The Allman Brothers Band - Butch Trucks

 

THE ALLMAN BROTHERS BAND

INTERVIEW AVEC BUTCH TRUCKS

LE 10 FEVRIER 2009 PAR TELEPHONE  

 

Dépassant tout clivage musical, allant du jazz au rock, le Allman  Brothers Bandest une véritable institution ayant influencé d’innombrables formations d’horizons variés. Mars 2009 marque les 40 ans de la naissance de ce mythe, à l’origine de tout jamband ou combo de rock sudiste qui se respecte. Occasion parfaite pour Butch Trucks de lancer son projet Moogis, qui vous permettra d’assister aux 15 concerts du Beacon Theater de New York derrière votre ordinateur pour la somme de 100 dollars. Le volubile batteur prouvant ainsi que l’on peut être sexagénaire tout en étant branché par les nouvelles technologies ! Et pendant qu’on l’avait au bout du fil, autant revenir avec lui sur certains moments marquants d’une carrière singulière et tumultueuse.

D’où t’es venu l’idée de créer Moogis et peux-tu expliquer en quoi cela consiste ?

Butch Trucks (batterie) : Moogis est une idée qui trottait dans ma tête depuis longtemps. J’ai fondé un label indépendant il y a quelques années et je me suis vite rendu compte que le moule classique des maisons de disque n’a plus lieu d’être ! Elles ne cessent de s’effondrer année après année et les magasins de disque ferment les uns après les autres. Au moment où nous parlons, le plus gros vendeur de disque au monde est i-Tunes. L’ancien modèle qui voyait les maisons de disque contrôler la distribution des artistes et les passages radios est mort. D’ailleurs aux Etats-Unis, les radios ne passent même plus de musique ! La plupart d’entre elles préfèrent diffuser des talk shows avec des idiots parlant de politique. La radio est devenue une sorte de désert peuplé de gens qui se parlent entre eux. Avec la disparition progressive de la musique sur les ondes, faire connaître une nouvelle formation est vraiment difficile…au mieux  (rires) ! Du côté de la distribution, les magasins faisant faillite peu à peu, tout se passe maintenant sur Internet et cela donne aux artistes la possibilité de prendre en main leur carrière ! Beaucoup le font déjà comme Widespread Panic, un très gros groupe ici aux Etats-Unis. C’est un jamband assez proche de notre son ou de celui de Phish et ils gèrent absolument tout, eux même. Ils ont leur propre label, ils vendent tout via Internet et c’est un modèle que de plus en plus de formations sont en train de suivre. J’ai alors réalisé que nous arrivions au milieu d’une révolution et que les gens qui comprendront comment utiliser ce paradigme rencontreront beaucoup de succès ! Pas besoin d’être futé pour comprendre qu’Internet est la voie à suivre et j’ai toujours été un vrai geek des ordinateurs, bien avant l’existence de Windows. Un des trucs qui me garde l’esprit sain en tournée est de jouer à World Of Warcraft ! J’ai également toujours aimé trainer sur des forums de discussion et je répondais d’ailleurs il y a quelques années à des questions que l’on me posait sur le site des Allman Brothers. Lorsque j’étais gamin, en rentrant de l’école j’allais rejoindre mes copains pour faire du baseball. Aujourd’hui les gamins se jettent sur leur ordinateur à la fin des cours car c’est là qu’ils peuvent retrouver leurs amis. La communauté actuelle se forme sur Internet. Moogis.com est donc une communauté qui se base sur un genre de groupes bien précis : les jamband et sur les fans de ce genre. Il m’a fallu des années pour pouvoir réunir plusieurs millions de dollars et de nombreux investisseurs afin de faire fonctionner Moogis. C’est un concept complètement nouveau, quelque chose qui n’a jamais été fait avant. Les investisseurs sont quelque peu inquiets car les revenus viendront seulement des inscriptions au site. Nous avons réunis suffisamment de capital pour pouvoir organiser ce quarantième anniversaire des Allman Brothers, 15 concerts qui se déroulent au Beacon Theater de New York du 9 au 28 mars. Nous nous servons de cet évènement pour valider notre concept. Si jamais l’opération fonctionne, il y a déjà beaucoup d’autres investisseurs qui sont prêts à rejoindre l’aventure et qui nous aideront à franchir l’étape supérieure. Nous aimerions alors louer 6 salles aux Etats-Unis et y faire jouer des jambands. Chaque soir de la semaine, les gens pourront faire un tour sur Moogis et y voir un concert. Il y a aura également tout un tas de vidéo diverses, des interviews et des forums. Nous sommes tellement chanceux de pouvoir profiter d’un évènement aussi énorme que les 40 ans du Allman Brothers Band. Je ne vois pas comment le projet pourrait échouer. Ca va être épique ! Nous allons dédier les 15 concerts au mec grâce à qui tout a commencé : Duane Allman. Nous avons invités tous nos amis et tous les amis de Duane. Tous les musiciens que nous avons rencontrés au cours de ces 40 années. La plupart d’entre eux ont accepté l’invitation ! Cela fait 20 ans que nous faisons cette série de concert au Beacon Theater (ndlr : le ABB s’y est produit presque 200 fois !) et nous essayons toujours de faire quelques surprises. Cette année, ça va être 15 concerts remplis de très grosses surprises (rires) !

Peux-tu révéler quelques noms ?

Non, ce ne serait plus une surprise sinon n’est ce pas ? Je peux juste dire que nous répétons actuellement à Atlanta et que nous nous concentrons surtout sur les titres que nous jouerons avec nos invités. Nous devons apprendre une quarantaine de chansons et je ne pense même pas que nous pourrons consacrer du temps aux morceaux que nous jouerons seuls ! Je ne peux dire qu’une chose : si tu penses à certaines personnes en particulier, ils seront sans doute là (rires) ! Il y aura vraiment des gros noms.           

Moogis se concentrera donc également sur d’autres formations à l’avenir ?

Ca dépend. Si le lancement de Moogis échoue, l’aventure s’arrêtera là. Mais j’ai vraiment du mal à imaginer que les 15 concerts du Beacon Theater ne puissent pas être rentables. Ce sera un site dédié aux amoureux de ce que nous ou bien encore les Grateful Dead ont crée et que Phish ou même le Dave Matthews Band ont ensuite perpétué. Il y aura quelque chose comme 200 ou 300 jambands sur notre site. Ca leur permettra de trouver un endroit où être entendu. La plupart de ces formations essaient de vivre de la musique en jouant pour 300 ou 400 dollars par soir et en perdant de l’argent à aller de petit bar en petit bar. Moogis leur donnera une bien plus grande exposition. De plus ils pourront également être vus en dehors des Etats-Unis. Notre essai est de louer d’abord ces 6 salles américaines mais une fois que les choses seront bien rodées, nous louerons ensuite des salles en Europe et même au Japon où les jambands deviennent très populaires. Mon neveu Derek Trucks a fait une tournée japonaise avec son groupe et c’était complet chaque soir ! Chaque année au Beacon Theater nous voyons des allemands, des Italiens etc…Je donne en ce moment des interviews avec des français, des polonais et même avec un australien hier (rires) ! Ca me fait rire car son accent était plus difficile à comprendre que le tiens (rires) ! Tout cela prouve qu’il y a des fans de jambands en dehors des Etats-Unis. Je suis conscient qu’ils ne doivent pas être nombreux mais il y en a ! C’est vraiment excitant pour moi car j’ai eu la possibilité de très bien gagner ma vie avec la musique pendant 40 ans et j’ai maintenant ce nouveau projet et il y a toutes ces personnes qui joueront avec nous au Beacon Theater, dont certains après qui nous courrons depuis nos tous débuts ! Ca va être vraiment fun ! Je vais quand même te donner un scoop. Un soir nous allons avoir à nos côtés McCoy Tyner, Roy Haynes et David Sanborn. Ces mecs ont joué avec Miles Davis, John Coltrane ou bien encore Charlie Parker. McCoy Tyner a dans les 70 ans mais demeure encore aujourd’hui un des meilleurs pianistes jazz au monde. Quant au batteur Roy Haynes, il a plus de 80 ans et avant nous, il n’avait jamais vu de concert rock de sa vie. Nous l’avons littéralement soufflé ! Il ne pensait pas qu’une formation rock pouvait avoir un tel niveau. Lorsqu’il a joué avec nous, je peux te dire qu’il a fait écrouler le plafond ! Il a beau avoir 80 ans, il joue avec tellement de puissance et d’intensité ! Combiné à Derek Trucks, à notre percussionniste Marc Quinones et notre bassiste Oteil Burbridge, ils forment vraiment un ensemble jazz très solide. Nous connaissons David Sanborn depuis pas mal d’années maintenant. Ca me fait halluciner lorsque je l’entends parler de notre groupe et de l’influence que nous avons eue sur son jeu car c’est vraiment un des meilleurs saxophonistes jazz. Il y aura pas mal de combinaisons uniques avec des musiciens que l’on ne voit habituellement pas dans l’univers du rock n’roll.

Outre cette escapade au Beacon Theater, y aura-t-il d’autres manières de célébrer votre 40ème anniversaire ?

Il nous reste beaucoup d’autres surprises pour le reste de l’année. Mais je sais également que ce sera notre dernière tournée majeure. Après le Beacon, nous allons donner 2 fois plus de concerts que d’habitude accompagnés de quelques gros noms. Logiquement nous ne donnons pas plus de 40 concerts par an, cette fois nous allons approcher les 80. Derek et Warren Haynes sont très occupés par leurs carrières respectives, ils ont donnés beaucoup au Allman Brothers Band et ils ont besoin d’avoir du temps pour leurs propres vies. Nous nous sommes tous mis d’accord pour lever le pied à partir de l’année prochaine. J’ai 61 ans, j’adore toujours ça et ces 3 dernières années j’ai éprouvé encore plus de plaisir à jouer qu’avant la mort de Duane. A mon âge je joue toujours aussi bien qu’avant, mais après chaque tournée, mon corps me fait souffrir (rires) ! D’un côté j’aimerai jouer jusqu’à ce que je n’en sois plus capable mais de l’autre côté je sais qu’il est temps de se relaxer un peu. Mais nous continuerons toujours à faire le Beacon Theater car c’est devenu une tradition magique et nous ajouterons 12 ou 15 concerts spéciaux ci et là jusqu’au jour où nous déciderons d’arrêter.

Pas de nouvel album à l’horizon ?

Je ne sais pas. Le studio a toujours été un endroit étrange pour nous. Je vois ça comme la partie « boulot » de ce que nous faisons, alors que la scène est la partie « artistique ». En studio tu n’as pas de public devant toi qui réagis à ce que tu fais et tu dois faire semblant d’en avoir un. Tout tend à être plus synthétique et franchement ce n’est pas ce que nous aimons faire. Nous ne ressentons plus le besoin d’entrer en studio. En revanche j’ai tenu à ce que l’on écrive de nouvelles chansons et nous allons les ajouter dans le set. Une fois que nous aurons enregistrés suffisamment de nouveaux titres en concert, nous les compilerons sur un nouvel album live.    

Une tournée européenne peut être ?

C’est une possibilité mais rien n’est sur. Pour tout te dire, j’ai acheté il y a à peu près 2 ans un mas du 14ème siècle dans le Languedoc. Je rénove cet endroit et mon projet est de venir prendre ma retraire en France. J’adore le coin, c’est magnifique. Je veux y finir ma vie. Passer mon temps à monter à cheval et à écrire des bouquins. Je ne sais pas si le ABB jouera en France, mais il est clair qu’une fois installé chez vous, je monterai quand même une formation pour jouer ici.

Tu es un des membres fondateurs du ABB…

A vrai dire nous avons formé le groupe le 26 mars 1969, chez moi à Jacksonville en Floride. C’était notre première répétition et nous avions bossé ensemble sur les titres « Trouble No More » et « Don’t Want You No More ». Gregg Allman s’est pointé en plein milieu de cette fameuse répète, il revenait de Californie, et nous avons alors commencé à écrire le titre « Dreams ».

Étiez-vous conscient d’être sur le point de créer quelque chose de nouveau qui allait devenir l’influence majeure pour toute formation sudiste ou pour tout jamband ?

Nous n’en avions pas la moindre idée ! Nous ne pensions même pas pouvoir avoir du succès. Nous étions distribués par Atlantic Records et les mecs du label nous prenaient pour une blague ! Ils ne croyaient pas dans les chances de réussir d’un groupe de blancs qui jouait de la musique du sud. Ils voulaient nous donner un look plus tendance, que l’on porte des pantalons en velours et nous conseillaient de faire de la musique plus simple en sauter partout sur scène ! Nous leur disions d’aller se faire foutre car nous aimions tant la musique que nous jouions ensemble. Mais jamais nous aurions imaginé avoir du succès commercial. Lorsque que ça s’est produit, nous avons malheureusement baissé la garde car nous nous n’y attendions pas. Ca nous a entrainés dans une spirale de drogue et d’alcool qui a fini par aboutir au split en 1976. Nous avions perdu pied avec la réalité. Lorsque tu es si jeune et que tout à coup tu deviens si riche et connu, il est difficile de garder les pieds sur terre. Tu es entouré par une tonne de faux amis qui n’arrêtent pas de te dire à quel point tu es incroyable. Tu en fini par oublier qui tu es. C’est cet engrenage qui a tué tellement de jeunes musiciens car tu finis par croire que tu es immortel et que tu peux faire absolument tout ce que tu souhaites. Et c’est d’ailleurs ce qu’il y a de plus tragique dans la mort de Duane, car il était totalement sobre lorsqu’il a eu son accident. C’était en plein milieu de l’après midi, il conduisait tranquillement sa moto pour se rendre à un anniversaire lorsqu’un camion est arrivé face à lui. Il a essayé de l’éviter, mais sa moto était équipée d’une petite roue additionnelle qui est rentré en contact avec le poids lourd, ce qui l’a projeté en l’air avant qu’il finisse écrasé par sa moto. Cela ne ressemble pas à une mort de rock star. Ce n’est pas comme s’il avait sauté du haut d’un building en pensant qu’il pouvait voler ou qu’il était immortel. Ce n’est pas une mort par overdose à la Janis Joplin ou Jimi Hendrix.

Tu viens évidemment d’évoquer le moment le plus sombre de la carrière du ABB, à l’inverse quel a été ton meilleur souvenir ?

Je me souviens très bien de la nuit qui a précédé la fermeture du Fillmore East (ndlr : Le ABB a été le dernier groupe à s’y produire en 1971 et en a sorti le célèbre At Fillmore East, dernier enregistrement de Duane Allman). Nous sommes arrivés sur scène à 2h00 du matin et avons joué jusque 8h00 ! C’est la nuit la plus magique de ma vie. Nous avons joué 6h00 d’affilés. A la fin tout le monde était assis quand soudain quelqu’un a ouvert une porte. Le jour est alors rentré dans la pièce. Je me souviens d’entendre Duane dire : « c’est comme si nous vivions dans une église ! ». Ca a contribué à créer notre symbiose avec le public New Yorkais qui venait d’assister à 6h00 d’une nuit musicale incroyable. Je ne pourrais même pas décrire la grandeur de la chose. Assurément mon meilleur souvenir. Le plus mauvais étant la mort de Duane, suivi de près par celle de Berry Oakley (ndlr : décédé dans des conditions similaire à Duane Allman). Puis il y a également cette période allant de 1978 à 1981 où nous étions au fond du gouffre. J’aimerai que cette ère du groupe n’ait jamais existé ! Je n’ai jamais pu écouter ces albums, ils sont lamentables (rires) ! Nous étions devenus une formation abominable. J’ai également détesté tous ces moments où certains d’entre nous étaient défoncés au point de ne plus pouvoir jouer correctement. Mais depuis 3 ans, tout va pour le mieux ! Nous ne donnons plus de mauvais concerts. Tout le monde est sobre. Nous nous aimons tous et nous parlons tous. On se marre à nouveau et c’est quelque chose que nous avions oublié pendant de longues années. Soir après soir, je traine ma vieille carcasse derrière mon kit de batterie, et tandis que j’éprouve des difficultés à grimper les 2 escaliers qui me mènent sur scène, j’ai l’impression d’être à nouveau un gamin de 18 ans dès le milieu du premier titre !

Ce plaisir retrouvé se ressent sur la stabilité de votre line-up actuel qui n’a pas changé depuis 2001…

Tout à fait. Tout se passe à merveille depuis que Dickey Betts a quitté le groupe. Il ne pouvait pas se débarrasser de ses démons. Il ne pouvait pas arrêter de boire et à chaque fois qu’il était ivre, il devenait embarrassant, particulièrement sur scène. Nous avons enduré ça aussi longtemps que possible jusqu’à ce que nos routes se séparent. Tu as sans doute entendu parler de l’histoire du fax qui lui a appris que nous le virions. En réalité, il n’a jamais été viré ! Nous venions de terminer une petite tournée dans le sud, et il était constamment bourré. La majorité des concerts de cette tournée était catastrophique. A la fin du dernier concert, j’ai regardé ma femme et je lui ai dit : « J’ai enduré ça trop longtemps, c’est terminé ». Ensuite j’ai téléphoné à Gregg en lui disant que je ne jouerai plus jamais avec Dickey tant qu’il serait dans cet état. Nous connaissions déjà tous ces ennuis et nous savions que ça nous menait toujours à des désastres. C’était pathétique. Soir après soir il montait sur scène avec ce nuage noir au dessus de la tête, il jouait bien trop fort et il jouait comme une merde. Nous sommes allés de l’avant et avons décidé de faire notre tournée d’été avec Jimmy Herring pour le remplacer. C’est alors que nous lui avons envoyé ce fameux fax qui disait précisément que nous voulions qu’il se soigne et qu’en attendant nous jouerons avec quelqu’un d’autre. Nous lui disions clairement qu’il fallait qu’il devienne sain et qu’il nous rejoigne pendant l’automne pour continuer le voyage que nous avions débuté ensemble il y a très longtemps. Au lieu de solliciter une aide médicale, Dickey à préférer contacter un avocat pour nous attaquer en justice. Pour nous, le jour où il a été cherché un avocat au lieu d’un médecin est le jour où il a décidé de quitter le groupe. Ces dernières années ont prouvé que nous avions raison car la musique et notre amitié n’ont jamais été aussi fortes !   

Une des particularités du ABB est que vous jouez à 2 batteries. D’où est venue l’idée ?

C’est l’idée de Duane à l’origine. Il se disait que si James Brown pouvait avoir 2 batteurs, pourquoi pas lui ? Lorsque nous avons commencé à jammer tous ensemble, il s’est dégagé quelque chose de spécial dans ma combinaison avec Jaimoe. Nous n’avions même pas besoin de nous parler. Nous étions en parfaite symbiose. Nous ne pouvons pas l’expliquer tout comme tu ne peux jamais expliquer pourquoi tu tombes amoureux de quelqu’un. L’alchimie a tout de suite fonctionné !

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