Korn - Munky

 

KORN

INTERVIEW AVEC JAMES "MUNKY" SHAFFER

13 AOUT 2013 A PARIS

 

 

 

 

 

 

 

 


Korn est de retour avec son 11ème album The Paradigm Shift, qui voit le retour de Brian "Head" Welch au bercail ainsi que le mariage parfait entre des guitares remises au premier plan et quelques sons électroniques rescapés de The Path of Totality. Munky était sur Paris cet été et m’a parlé en détail de ce nouvel opus mais aussi de chacun de ses prédécesseurs au cours d’un album par album célébrant les 20 ans d’existence de Korn !   


Peux-tu me raconter le retour de Head dans Korn ?

Munky (guitare) : L’année dernière nous avons joué sur un festival en Caroline Du Nord qui s’appelle le Carolina Rebellion. Head s’est pointé avec sa fille pour venir voir quelques groupes et amis qui étaient présents ce jour-là et il se trouve que nous étions la tête d’affiche de la journée avec Korn. Head avait renoué le contact avec Fieldy depuis un petit moment et lorsque j’ai su qu’il serait là, je me suis dit : « hum, ça devrait être intéressant… ». Je ne savais pas à quoi m’attendre vu que je ne l’avais pas vu depuis 7 ans ! On s’est donc vu au festival et nos retrouvailles furent pour le moins agréables. Fieldy a fini par demander à Head s’il voulait jouer quelques chansons avec nous le soir même et Head n’était pas très chaud à la base. Il faut dire que depuis son départ, nous avons changé la structure et les arrangements de certains titres en live et il n’était pas familier avec ces derniers. Le titre qu’il connaissait toujours et que nous interprétions de la même manière était « Blind ». Il a donc accepté de le jouer avec nous. C’était cool aussi de rentrer sur scène avec Head à nos côtés, même s’il restait sur le côté, il était parmi nous et c’était sympa comme sentiment. Le bilan de cette journée était tellement positif et la réaction des fans tellement bonne, que 2 semaines plus tard je me suis décidé à l’appeler pour lui proposer d’écrire de nouvelles chansons avec nous, ce qu’il a refusé dans un premier temps, estimant qu’il était trop tôt pour ça. De mon côté, je trouvais que nous nous étions tellement bien entendus, qu’il n’y avait plus vraiment aucune raison de ne pas le faire. Puis une semaine plus tard, Head m’a recontacté pour me dire qu’il acceptait la proposition. Nous avons alors pensé à quelques trucs, nous avons préparé notre matos dans un studio simplement pour jammer ensemble et voir si la magie et l’alchimie opérait toujours entre nous. Au bout de 2 jours, nous avons pu réaliser que ça fonctionnait toujours très bien et que de bonnes choses étaient devant nous. Même les à côté se passaient bien. On se marrait tout le temps (la bonne humeur semble être également de mise au cours de cette journée promo !), tout le monde arrivait à l’heure au studio et tout le monde était présent tous les jours !

C’était sans doute inconscient de votre part à l’époque, mais le fait de ne jamais avoir établi de véritable second guitariste et d’avoir recours à des guitaristes de session en fond de scène pour remplacer Head a du faciliter grandement son retour n’est-ce pas ?

C’est vrai, mais au moment où il a quitté Korn nous considérions que nous ne pouvions pas le remplacer. Si j’avais un frère…en fait j’ai un frère (rires) ! Mais lorsque tu as un frère et qu’il décide de quitter la famille, ce n’est pas comme si tu allais te trouver un frère de rechange (rires) ! Pour moi c’est la même chose. Nous avons décidé de ne pas le remplacer sur scène par simple respect. Je sais que beaucoup de groupes parviennent à remplacer des membres importants, avec le nouveau musicien qui essaie de ressembler à l’ancien, mais personnellement je trouve cette attitude irrespectueuse. Je nous aurai vraiment mal vus mettre un autre guitariste sur le devant de la scène en train de jouer des chansons que Head a écrite. C’est pourquoi nous avons tenu à ce que seuls Fieldy, John Davis et moi-même restions sur le devant de la scène en concert.

Avec Head vous formiez une véritable équipe à la guitare, mais suite à son départ, tu t’es retrouvé seul maitre à bord en la matière sur 4 albums. Etait-ce aisé pour toi de laisser de nouveau quelqu’un pénétrer cette sphère et abandonner le contrôle absolu ?

Ça m’a clarifié les idées en quelque sorte. Lorsque Head a quitté le groupe, je dois avouer avoir souffert musicalement par moment. Je pense avec le recul que j’essayais de beaucoup trop compenser son absence. Je me forçais à ajouter des couches et des couches de guitare. Je surcompensais vraiment. Je voulais créer un énorme son pour prouver que l’on pouvait le faire sans lui. Son retour me permet d’enlever une partie du poids sur mes épaules et de faire les choses plus naturellement sans forcer.

Idem avec les chœurs d’ailleurs n’est-ce pas ?

J’ai dû les assurer pendant son absence, mais je ne peux pas chanter comme lui avec une voix aussi puissante, c’est clair. Le bon côté des choses en revanche, c’est que j’ai appris quelques trucs et que désormais nous pouvons faire sur scène les chœurs à 2 ! Pour la guitare aussi j’ai appris pas mal de trucs pendant son absence, notamment auprès de tous les producteurs différents avec qui nous avons travaillés. Ces mecs m’ont aidé à définir un nouveau son.

En voyant Head de retour et avec l’apparition de raretés des débuts comme « Ball Tongue », « Lies », « Need To », « Helmet In The Bush » et « No Place To Hide » dans les setlists de cet été, on aurait pu croire que Korn allait succomber à la nostalgie et au fameux « retour aux sources ». Pour autant, peut-être parce que vous avez fait un album nostalgique il n’y a pas longtemps avec III : Remember Who You Are (2010), The Paradigm Shift sonne indéniablement comme un nouveau disque d’un Korn qui continue à aller de l’avant. Malgré tout, n’avez-vous pas été tentés par un retour aux sources avec Head revenu au bercail ?

A chaque fois que nous faisons un nouvel album, nous voulons avoir le sentiment de progresser et nous voulons que nos chansons sonnent de manière fraiche et nouvelle.  Mais je dois bien avouer qu’il nous ait parfois arrivé d’être coincé dans le confort de notre formule caractéristique avec notre façon de plaquer les accords et de faire des bends par exemple. Ca nous est d’ailleurs arrivé sur ce nouvel album par moment et c’est là que notre producteur Don Gilmore s’est manifesté sur certaines idées trop évidentes : « les mecs, ça sonne vraiment comme quelque chose que vous avez déjà fait en 1996 ! ». On peut se retrouver prisonnier de notre recette parfois et Don nous a considérablement aidés à nous libérer et essayer des choses vraiment nouvelles que ce soit au niveau des arrangements ou de certaines notes à modifier pour que certains riffs ne ressemblent pas trop à d’autres plus anciens. Nous sommes donc parvenus à un résultat neuf et frais, mais je peux t’assurer que par moment, nous étions coincés et c’est à ce moment-là que nous commencions à sonner comme sur Life Is Peachy (1996). Ce n’était pas désagréable à jouer d’ailleurs, mais cela nous donnait le sentiment de régresser, ou en tout cas, de ne pas progresser ! Nous tenons à créer quelque chose de nouveau à chaque fois et une vingtaine d’idées de chanson plus tard, nous voici avec The Paradigm Shift ! Cet album nous a vraiment demandé beaucoup de réécriture et de boulot en phase de pré-production pour les arrangements, les suites d’accord, les vocalises etc. Puis nous sommes rentrés en phase d’enregistrement et nous avons là encore poussés nos idées en redéfinissant plus précisément certaines parties, en accouchant d’idées plus accrocheuses à certains moments clés et également en précisant le son particulier que nous voulions obtenir d’un point de vue plus technique. Même si nous avons encore recours à un peu de matos analogique, car j’adore le son plus chaud que cela procure, nous avons quand même beaucoup bossé sur ordinateur et avons pleinement profité des avantages et des facilités que cela procure. Il y a toujours eu des avantages et des désavantages à chaque technologie n’est-ce pas ?

Vous avez été très discrets cette fois quant à la teneur de The Paradigm Shift si bien que l’on ne savait vraiment pas à quoi s’attendre avant de l’écouter. D’habitude, vous aimez parler du thème de vos nouveaux albums, par exemple vous aviez annoncé que Follow The Leader (1998) serait très hip-hop, que III : Remember Who You Are revisiterez votre passé ou bien encore que The Path Of Totality (2011) serait orienté dubstep. Korn n’est pas un groupe conceptuel du genre de Pink Floyd ou Dream Theater, mais il y a toujours une direction ou un thème commun derrière un de vos disques, une sorte de petit concept et je ne te croirai pas si tu me dis que vous ne discutez pas de la teneur d’un futur opus avant de produire la moindre note…

Non je t’assure, bien souvent nous ne parlons pas vraiment de ce que nous souhaitons obtenir et nous prenons comme base les premières idées qui ressortent de nos jams à 5 dans la même pièce. Nous avons d’ailleurs fonctionné cette fois vraiment comme à l’ancienne, en écrivant le noyau de chaque chanson tous ensemble à 5 dans la même pièce, au lieu d’apposer une partie de guitare sur une boucle électronique conçue au préalable. Là c’était tout l’inverse puisque les éléments électroniques sont venus ensuite et n’ont fait qu’ajouter en substance à notre son en apportant quelque chose en plus des guitares. Ayant dit cela, j’ai en moi cette envie dévorante de faire un jour un véritable album concept avec Korn. Nous avons approché ce but à vrai dire avec Issues (1999) qui n’était pas loin d’en être un. J’adore les albums concept et notamment ceux de Pink Floyd que tu viens de mentionner. J’adore le fait de revisiter une mélodie qui revient plusieurs fois dans différentes chansons du même album. C’est quelque chose que j’aimerai faire à l’avenir avec Korn et la beauté de notre groupe est que nous sommes toujours partants pour nous essayer à de nouvelles choses. Dans mon esprit, c’est en tout cas une porte que nous pourrions très bien choisir d’ouvrir dans le futur. Je dois aussi ajouter qu’avec Head nous avons malheureusement été un petit peu poussés par le temps au moment d’enregistrer nos parties de guitare pour The Paradigm Shift. Rien de bien méchant, mais j’aimerai disposer de plus de temps sur le prochain album pour peaufiner et designer davantage nos parties de guitare et des sons plus spécifiques, étranges et expérimentaux.

The Paradigm Shift est d’ailleurs très direct, peut-être l’album de Korn le plus concis, direct et uptempo ce qui est surprenant à ce stade de votre carrière. Est-ce Ray Luzier qui vous a dit : « hey les mecs, ok j’ai fait un disque de dubstep la fois d’avant, j’aimerai bien me lâcher sur ma batterie cette fois ? »

Il y a un peu de ça. Nous voulions nous assurer d’impliquer davantage Ray et Fieldy surThe Paradigm Shift. Le son de basse de Fieldy est si important dans notre signature sonore. Fieldy n’était pas si présent que ça pendant l’enregistrement, mais il était bien là pendant la phase de composition. Le problème est que parfois pendant l’écoute des premiers mix, vu qu’il est absent, sa basse peut se retrouver noyée au second plan et c’est là que Don Gilmore a assuré en veillant toujours à ce que la basse de Fieldy soit bien présente. Il me demandait même souvent si Fieldy avait écouté les premiers mix et il voulait savoir s’il était satisfait de la place que sa basse y occupait. En y repensant nous avons beaucoup travaillé sur la basse en fait, même lorsque Fieldy était absent ! Nous modifions un peu le son et ajoutions de la compression ci et là pour s’assurer de sa présence.

Tu viens de parler du son de basse de Fiedly, et même s’il n’y en a évidemment pas autant que sur The Path Of Totatily, les éléments électroniques sont de nouveau présents sur The Paradigm Shift. Sont-ils en train de devenir une composante légitime du son caractéristique de Korn ?

Je pense que c’est un élément que nous allons continuer d’incorporer à notre musique dans l’avenir car cela nous ajoute de la dimension. Nous pouvons ajouter une atmosphère différente grâce à ça et construire avec plus de profondeur. J’apprécie particulièrement avoir recours à toutes ces programmations électroniques et puis ça n’a rien de nouveau. Ce n’est pas comme si Trent Reznor ne le faisait pas déjà en 1994 ! Mais de mon point de vue, Trent a toujours beaucoup d’avance sur tout le monde. J’aime cet élément en tout cas et je m’en sers même pour mes trucs plus perso à la maison. Je crée des patchs pour que ma guitare sonne de façon synthétique à la maison pour pouvoir lutter contre ces synthétiseurs ! C’est un défi que je me donne parfois !

Vous avez choisi de dévoiler comme premier extrait « Never Never », le seul titre aussi proche de The Path Of Totality, le plus électronique et le moins représentatif de The Paradigm Shift. Ne craignez-vous pas que les fans puissent être déboussolés par un tel choix ?

Bien sûr que cela va semer la confusion ! Mais dans Korn nous avons toujours souhaité prendre des risques et mettre au défi nos auditeurs ainsi que leur ouverture d’esprit. Effectivement « Never Never » est sans l’ombre d’un doute le titre le moins heavy de The Paradigm Shift, mais nous l’apprécions quand même et nous trouvons qu’il est celui capable de faire le mieux le pont entre ce nouvel album et le précédant. Enfin, je dois également avouer que c’est un bon single pour attirer plus de filles à nos concerts (rires) ! Nous avons vraiment besoin de plus de filles parmi nos fans !

Pour un groupe de metal, Korn n’est pas vraiment mal lotît en la matière…

Je t’assure que nos fans sont à 90% des hommes. Nous avons pensé qu’avec « Never Never » nous pourrions séduire et ouvrir la porte à un public plus féminin, car c’est agréable d’avoir plus de femmes aux concerts (rires) !

De toute manière, le plus rentre dedans « Love & Meth » suivra dans la foulée…

Parfaitement et nous avons d’ailleurs filmé les clips de ces 2 chansons d’affilée ! Jeudi dernier (le 8 aout) nous avons mis en boite « Never Never » et le vendredi (le 9 aout) « Love & Meth », puis samedi nous avons pris l’avion pour rejoindre Paris (rires) ! En tout cas ces 2 choix nous permettent de pouvoir montrer la dualité de cet album. « Love & Meth » repose sur des riffs heavy et puissants tandis que « Never Never » se montre plus lumineux et mélodique. Après je serai d’accord pour dire que « Never Never » prend plus de sens dans l’album, à l’endroit où il est placé au milieu car il vient apporter une respiration et de la dynamique. C’est un peu la même chose lorsque nous élaborons nos setlists pour les concerts. On veut commencer avec des titres costauds, puis au milieu nous jouons des trucs plus mélodiques afin de repartir de plus belle avec du lourd à la fin !

En parlant de « Love & Meth » et on pourrait y ajouter « Spike In My Veins », voici des titres de chansons qui ne témoignent pas forcément d’un environnement  très sain dans Korn, hors avec le retour d’un Head sobre, on aurait pu imaginer que de l’eau avait coulé sous les ponts et que les thèmes des drogues et médicaments étaient derrière vous…

La beauté de la chose est que plus tu t’éloignes de ce genre de trucs, plus tu te sens à l’aise à en parler. C’était un peu l’idée. Nous voulions nous pencher un peu sur le passé et nous rendre compte à quel point il pouvait être tumultueux parfois. Cela nous a montré que nous avons grandi et muri.

Nous évoquions le fait que The Paradigm Shift continue d’aller de l’avant, mais au-delà du style de composition, le son des guitares en lui-même a également beaucoup changé comme il est souvent le cas avec Korn ces dernières années. Changez-vous en permanence d’équipement en studio ces derniers temps ?

Absolument ! Le truc marrant c’est que nous utilisons le même matos en tournée depuis des lustres parce qu’il tient le coup en tournée, il est pratique et il peut encaisser tous les chocs. Mais en studio c’est tout l’inverse ! Une fois que l’on se retrouve devant ces micros d’enregistrement, nous souhaitons obtenir un son un peu différent de la dernière fois, tout simplement car tes oreilles finissent par se lasser du son et veulent quelque chose de plus frais à se mettre sous la dent. Sur The Paradigm Shift, je suis particulièrement fier de la clarté que nous avons réussi à obtenir sur la tonalité du son de guitare. La clarté est quelque chose que nous avons eu du mal à obtenir à travers notre carrière à cause de notre accordage très bas et des accords que nous jouions. Nous avons combinés cette fois des amplis Peavy 6505 et Diezel Herbert ensemble. Nous trouvions que l’un ne sonnait pas très bien sans l’autre. Nous avons eu recours à quelques Marshall évidemment, nos bonnes vieilles têtes d’ampli Mesa Boogie ainsi que des amplis Bogner.  Nous avons passé quelques jours à déterminer ces combinaisons et le son que nous voulions obtenir. Ce dernier a beaucoup de punch, de clarté et tranche vraiment bien avec le reste. C’était important pour nous, avec Head de retour dans Korn, il fallait faire un disque dirigé par les guitares et il fallait s’assurer que ces dernières ne se retrouvent pas perdues dans le mixage. Cette combinaison d’amplis nous a vraiment permis d’obtenir ce son inoxydable car même sur les parties truffées d’électronique, les guitares se font toujours beaucoup de place. Ce son de guitare colle également très bien avec la basse de Fieldy et la batterie de Ray, cela nous a offert un très bon équilibre niveau fréquence.

Peut-être que je me trompe et que la production me joue des tours, mais on dirait également que votre accordage a un peu changé n’est-ce pas ?

En quelque sorte car il y a différents accordages sur l’album. Nous utilisons toujours notre accordage caractéristique de Korn qui consiste à accorder la 7ème corde en La (A). A l’inverse « Never Never » est dans un accordage en Mi (E) on ne peut plus standard et il en est un peu de même pour « What We Do » même si nous utilisons la 7ème corde sur ce titre et nous sommes donc en Si (B). Il y a aussi « Lullaby For A Sadist » qui est différent de d’habitude niveau accordage. C’est d’ailleurs un de mes titres favoris sur le disque, j’aime beaucoup la façon dont il commence comme une ballade avant de devenir progressivement ce titre heavy et mélodique.

D’une certaine manière, la pochette de The Paradigm Shift me fait penser à celle de The Division Bell (1994) de Pink Floyd. Est-ce un hommage déguisé à son illustrateur Storm Thorgerson décédé cette année ?

Ah ouais carrément ! Je vois la ressemblance mais ce n’était absolument pas voulu ! J’adore Pink Floyd mec ! Bon je vais te raconter toute l’histoire derrière le titre de l’album et la pochette du coup. Les autres sont venus me voir à un moment pour demander de trouver le nom de ce nouvel album, car ils me trouvent bon pour ça. J’ai donc accumulé pendant plusieurs mois une liste de 25 noms d’albums différents et je l’ai soumise aux autres. The Paradigm Shift (changement de paradigme en français, un changement radical) est un des tout derniers que j’ai trouvé mais c’est un titre qui m’a paru très naturel car entre le retour de Head et l’ambiance différente qui règne aujourd’hui dans Korn, c’est un peu comme s’il y avait une toute nouvelle vie dans le groupe. Même la façon dont nous écrivons désormais les chansons, l’enregistrement de l’album et l’utilisation de sons électroniques, tout ceci amène beaucoup de nouveauté et de changement dans Korn. Idem pour notre manière de nous comporter. Il y a 10 ans notre priorité était de faire la fête en permanence (rires) ! Aujourd’hui nous avons l’esprit plus clair et nos 2 priorités sont la musique et nos familles. Là aussi c’est un gros changement dans Korn. A partir de ce titre, j’ai commencé à m’intéresser aux illusions d’optique pour l’élaboration de l’artwork. J’ai trouvé plein d’image qui me plaisait dont une notamment qui montre un canard qui se change en lapin une fois que tu le regardes  d’un autre angle. J’ai beaucoup réfléchi sur ce genre d’image et sur le sens de l’expression « changement de paradigme ». Nous avons également pris conscience de la chance que nous avons de pouvoir faire carrière avec notre musique. Nous avons  cette chance depuis longtemps mais nous le réalisions beaucoup moins avant et n’éprouvions pas autant de gratitude il y a 10 ans par exemple. Ça aussi c’est un changement radical dans Korn. J’ai donc soumis toutes ces idées à Roboto, l’artiste qui s’est chargé de l’artwork, avec l’image du canard/lapin notamment et il a vite compris où je voulais en venir. Donc non, il n’y a pas de rapport avec la pochette de The Division Bell de Pink Floyd mais la ressemblance est intéressante (songeur).

J’imagine que tout le monde va te parler aujourd’hui du titre « Mass Hysteria », un hommage déguisé au groupe français (rires) ?

Nous sommes potes avec certains mecs de Mass Hysteria. J’ai revu leur guitariste au Hellfest d’ailleurs et je lui ai dit que nous avions un nouveau titre intitulé « Mass Hysteria ». Il était tout fou en entendant ça (rires) !

Korn fête ses 20 ans cette année et j’aimerai faire un album par album avec toi :

Korn (1994) : Lorsque nous étions en train de créer cette musique, nous nous étions obligés à ne pas inclure de solo, pas de note harmonique à la guitare, pas de vibrato, pas de slide, rien qui puisse rappeler la façon de jouer de la guitare dans les années 80 en somme. Nous savions que si nous voulions créer quelque chose de nouveau, il fallait proscrire tous les clichés des années 80. Je pense que sur la démarche nous avons considérablement été influencés par Faith No More et leur capacité à faire des solos pour le moins minimalistes dans leur musique. Le côté agressif nous a été directement influencé par Sepultura tandis que notre groove venait quant à lui davantage de Rage Against The Machine et Cypress Hill. Nous avons en quelque sorte pris les caractéristiques qui nous plaisaient le plus dans ces 4 groupes et les autres que nous écoutions à l’époque et les avons compilés afin de créer notre propre style. L’utilisation des guitares 7 cordes a également contribué à créer notre son avec cet accordage particulier. A cela il faut ajouter bien sur la manière que Ross Robinson avait de pousser Jonathan à bout en studio et de lui faire sortir toute cette haine et cette frustration d’une façon vraiment unique et rare à l’époque. Nous n’en avions pas pleinement conscience sur le moment, mais nous mettions littéralement le doigt sur quelque chose de nouveau et nous étions en train de mettre en boite un disque magique qui allait définir une toute nouvelle ère ! Mais nous n’en savions rien, nous pensions juste enregistrer des titres heavy et agressifs que nous aimions, rien de plus (rires) !

Life Is Peachy (1996) : Il y a tellement de rage sur ce disque ! Nous sortions de tournée, après avoir passé 18 mois sur la route pour soutenir notre premier album. Nous n’étions pas habitués à cela et ça n’avait pas été de tout repos pour nous. A peine rentrés, seulement quelques jours pour nous relaxer et nous devions enchainer sur le deuxième album. Le premier titre que nous avons écrit est « Twist » et ce n’est pas même pas une chanson mais davantage une intro. Quoiqu’il en soit, ces 40 secondes de musique ont donné le ton pour le reste du disque, avec ce côté chaotique et frustré, il n’y a même pas de paroles, Jonathan y livrant une sorte de scat metal. Nous sommes aboutis à cela si rapidement sans réfléchir à rien. Il n’y avait pas vraiment de formule derrière cette idée, il s’agissait juste d’une expression rageuse et pleine de frustration ! Quelque part on peut résumer Life Is Peachy en disant que notre prérogative était de ne pas réfléchir et d’accoucher sur le fil de ce qui pouvait sortir de nous. Let’s fucking do it ! C’était l’attitude de ce disque !

Follow The Leader (1998) : La maison de disque a commencé à nous donner beaucoup d’argent (rires) ! Nous avons opéré quelques changements, notamment au niveau du studio. Nous avons commencé à expérimenter beaucoup de sons différents…mais aussi beaucoup de drogues et de boissons différentes…et cela s’entend sur l’album (rires) ! Nous avons tous ces invités de Fred Durst à Ice Cube et c’est aussi à ce moment que sont apparues timidement nos premières programmations électroniques. Nous commencions également à comprendre ce que nous faisions (rires). Nous savions reconnaitre les parties qui allaient devenir des couplets et nous savions rendre nos refrains accrocheurs. Sur notre troisième album, nous avons indéniablement appris à devenir de meilleurs compositeurs et à comprendre comment construire des chansons.

Issues (1999) : Nous avons mis en boite la grosse majorité de cet album à Atlanta. C’était amusant car à l’époque nous faisions vraiment la fête comme des dingues le soir, mais pendant la journée nous étions sages comme des images car notre producteur Brendan O’Brien ne tolérait pas cela. Il nous disait : « vous pouvez faire ce que vous voulez la nuit, mais je ne veux rien voir de tout cela au studio ».  Lorsque nous commencions à travailler, il fallait travailler et rien d’autre. Brendan nous a apporté une très bonne éthique de travail. De plus à Atlanta, mis à part nos soirées débridées, il n’y avait aucune distraction pour nous. Nous étions loin de notre entourage et nous pouvions nous concentrer sur la création de ce disque. Jonathan a créé tous ces petits interludes géniaux et pour moi Issues est notre album qui se rapproche le plus d’un album concept. Il y a un vrai début, des interludes qui lient les chansons entre elles et une véritable fin à l’album. Pour moi c’est à ce moment-là que nous avons véritablement trouvé notre son, et avec le nouvel album The Paradigm Shift, Issues est tout simplement mon disque favori de Korn !

Untouchables (2002) : Ce qui me vient à l’esprit d’emblée, c’est son enregistrement  beaucoup trop disjoint. Nous nous sommes vraiment éparpillés. Nous avons commencé l’enregistrement à Long Beach, puis nous avons bougé à Phœnix, et je ne sais même pas pourquoi d’ailleurs. Nous avons écrits quelques chansons en Arizona puis nous sommes revenus vers Los Angeles, pendant que Jonathan et le producteur Michael Beinhorn sont allés à Vancouver. Il n’y avait aucun point de concentration et pourtant les chansons sont bonnes et d’un point de vue purement technique, c’est clairement un de nos disques qui sonnent le mieux. C’est comme s’il y avait plus de grave et d’aigue. J’ai aimé aussi la façon dont Michael a poussé Jonathan au niveau des paroles. Il l’a amené à élaborer un peu plus ses textes et articuler un peu mieux les mots. Michael a de nouveau fait ressortir pas mal de choses enfouies en Jonathan. Personnellement, j’ai dû enregistrer toutes mes parties de guitare 2 fois ! Avec Head nous avons mis en boite nos parties, puis en revenant en studio un jour pour écouter les premiers mix, Michael nous regarde et nous dit : « vous n’allez jamais me croire ». Je lui réponds : « quoi ? » et il me rétorque : « nous avons trouvé un meilleur son de guitare ! ». Sur le coup je lui ai dit : « pourquoi continues-tu de chercher un meilleur son de guitare alors que nous venons de boucler l’enregistrement ? ». Ça m’a gonflé sur le coup mais il n’était pas pleinement satisfait de notre son de guitare. Du coup j’ai dû me retaper toutes les rythmiques une 2ème fois ! Michael est perfectionnisme et méticuleux à l’extrême sur la façon dont les instruments doivent sonner. Est-ce que cela a fait de Untouchables un meilleur album ou au contraire un moins bon ? Je n’en sais rien. Ce dont je suis sûr, c’est qu’il s’agissait d’un processus d’enregistrement beaucoup trop long et dispersé. Franchement, j’avais le sentiment que ça ne s’arrêterait jamais, nous n’en voyions plus le bout (rires). C’est de très loin le disque le plus excessif que nous ayons fait en termes de budget. Tellement d’argent y est passé…c’est l’époque où les maisons de disque dépensaient encore un sacré paquet de fric (rires) !

Take A Look In The Mirror (2003) : Nous avons mis en boite ce disque dans le garage de Jonathan. Il venait d’en faire un home studio. Ce n’était pas un album facile à faire. Je pense que notre cœur n’y était plus vraiment en fait. Nous étions fatigués de la routine habituelle et du processus qui te fait enchainer album et tournée sans relâche. Sur les rotules, notre créativité en prenait un coup et il fallait vraiment puiser dans nos ressources quotidiennement pour trouver quelque chose de valable. Certains jours nous ne faisions rien de bon. A cela il faut ajouter le fait que Fieldy et notre batteur de l’époque (David Silveria) montraient assez peu le bout de leur nez en studio. Il fallait tellement fournir d’effort pour finir la moindre chanson. C’est clairement un de nos disques que j’aime le moins. Il y a des bons titres dessus comme « Did My Time » qui est une de mes préférés de notre répertoire, et nous la jouons toujours car elle a une bonne énergie en concert. Il s’agit d’ailleurs du premier titre que nous avons terminé pour cet opus et après celui-là, nous sommes partis sur une pente descendante. Je me souviens d’être surpris lorsque j’ai appris que le rappeur Nas allait faire un duo avec nous sur « Play Me » et dans le même temps je me disais que peu importe ce qu’il se passait, tant que cela nous permettait de terminer cet album.

See You On The Other Side (2005) : Head avait quitté Korn et il était temps pour nous de nous mettre à repenser notre son et à le modifier quelque peu. Nous avons donc commencé à inclure plus de programmations électroniques et nous avons collaboré avec plusieurs producteurs de pop venus nous aider à créer de bonnes mélodies. Et j’en avais vraiment besoin car Head était très performant pour écrire de bonnes mélodies par-dessus nos riffs. C’est un album où j’ai dû pas mal lutter mais j’étais satisfait du résultat final. Il arrivait souvent au départ que je ne sois moi-même pas convaincu à 100% de mes riffs mais après avoir précisé et peaufiner mes idées avec les producteurs, le résultat se révélait payant. J’ai eu plein de moments de doute mais au final c’est un disque qui passe plutôt bien. Il y a des bonnes chansons dessus.

Untitled (2007) : Je sais qu’il est expérimental et difficile d’accès, mais j’adore cet album ! Je trouve que les sons de ce disque sont très « design ». J’ai vraiment aimé bosser avec Atticus Ross car il m’a appris la beauté que pouvait avoir certaines inconstances et imperfections de mon jeu. Parfois je jouais quelque chose de manière légère sans trop de sérieux et lui il adorait ça ! J’étais du genre : « c’était juste une ébauche truffée d’erreurs » et il me répondait : « non c’est super, j’adore c’est une idée vraiment cool » ! Il m’a vraiment aidé et permis de prendre plus de confiance en moi en me faisant réaliser que j’ai beau ne pas être un très bon guitariste, cela peut se révéler être une qualité ! En d’autres termes il m’a permis de comprendre qu’il est préférable d’être humain plutôt que d’être parfait. J’ai beaucoup appris avec ce disque.

III : Remember Who You Are (2010) : Après toutes ces années, il est inévitable que nous avions perdu le fil depuis nos débuts. Nous avions besoin de nous rappeler un peu d’où nous venions et qui nous étions. Nous voulions faire appel à des éléments du passé qui faisaient l’identité de Korn. Nous avons donc rappelé Ross Robinson et étant signé chez Roadrunner à l’époque, nous avions envie de leur donner un disque vraiment metal (rires) ! C’était une bonne expérience, mais dans le même temps je pense que nous sommes allés beaucoup trop en arrière. Puis l’album n’a pas été aussi bien poussé que ce à quoi nous nous attendions. Aucun sentiment de progrès ici mais après un album expérimental et toutes ces années, cela avait du sens de regarder un peu dans le rétroviseur et de réutiliser les techniques très particulières de Ross Robinson en studio et sa capacité de pousser les gens à bout. Nous avions besoin qu’ils nous exorcisent à nouveau et qu’ils fassent ressortir ces qualités que nous avions perdus ! Avec le recul cela aurait été marrant de faire ce disque avec Head, mais à vrai dire Ross m’a confié être allé taper à sa porte à l’époque et personne n’a répondu (rires) !

The Path Of Totality (2011) : Nous avons décidé d’emmerder tout le monde et de faire ce que nous voulions vraiment sur le moment ! Cet album avait pour unique but celui de nous auto satisfaire. Il est assez obscure quelque part et forcément expérimental. C’était marrant de bosser avec tous ces gens différents et d’attendre de voir ce que cela allait donner. Nous avions à peine travaillé sur une ou deux chansons avant de faire venir Skrillex, il devait simplement s’agir d’un EP à la base d’ailleurs. Mais nous avons tellement aimé ces nouveaux sons et nous avons tellement pris de plaisir que nous avons opté pour un disque entier ! C’était excitant pour moi car bien que le dubstep avait déjà quelques années au compteur, pour moi c’était quelque chose de totalement nouveau. C’est Jonathan qui m’a initié au genre. J’aimais la fraicheur que cela nous permettait d’avoir pour un 10ème album et le fait que nous continuions de mettre aux défis nos fans et leur ouverture d’esprit! Ca collait vraiment bien avec notre envie constante de briser le moule et c’est de là que notre étiquette neo-metal est venue. On nous définissait ainsi car nous brisions le moule de la façon traditionnelle de jouer du metal et avec The Path Of Totality c’est clairement ce que nous avons continué de faire ! Je sais que beaucoup ne l’ont pas aimé, mais moi je l’aime !

 

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