tellement heureux d’avoir signé un contrat et d’avoir une opportunité qu’il y avait simplement beaucoup d’optimisme et d’enthousiasme chez nous. Puis au moment de faire Everyday Demons (2009), nous avons commencé à réfléchir un peu plus puis pour Revival nous avons donné tout ce que nous avions en nous ! Mais il n’y avait jamais vraiment eu de moment où nous avons réfléchi à ce qu’il fallait faire sur le prochain disque. Ca nous est arrivé cette fois après Revival. On s’est regardé en nous demandant ce que nous allions faire par la suite. Toby le producteur a également joué un rôle là-dessus car il nous a dit avoir repéré des éléments plus contemporains dans notre son que la seule influence classic rock 70’s. Il nous a proposé d’essayer de mettre ce côté plus contemporain en avant et nous étions partants. C’était une décision mutuelle entre nous et Toby mais cela n’avait rien de difficile à faire. Ce n’est pas comme si nous avions du réfléchir pour trouver un moyen de sonner plus moderne. Nous l’avons juste fait ! En revanche nous avons pour la première fois eu des discussions sur la direction que nous voulions emprunter avec chaque chanson. Je n’aimais pas faire ça avant, car lorsque tu te mets à trop réfléchir sur ce que tu veux obtenir, en général le résultat final ne correspond pas à l’idée que tu avais à la base. Mais cette fois nous avons adopté ce fonctionnement histoire de bien nous assurer d’être tous en phase et d’avoir un thème commun. D’habitude nous sommes plutôt du genre à écrire 25 ou 30 chansons et à enregistrer les 17 que nous préférons, puis à en sélectionner une douzaine qui finissent sur album. C’est une erreur que nous avons poussé trop loin pour Revival d’ailleurs. Sur New Horizon, c’est la première fois que nous nous concentrons seulement sur les chansons qui vont finir sur l’album, celles dont les idées nous ont plu le plus à la base et nous n’avons pas vraiment écrit de titres supplémentaires superflus. Il y a même des chansons qui ne figurent pas forcément parmi les meilleurs idées que nous avions à la base mais qui fonctionnent mieux dans le contexte du déroulement du disque.

Un bon exemple de ce côté plus moderne est le titre « Concrete » avec son riff plus heavy et agressif que d’habitude. Aviez-vous peur de faire ce genre de chansons avant ?

Oui en quelque sorte. Je ne nous aurai pas forcément imaginés faire un titre comme « Concrete » il y a quelques années par simple manque de confiance. Mais il faut savoir que nous avons toujours été friands de musique heavy ! Nous avons grandi au son de Soundgarden et tous les autres groupes de Seattle. D’autres choses comme Rage Against The Machine, Helmet et même Therapy ? qui font une musique plus intense et heavy que les Led Zeppelin et Free auxquels nous sommes généralement comparés. C’est vraiment les premiers groupes que j’ai écouté puis à force de jouer de la guitare j’ai commencé à m’intéresser de plus prêt à Jimmy Page et Jimi Hendrix car c’est beaucoup plus gratifiant et plaisant à jouer pour un guitariste. Lorsque notre batteur James Heatley a intégré The Answer, je pense que nous aurions pu être un tribute band à Helmet tellement il connaissait leur répertoire sur le bout des doigts ! Je pense que par le passé nous avions peur de sonner de manière trop heavy, même si nous ne sonnerons probablement jamais comme un groupe de heavy metal. Mais Toby nous a encouragés à ne pas avoir peur de ces influences et de les libérer. Mais en y regardant de plus près, le riff heavy à la fin de « Under The Sky », le premier titre de Rise, vient d’influences similaires à « Concrete » mais il est clair qu’à l’époque nous n’envisagions pas de pouvoir faire un titre entier dans cette veine.

Il y a donc plus de modernité et d’agressivité sur New Horizon qui demeure néanmoins un pur album de The Answer.  Cormac Neeson ayant une voix plus traditionnelle, était-ce un challenge de faire fonctionner de la sorte son chant avec ces éléments plus contemporains ?

Oui c’était un défi de conserver la voix bluesy de Cormac et de la faire fonctionner avec des titres plus précis et carrés. Mais l’image que nous avions de The Answer au départ était exactement celle-là : combiner nos influences blues avec le côté heavy des premiers groupes que nous écoutions. Ce n’est donc pas vraiment une surprise pour moi d’être arrivé à ce constat sur New Horizon.

Tu sais que mon titre préféré sur Rise est « Never Too Late » et que j’aime beaucoup le funk-rock. Evidemment l’autre nouveauté de New Horizon est cette influence funk très présente sur des titres très groovy comme « Leave With Nothin » ou « Baby Kill Me ». On peut dire que si le blues marquait son retour sur Revival, le funk marque le sien sur New Horizon. Encore une facette de vos influences que vous vouliez davantage exprimer cette fois ?

Oui tout cela est on ne peut plus juste (rires) ! Pour la petite histoire, le riff principal de « Leave With Nothin » est le tout premier que j’ai écrit pour The Answer lors de l’été 1999 si je me souviens bien. J’étais à fond dans Blood Sugar Sex Magic (1991) des Red Hot Chili Peppers à l’époque et on peut sentir l’influence. The Answer donnait plus dans cette veine au départ, puis nous nous sommes concentrés sur le côté Led Zeppelin et Jimi Hendrix avant d’insuffler encore plus de blues à notre musique.  Revenir à nos influences funk me donne le sentiment d’avoir bouclé la boucle (rires) !

Puis les gens te considèrent surtout comme un très bon guitariste de blues-rock mais tu montres également sur New Horizon que tu es un formidable guitariste de funk-rock !

Oui c’est vrai que mis à part « Never Too Late » je n’avais jamais vraiment exprimé cette facette de mon jeu sur un disque de The Answer avant. Je me suis assuré de laisser plus d’espace à la basse et à la batterie dans ce registre car avant j’essayais tout le temps de remplir tout le spectre sonore. Mais ce n’est pas nécessaire d’agir de la sorte en permanence, surtout pas lorsque tu veux groover et jouer plus funk (rires).   

Vous avez donc eu recours à un nouveau producteur en la personne de Toby Jepson, également connu pour être membre de Little Angels et Gun. Vous sembliez pourtant très satisfaits de Chris French, le producteur de Revival. Pourquoi ne pas l’avoir reconduit ?

Chris French est excellent et je travaillerai à nouveau avec lui sans aucun problème. C’est le meilleur lorsqu’il s’agit de créer plusieurs accroches différentes dans la même chanson. Avec lui nous avions remis notre côté blues à la Aerosmith sur la table et nous en avions peut être trop fait d’ailleurs. Mais il est clair que je ne regrette rien et que Chris est un des mecs avec qui j’ai collaboré que je préfère ! Mais comme nous voulions essayer quelque chose d’autre avec New Horizon, nous avons préféré choisir un autre producteur. Au départ je n’étais d’ailleurs pas vraiment partant à l’idée de bosser avec Toby car je n’aime pas beaucoup Little Angels. Mais après quelques conversations téléphoniques, j’ai changé d’avis car Toby nous a donné une représentation sincère de ce que The Answer représente à ses yeux et du potentiel qu’il voit en nous. Nous avons alors décidé de le faire venir chez nous dans le nord de l’Irlande et nous avons bossé sur quelques titres et le courant est bien passé.  Nous avons alors décidé de le garder pour faire New Horizon. Mais en toute franchise, à ce point de notre carrière, nous pourrions très bien tout faire nous-même. Nous commençons à avoir de l’expérience, nous avons vu des choses différentes et techniquement j’ai un studio chez moi. Mais vu que nous sommes tous les 4 très impliqués dans le processus créatif, nous avons malgré tout besoin d’un leader pour diriger notre planning et pour jouer le méchant lorsque nous commençons à déconner. Mais c’était facile de bosser avec Toby. Il a donné cette atmosphère naturelle et simple, cela s’en ressent même jusqu’aux paroles qui sont très directes. Les solos de guitare sont simples et efficaces. Il n’y a pas trop de notes. Toby me disait qu’il est préférable que les gens se souviennent de mes solos plutôt que ces derniers soient trop techniques et chargés en notes !

J’ai beaucoup aimé Revival mais je trouvais aussi que Cormac y forçait son chant et en faisait des tonnes par moment. Je ne sais pas si Toby y est pour quelque chose, en tout cas je trouve que Cormac est beaucoup plus pertinent et juste sur New Horizon qui est au passage peut être l’album le plus accrocheur de votre répertoire…

Oui ce n’est pas faux. Cela ramène à notre envie de revenir à ce que nous sommes vraiment : un power trio + un chanteur. Si tu fais les choses bien avec cette formule, ta musique peut vite devenir très accrocheuse. Mais Toby y est clairement pour quelque chose grâce à sa vision vieille école et épurée des choses. Il nous parlait beaucoup de la simplicité de l’enregistrement des disques de ZZ Top et AC/DC par exemple. AC/DC n’est pas un power trio, mais tu entends seulement Malcom et Angus Young niveau guitare, il n’y a pas d’overdubs et aucune triche. Toujours est-il que Back In Black (1980) possède un super son ! Toby est vraiment comme ça. Il ne cherche pas à embellir les choses, à grossir le son ou à grossir la performance. Il n’utilise aucune astuce.

Sur New Horizon il y a quand même une personne avec qui vous aviez travaillé dans le passé et il s’agit de Mike Fraser responsable du mixage. Etant donné le caractère très direct de l’album, choisir Mike était une évidence j’imagine ?

Nous avons une bonne relation avec Fraser, tout comme Toby d’ailleurs et nous avons tous décidé de faire appel à lui. Mike est le meilleur lorsqu’il s’agit d’obtenir un gros son live pour un disque. Il sait parfaitement donner un son très gros et bien vivant. Lui aussi a un style très simple et direct mais c’est tout un art de trouver le bon dosage pour aussi bien faire sonner un disque.

Chaque instrument est d’ailleurs bien en avant sans pour autant manger l’autre et ce ne doit pas être si facile à obtenir n’est-ce pas ?

Oui Fraser est bon pour ça mais il y a aussi une autre raison. Dès le départ nous avons souhaité que James fasse des parties de batterie un peu plus simples que d’habitude et cela laisse finalement beaucoup plus d’espace pour chaque instrument.

La pochette a été faite par le légendaire Storm Thorgerson peu avant qu’il ne décède plus tôt dans l’année. Peux-tu me raconter l’histoire derrière ce qui restera comme la dernière pochette de son illustre carrière ?

Nous n’avons pas eu la chance de le rencontrer malheureusement. Nous étions uniquement en contact au téléphone et par email. Lorsque nous avons signé avec Napalm Records, ils nous ont proposé de travailler avec Storm, une idée qui nous a évidemment carrément botté (rires) ! Surtout que jusque-là, nous étions un peu frustrés par nos artworks. Nous n’avons jamais eu avant New Horizon un artwork qui nous plaise complètement. Nous lui avons envoyé l’album, qu’il a écouté pendant plusieurs semaines puis il a interviewé chaque membre du groupe pour en savoir plus sur l’album, notre histoire, notre musique. Il nous parlait de choses assez profondes. Puis il est revenu vers nous avec 10 idées de départ différentes. Chaque membre du groupe a évidemment choisi une idée différente. Du coup c’est Storm qui a tranché et qui a choisi l’idée qu’il préférait. C’était une bénédiction pour nous car nous aimions tous ses croquis et nous n’arrivions pas à nous décider. Puis nous nous sommes dit que Storm savait de quoi il parlait et nous l’avons donc laissé faire. Il a peaufiné l’idée qu’il préférait mais il est mort pendant le processus d’édition et je ne sais même pas s’il a pu voir son œuvre terminée. C’est sa dernière création et ce fût un honneur pour nous de collaborer avec Storm !

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