Amplifier - Sel Balamir

 

AMPLIFIER

INTERVIEW AVEC SEL BALAMIR

07 FEVRIER 2013 A PARIS

 

 

 

 


Amplifier est une formation assez confidentielle mais qui affiche pourtant une discographie d’hors et déjà intéressante, riche et variée. Parfait contre-pied du double album complexe The Octopus (2011), Echo Street se veut résolument plus simple et différent. Parole à Sel Balamir, leader d’Amplifier pour nous parler de ce 4ème opus qui revisite ses compositions de jeunesse !   


Quel est ton regard sur The Octopus avec le recul ?

Sel Balamir (chant, guitare) : Je n’ai aucun recul dessus car ce chapitre n’est pas encore terminé pour moi. Nous allons sortir une nouvelle version accompagnée d’un gros livre ainsi qu’une version vinyle de The Octopus. Il y a également un live autour de cet album qui est sur le point de sortir via notre site Internet. Du coup je me sens toujours en plein milieu du cycle de The Octopus et j’ai l’impression que ce disque ne sera peut être jamais complètement terminé à mes yeux (rires). Je travaille toujours sur quelque chose en rapport à cet album et en ce moment c’est vraiment le livre qui me tient à cœur car je travaille dessus depuis un long moment déjà. Je suis donc loin d’en avoir fini et je pense qu’il me reste au moins 5 années de boulot autour de The Octopus (rires) ! L’album est sorti en 2011 et son élaboration a pris 4 ans. Ca fait donc déjà 6 ans que je bosse autour de ce disque, ça fait beaucoup de temps et il est probable qu’en tout nous aurons passé une décennie entière sur The Octopus !

C’était un gros risque à l’époque de disparaître des radars pendant si longtemps pour un groupe de votre taille afin de publier un double album long et ambitieux. En toute franchise, je pensais même qu’Amplifier n’existait plus pendant l’élaboration de The Octopus

Oui bien sur, je comprends tout à fait qu’un groupe comme le notre ait pu donner l‘impression de ne plus exister en prenant autant de temps à sortir un album. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai voulu ne pas attendre trop longtemps cette fois. A la base il paraissait difficile de sortir un nouvel album pour 2013 mais je ne voulais pas qu’il y ait 3 ans de séparation entre The Octopus et son successeur. Je me suis donc assuré que l’on sorte un nouvel album cette année et le résultat se trouve sur Echo Street. Il s’agit d’un album que nous avons fait sans vraiment savoir où nous allions. C’était un peu comme avec un enfant dont on ne connaît pas le sexe avant sa naissance. Nous avons découvert le résultat d‘ Echo Street une fois le disque terminé et j’en suis plutôt satisfait !

Vous avez pris un chemin plus difficile avec The Octopus en sortant l’album vous-même et  pour Echo Street vous revenez à la normale en le publiant via le label Kscope. Une raison particulière ?

The Octopus fût un succès en termes de vente car nous avons tout de même réussi à en vendre 20 000 exemplaires en le sortant nous même. Mais il est clair que ce chiffre est notre limite et qu’il nous est impossible de vendre plus d’album sans l’aide d’un label. Notre stock était dans le garage de notre batteur Matt Brobin. Nous manquions de place et pour en vendre plus il nous faut de toute façon l’aide d’un staff. Nous avions 2 solutions : soit nous maintenir à ce niveau par nous même, ce qui est convenable mais demande beaucoup d’effort, soit tenter de devenir un groupe plus important avec l’aide d’un label. Nous aurions pu aussi engager nous même un staff et rester ainsi le boss, mais c’est financièrement impossible pour nous. La solution la plus sensée était de revenir dans une maison de disque. Forcément nous touchions plus d’argent sur un album que nous vendions nous même, mais le but est d’avoir la capacité d’en vendre plus. Après si jamais nous ne parvenons pas à vendre davantage de disque avec l’appui de Kscope…je ne serai pas très content (rires) !

Quel effet ça fait de passer d’un long double album à un disque affichant une durée beaucoup plus standard et courte. Cela semble facile ?

Ce qui est sur, c’est que c’est plus rapide à faire et si Echo Street avait pris plus de temps, je n’aurai jamais été en mesure de terminer le nouvel album que j’ai achevé le mois dernier.

Tu as déjà mis en boite le successeur d’Echo Street ???

Oui ! Notre 5ème album est déjà terminé depuis le mois dernier et il est en cours de mixage. Amplifier est un groupe assez productif et j’ai appris qu’il faut toujours tirer avantage d’une période prolifique niveau composition car ça ne dure pas éternellement et la page blanche peut vite revenir et rester parfois pendant 1 ou 2 ans ! Tant que je peux, je compose quitte à avoir trop de chanson et à les stocker dans un pot !

Justement, de l’extérieur on sent bien que vous composez en permanence ne serait-ce que par l’existence de tous ces EPs que vous sortez entre les albums ou en bonus des albums. Est-ce facile de bien séparer toutes ces périodes dans ta tête ?

Oui ce n’est pas trop compliqué et d’ailleurs toutes les chansons d’Echo Street sont plus vieilles que celles de The Octopus par exemple ! La plupart des titres datent de 1994 et 1995 et c’est d’ailleurs pour ça que le disque s’intitule Echo Street. En fait nous étions en train de travailler sur le successeur de The Octopus mais ce dernier n’allait pas être fini à temps. Je viens à peine de le terminer comme je le disais. Mais je ne voulais pas attendre 6 mois de trop et je voulais donc sortir impérativement un nouveau disque début 2013. C’est pourquoi je me suis replongé pour Echo Street sur les idées et compositions du passé pour pouvoir sortir quelque chose rapidement. C’était facile de procéder ainsi, les chansons les plus fortes donnaient déjà à l’album une forme assez définitive et il n’y avait plus qu’à compléter avec quelques chansons qui s’intégraient bien autour. Pour moi, peu importe le moment où tu as écrit une chanson, je vois cela comme un investissement sur la durée. D’ailleurs il y a même sur l’album que je viens de terminer un titre que j’ai achevé dont les fondations dataient de 1992 ou 1993. Il s’agissait d’un des premiers titres que j’ai composé ! Evidemment, lorsque je me replonge dans mes premières idées, il y a des choses que je trouve vraiment d’un niveau amateur. Notamment au niveau des paroles et certaines mélodies que je trouve un peu faibles avec mon regard actuel d’adulte car j’avais seulement 19 ans à l’époque où j’ai écrit certaines de ces chansons. Mais je n’ai qu’à supprimer ce que je n’aime pas et améliorer ces chansons. C’est d’ailleurs une expérience très intéressante de reprendre les chansons que tu as écrites alors que tu étais une autre personne en quelque sorte et de les rendre plus matures. C’est marrant car la plupart des titres de Echo Street datent d’avant notre premier album et j’étais pourtant conscient qu’il y avait du bon là dedans à l’époque mais je n’avais jamais vraiment achevé certaines de ces chansons.

Echo Street a une atmosphère hypnotique et vague. On a vraiment l’impression que ces chansons sont parties de simples idées de chant ou de guitare sur lesquelles tu as bâti autour…

Oui ce fût souvent le cas. Vu qu’il s’agit de vieilles idées, il est clair que je me suis remémoré celles qui étaient à la fois les plus simples et les plus fortes. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque où j’ai composé ces chansons, nous utilisions encore des cassettes comme support d’enregistrement ! Nous n’enregistrions pas sur ordinateur où tout est plus facile. Mais du coup ça te forçait à retenir seulement les idées les plus fortes et cela donnait une exigence supplémentaire au niveau de la qualité de ce que tu enregistrais. La simplicité est d’ailleurs la principale qualité d’Echo Street à mes yeux car je trouve qu’elle est parfois trop absente de nos autres disques qui se veulent peut être plus compliqués, modernes et intellectualisés. Cela peut être surprenant d’entendre de notre part des chansons qui tournent sur seulement 4 accords mais j’avoue être satisfait de cette approche « less is more ».

C’est assez intéressant de constater justement que vous êtes capables de faire de longues chansons avec si peu d’accord…

C’est parce que la simplicité crée un espace ! Cela aère le propos et Echo Street est un album beaucoup plus facile à aborder que The Octopus. Son écoute est bien plus facile.   
    
Steve Durose (Oceansize) fait désormais parti d’Amplifier. Prend-il part à la composition ?

Comme il s’agit de veilles idées, on peut dire que la plus grosse partie de ces titres sont mon œuvre et celle de Matt, mais Steve a pu apporter sa pierre à l’édifice en apportant sa touche sur nos fondations. Avec Steve j’ai un peu changé ma façon de composer d’ailleurs. Je peux désormais sortir quelques idées de départ et lui envoyer afin qu’il les finalise. Le titre « Where The River Goes » est un bon exemple car je lui ai envoyé mon idée de base sur laquelle Steve a rajouté d’autres idées chez lui à Londres. Nous gagnons d’ailleurs beaucoup de temps en procédant ainsi à distance car une fois en studio nous sommes en mesure de passer seulement une demi-journée sur une chanson au lieu de 3 jours.

L’intégration de Steve s’est donc bien déroulée…

Honnêtement nous n’en avons jamais parlé. Steve est un pote de longue date et nous n’avons même pas discuté ensemble de savoir si son implication dans Amplifier dépasserait ou non la tournée pour The Octopus. Mais vu qu’il est sur nos photos promos, pour moi il fait parti du groupe (rires) ! Après plusieurs années, la structure d’un groupe devient plus complexe. Matt est à mes côtés depuis les années 90 et on peut dire en quelque sorte qu’Amplifier fonctionne comme une entreprise avec moi comme dirigeant et Matt qui est mon associé. Puis il y a d’autres musiciens qui vont et viennent. Si quelqu’un est intéressé pour jouer avec nous, ça me va. C’est une sorte de mariage ouvert, ce qui est parfois compliqué, je l’admets. Nous avons d’ailleurs également un nouveau bassiste à nos côtés depuis la tournée The Octopus.

Evidemment je vais te demander de me parler de la chanson « Paris In The Spring »…

(Mal à l’aise) Hum, c’est une chanson qui évoque plusieurs choses et notamment l’occupation allemande à Paris pendant la seconde guerre mondiale. Cela me gêne beaucoup à vrai dire de parler de ça alors que je me trouve à Paris en ce moment même. Disons que toute la chanson ne parle pas de ça, mais c’est un sujet qui en fait parti…vraiment je ne suis pas très à l’aise pour en parler.

Ok n’allons pas plus loin ! Jolie mélodie en tout cas. Il y a « Between Today And Yesterday » qui est assez nouveau pour Amplifier puisqu’il s’agit d’un titre joué seulement à la guitare acoustique et avec des harmonies de voix. Etait-ce un défi pour toi ?

Nous avons essayé d’interpréter cette chanson de plusieurs manières mais cette version guitare/voix est celle qui fonctionne le mieux. Nous aimons tous des groupes comme The Byrds, Crosby, Stills & Nash, Neil Young ou même The Beach Boys. Steve est d’ailleurs le plus gros fan de ce genre de groupe. C’est vraiment sa came. Personnellement j’adore cette chanson, au point que c’est celle que je retiens le plus lorsque j’écoute l’album, sans doute grâce à son caractère effectivement assez nouveau et différent pour nous.

Quand Amplifier sera de retour en concert en France ?

 Notre tournée est en train d’être bookée à l’heure où nous parlons. Je souhaite vraiment que des dates françaises soient de la partie. Je pense qu’il y en aura mais ça dépendra au final de l’intérêt des promoteurs. Ce qui est sur, c’est que je n’ai aucune envie d’être en première partie d’un autre groupe. Donc si nous revenons en France, cela se fera surement au mois de mai et ce sera en tête d’affiche !

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