Clutch - Neil Fallon

 

 CLUTCH

INTERVIEW AVEC NEIL FALLON

24 JANVIER 2013 PAR TELEPHONE

 

 

 

 
A force de persévérance, Clutch est passé en quelques années du statut de groupe culte et confidentiel à celui d’une formation reconnue et apprécié par un public éclectique. Un moindre mal pour ce groupe au style génial qui roule sa bosse depuis 20 ans ! Ce 10ème album Earth Rocker enfonce encore plus le clou !   

Clutch fût très prolifique entre Blast Tyrant (2004) et Strange Cousins From The West (2009) en enchainant pas moins de 4 albums en l’espace de 5 ans. Il aura fallu en revanche 4 ans pour écouter votre nouvel album Earth Rocker. Pourquoi avez-vous pris votre temps cette fois ?

Neil Fallon (chant, guitare) : Tout simplement parce que nous n’avons pas arrêté de partir en tournée ! Ce n’est pas comme si nous n’étions pas prêts plus tôt à sortir un nouvel opus mais les dates de concerts ne cessaient de s’accumuler dans notre planning. Si j’ai bonne mémoire, nous avons seulement commencé la composition de Earth Rocker il y a tout juste un an.

Justement, qu’est ce que vous entendez par Earth Rocker (« rocker terrestre ») ?

Au niveau des paroles de ce titre, j’ai été inspiré par certains festivals que nous avons donnés. Sur ce genre d’évènement, nous entendons toujours plein de groupes se plaindre et râler pour le moindre prétexte. En festival pas mal de groupe se plaignent de jouer à telle heure ou à telle place sur l’affiche ou pour des détails futiles voir même carrément pour le fait de jouer et cette capacité à geindre continuellement me surprend car à mon sens le fait de jouer de la musique est une chance et non un fardeau. Les paroles de « Earth Rocker » sont donc une sorte de réponse à cette attitude en affichant un discours motivant !

Earth Rocker sonne beaucoup moins bluesy que ses 3 prédécesseurs et possède en revanche un caractère plus accrocheur et direct. Etait-il temps pour vous de changer un peu le scénario après quelques disques dans la même veine ?

Nous n’en avons pas vraiment parlé entre nous en amont et le blues reste malgré tout une influence majeure pour Clutch, mais il est vrai que c’est une facette de notre musique que l’on retrouve beaucoup moins sur Earth Rocker. Je pense que nous avons été considérablement influencés par les tournées que nous avons données en compagnie de Motorhead et Thin Lizzy. Cela a joué un impact considérable sur l’album car ça nous a rappelé certaines notions d’efficacité en musique.

Earth Rocker a beau être votre 10ème album, il s’agit peut être du plus agressif que vous avez fait depuis vos 2 premiers opus avec des tempos plus relevés. D’où vous est venue cette envie de faire un disque plus rentre dedans ?

C’est difficile à dire. Parfois il est facile de s’enfermer dans une zone de confort car nous nous connaissons par cœur musicalement et nous pourrions toujours faire la même chose avec la même intention sans nous stresser. Mais cette fois ci c’est un peu comme si nous nous étions passé la tête sous l’eau histoire de nous réveiller un peu et de nous secouer car il est important après 20 ans de carrière de rester motivé et de garder le rythme. C’est bon pour un groupe de se sentir véritablement vivant au bout de 20 ans et je pense que cela vaut pour beaucoup de choses dans la vie. Il faut dire aussi que le producteur Machine nous a poussés dans cette voie plus rapide au niveau des tempos et même si cela nous a demandé quelques efforts, je pense qu’il a eu raison et qu’il s’agit d’une bonne approche pour Clutch.      

En parlant de Machine, ce dernier avait également produit Blast Tyrant, un disque qui lui aussi possédait cet aspect accrocheur et ce son plus puissant comme Earth Rocker. On dirait qu’il a vraiment de l’impact sur Clutch lorsqu’il est aux manettes n’est-ce pas ?

Oui c’est vrai. Mais en même temps, c’est parce que nous avons réalisés que nos nouvelles chansons étaient plus rapides et agressives que nous avons souhaité faire appel à Machine au lieu de bosser à nouveau avec J.Robbins qui a produit la plupart de nos albums précédents. Nous n’avons rien contre J.Robbins, c’est un bon producteur avec qui on s’entend bien, mais nous savions que Machine était l’homme de la situation pour les chansons que nous avions sous le coude car nous savions pertinemment qu’il pourrait les rendre encore plus agressives. Nous avons fait Robot Hive/Exodus (2005) et Strange Cousins From The West (2009) avec J.Robbins et From Beale Street To Oblivion (2007) avec Joe Baresi. J.Robbins et Joe Baresi sont des producteurs assez similaires qui aiment doter le son de beaucoup d’espace et de profondeur tandis que Machine aime donner le sentiment que le groupe joue droit dans ta face !

Lorsque l’on regarde les 10 albums de Clutch et les multiples EP ou compilations de rareté, vous êtes un groupe assez imprévisible et on sent qu’il vous tient à cœur de demeurer pertinent malgré le poids des années quitte à vous réinventer parfois. Tu évoquais la zone de confort, est-ce si évident d’en sortir ?

Non ce n’est pas facile. Il faut pas mal bosser pour sortir de ta zone de confort. Ainsi il faut réaliser que pour un riff qui a fini sur Earth Rocker il y en a dix qui sont partis à la poubelle ! Et en même temps après avoir écrit « D.C Sound Attack », nous ne voulions pas utiliser ce titre car il sonnait beaucoup trop comme du Clutch typique et caractéristique. C’est là que Machine nous a dit : « et alors ? Ou voulez-vous en venir ? Vous êtes Clutch, pourquoi essayer de fuir votre identité ? ». Je pense donc qu’il y a un bon équilibre sur ce disque entre des titres plus prévisibles de notre part et d’autres beaucoup plus inattendus. Si je devais citer le titre pour lequel nous nous sommes le plus éloignés de notre zone de confort, je choisirai « Gone Cold ». Cette chanson est partie de Jean Paul Gaster qui jouait ce rythme délicat sur sa caisse claire et au départ c’était assez compliqué d’y apposer un riff.

En parlant de Jean Paul, si Earth Rocker est moins bluesy, il est toujours groovy car il s’agit de Clutch après tout ! Mais le groove est assez différent ici. Est-ce que Jean Paul a du adapter son jeu à cette nouvelle approche ou était-ce naturel ?

Cela paraissait naturel de mon côté mais je n’étais pas derrière la batterie (rires) ! Prenons un titre comme « Crucial Velocity » qui est né d’un rythme de batterie plutôt complexe. Je sais que Jean Paul a passé pas mal de temps à développer ce beat en particulier. Je sais aussi qu’il a tenu cette fois à porter plus d’attention à chaque partie en adaptant son jeu selon si le chant ou si la guitare dominait telle ou telle partie par exemple au lieu de montrer toute l’étendue de son talent du début à la fin du morceau.       

Nous avons évoqué ces différences d’approche mais quoiqu’il arrive, tout au long de votre carrière Clutch a développé un style reconnaissable entre mille. Si on vous met tous les 4 dans la même pièce, le résultat sonnera quoiqu’il arrive comme du Clutch n’est-ce pas ?

Oui je le pense. D’ailleurs lorsque nous répétons ensemble aujourd’hui cela n’est pas très différent de nos premières répétitions en 1991 car nous n’avons jamais réfléchi au style de groupe que nous souhaitions être et ce genre de chose. La chose qui nous unissait est que nous voulions jouer des concerts et que nous aimions beaucoup de groupe en commun. Finalement nous sommes unis par une formule on ne peut plus simpliste et je pense que c’est pour ça que nous avons été en mesure d’exister depuis aussi longtemps.

Earth Rocker est un disque taillé pour la scène regorgeant de titres dans la veine de ceux que vous aimez jouer en festival comme « Cypress Groove », « The Mob Goes Wild » ou « Burning Beard ». Avez-vous écrit Earth Rocker de façon spontanée dans un environnement live ?

C’est intéressant que tu dises ça car nous avons joué beaucoup de titres de Earth Rocker en live avant même de les mettre en boite en studio. Machine nous a également demandé d’établir une setlist de 10/12 titres que nous pourrions jouer en festival. Il voulait avoir une sélection rassemblant des titres de l’acabit de ceux que nous aimons jouer en festival et il a vraiment gardé ça à l’esprit pendant la pré-production. Et vu ta remarque, on dirait que ça a fonctionné (rires) !

Vous avez écrit des titres acoustiques pour l’EP Basket Of Eggs (2011) en bonus de la réédition de Blast Tyrant. Est-ce que cela vous a influencé pour l’écriture de Earth Rocker ?

Oui je le pense car si nous n’avions pas fait l’EP Basket Of Eggs, je doute que nous aurions pu être en mesure de composer un titre comme « Gone Cold » par exemple. Ca a joué un rôle, assurément !

Earth Rocker est vraiment cohérent, concis et compact à la manière d’un vieil album sur vinyle. Penses-tu qu’à l’époque d’i-Tunes, la durée d’un vinyle est la plus idéale pour un album ?

Je suis heureux que tu dises ça car d’emblée, avant de composer la moindre note, nous souhaitions qu’Earth Rocker soit construit comme un disque vinyle. Nous ne voulions pas dépasser 10/12 chansons et ne pas aller au-delà de 40/45 minutes. Nous tenions également à créer en quelque sorte l’impression qu’il y a 2 faces sur l’album. Beaucoup de gens ne peuvent pas être attentifs à la musique sur une durée plus longue et ce n’est pas parce que tu es en mesure de remplir 75 minutes de musique sur un CD que tu dois te sentir obligé de le faire ! Je préfère rester concis de façon à ce que l’auditeur ait encore envie de réécouter l’album une fois ce dernier terminé plutôt que cela lui donne envie de repousser la prochaine écoute à un autre jour.

J’ai évoqué plusieurs fois Blast Tyrant, un album qui a marqué un tournant dans la carrière de Clutch. Penses-tu qu’Earth Rocker puisse être ce genre d’album important qui définisse votre présent et votre futur proche en donnant un nouveau tournant à votre carrière ?

Je l’espère très certainement et c’est pourquoi nous avons approché ces nouvelles chansons de la façon la plus agressive et mordante que nous pouvions. Le véritable test pour moi c’est la capacité des chansons à fonctionner en concert, et nous savons déjà que tous ces nouveaux titres sont très fun à jouer live. Cela nous facilite la tâche et jusque là le public apprécie également ces nouveaux titres en concert ce qui rend les choses encore meilleures. Donc oui, j’espère bien qu’Earth Rocker puisse être perçu comme un des ces albums décisifs.

Je me suis toujours dit qu’en live tu aurais besoin d’un coup de main de tes camarades sur certains titres pour assurer les chœurs présents sur album. Le refrain de « Crucial Velocity » sur Earth Rocker est un bon exemple de chœurs qui mériteraient d’être reproduits en concert. Pourquoi n’avez-vous jamais essayé ?

Je suis entouré de musiciens qui maitrisent bien leurs instruments respectifs mais qui ne veulent surtout pas se retrouver derrière un micro (rires) ! Je ne sais même pas s’ils sont capables de chanter à vrai dire car en plus de 20 ans je n’ai jamais entendu aucun des 3 pousser la chansonnette.

Vous êtes de retour demain en tête d’affiche à Paris (interview réalisée le 24 janvier) pour la première fois depuis 2005. Le concert est complet depuis des lustres. Est-ce que la demande des promoteurs a enfin changé en France pour Clutch ?

Nous avons essayé pendant tellement d’années de revenir jouer en tête d’affiche à Paris et ça a toujours coincé. Mais les choses changent enfin et nos apparitions au Hellfest ont beaucoup jouées dans la donne en nous ouvrant des portes. Se produire à Paris et apprendre que le concert est complet est quelque chose de vraiment gratifiant pour nous car au fil des années nous avons rencontrés tellement de français qui devaient se déplacer en Allemagne, en Italie, à Londres ou ailleurs pour venir nous voir. A chaque fois nous étions embarrassés et avec chance Clutch se produira à l’avenir beaucoup plus fréquemment en France.

Quoi de neuf du côté de The Bakerton Group ?

Pas grand-chose car nous sommes très occupés depuis la fin de l’enregistrement de Earth Rocker. Mais faire quelque chose de nouveau avec The Bakerton Group est sur notre liste de chose à faire à l’avenir.

Clutch et The Bakerton Group auraient aujourd’hui beaucoup de sens à coexister étant donné le caractère plus direct et rock n’roll que Clutch emprunte actuellement tandis que The Bakerton Group possède cette vibe plus orientée sur la jam et le côté bluesy comme à l’époque de Robot Hive/Exodus

Tout à fait et la situation actuelle rend les choses beaucoup plus faciles pour les 2 projets car au lieu de jeter un riff de Clutch à la poubelle juste parce qu’il est trop spatial et bluesy, on peut l’utiliser pour The Bakerton Group. Cette situation permet aux 2 groupes d’être plus extrêmes dans leurs approches. Nous aurons toujours tendance à jammer et cela sert au mieux chaque projet si nous concentrons nos jams et nos parties plus jazzy pour The Bakerton Group et si nous gardons les choses plus rentre dedans et rock n’roll dans l’univers de Clutch.
   
 
 

 

 

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