Hatebreed - Jamey Jasta

 

HATEBREED

INTERVIEW AVEC JAMEY JASTA

30 NOVEMBRE 2012 A PARIS

 

 

 

Hatebreed va faire parler de lui en ce début 2013 avec la sortie de The Divinity Of Purpose le 29 janvier mais aussi en assurant la tête d’affiche du Persistence Tour qui fera escale au Bataclan de Paris le 13 janvier. Entretien intéressant et complet en compagnie d’un Jamey Jasta très enthousiaste pour parler de tout ce qui touche à son nouvel album et de biens d’autres choses encore !

Quel est le sens de ce titre The Divinity Of Purpose ?

Jamey Jasta (chant) : Je voulais trouver un titre capable de déclencher une étincelle dans l’imaginaire des gens et les faire réfléchir. Un titre qui pose une question afin que chacun puisse se faire sa propre réponse. Dès le début je savais que je voulais utiliser le mot « purpose » (un but/objectif en français) car je considère que chacun de nous trouve un but et une raison d’être au cours de sa vie et pour certains d’entre nous c’est presque comme s’il y avait une intervention divine qui nous était tombé dessus ! Au sein de Hatebreed, cette raison d’être c’est la musique. Sans elle nous aurions très bien pu tomber dans la criminalité, la drogue, la violence… voir carrément la prison comme pas mal de gens que nous connaissons et d’autres avec qui nous sommes amis. Personnellement, la musique a été une chance et m’a toujours servie d’échappatoire aux problèmes de la ville et m’a surtout permis de pouvoir assurer à ma fille une vie beaucoup plus confortable que celle dans laquelle j’ai grandi. Les gens voient souvent un sens religieux dès lors que tu emplois le mot « divinity », mais personnellement j’y vois davantage un sens spirituel que religieux. Je viens de te livrer mon interprétation mais ce titre est une phrase ouverte et chacun peut y trouver le sens qu’il souhaite. Ok c’est du Hatebreed, c’est rapide, heavy et brutal mais j’essaie d’en faire quelque chose de plus qu’un défouloir. J’aime bien faire réfléchir les gens avec ce genre de titres tout comme cela avait été le cas pour Satisfaction Is The Death Of Desire (1997).

La pochette est beaucoup plus soignée que d’habitude. Qui en est l’auteur ?

J’adore la pochette ! C’est Eliran Kantor qui l’a réalisée. De nos jours tout le monde veut tout de façon instantanée hors rien de ce qui est facile et rapide à obtenir ne vaut vraiment la peine. C’est pourquoi je souhaitais vraiment utiliser une peinture en tant que pochette pour ce nouvel album car nous ne l’avions jamais fait auparavant. J’avais envie d’une pochette marquante à la manière de celles que j’adorais quand je contemplais les vinyles du grand frère de mon pote Sam étant gosse. Dans sa collection j’avais été attiré par Rust In Peace (1990) de Megadeth, Reign In Blood (1986) de Slayer ou Killers (1981) d’Iron Maiden juste en regardant la pochette ! Même chose avec certains albums de rap de Public Enemy ou N.W.A, je n’avais pas besoin d’entendre la musique pour être d’emblée attiré par ces disques qui proposaient une peinture en guise de pochette. Alors j’ai commencé à dessiner des esquisses grossières du personnage de la pochette en prenant en guise de brouillons tout le tas de posters de mon label Stillborn qui me reste sur les bras et dont personne ne veut et qui me prend une place énorme (rires) ! J’ai donc partagé mes esquisses avec Eliran pour le mettre sur la voix de ce que je désirais avec les 2 personnages : d’un côté l’espèce d’ange gardien et de l’autre une entité sombre que ce soit le diable, un démon, un fantôme ou que sais-je encore. Cette pochette a vu le jour après un gros boulot d’échange et de retouches entre Eliran et moi et quand elle fût terminée j’étais soufflé par le résultat et j’arrivais à peine à croire qu’elle était réelle ! Tout le monde nous dit que cette pochette est très belle, c’est cool !

The Divinity Of Purpose est votre meilleur album depuis des lustres. Beaucoup de fans n’ont pas vraiment apprécié le disque éponyme Hatebreed (2009) plus varié. Vouliez-vous les combler cette fois en revenant à ce que vous savez faire de mieux : du hardcore/thrash direct rapide et brutal ?

Je dois avouer que j’ai volontairement « compliqué » Hatebreed, notre précédant opus, en tenant à ajoutant de nouveaux éléments dans notre musique. Je voulais montrer davantage d’influences musicales et exprimer plus de choses. C’était génial de gagner de nouveaux fans par ce biais, car c’est exactement ce qu’il sait produit avec cet album et plus particulièrement lors de nos tournées en compagnie de 5 Finger Death Punch ou bien encore Machine Head. Mais si d’un côté il était très agréable de conquérir de nouveaux fans il est clair que ce disque ne plaisait pas suffisamment aux anciens fans. C’est là où la situation est compliquée lorsque tu es un groupe qui a 15 ans de carrière ou plus, car tu dois faire un peu des 2. A ce stade tu ne peux plus seulement t’auto satisfaire de ce que tu fais. Tu dois penser à la réaction des fans et leur faire plaisir. J’aime toujours Hatebreed et je pense qu’il recèle malgré tout de très bonnes chansons comme « Not My Master », « Between Hell And A Heartbeat » et « Through The Thorns » ! Mais il est clair que The Divinity Of Purpose est un bien meilleur album dans sa totalité. Je me souviens de déclarer à l’époque de Supremacy (2006) que Roadrunner n’avait pas fait suffisamment de promo autour de l’album, il ne nous avait pas placé sur les bonnes tournées etc…Mais à l’époque les gens avaient malgré tout apprécié Supremacy car c’était un album rapide, concis et qui allait droit au but, un peu à la manière de The Rise Of Brutality (2003) dont il n’était pas si éloigné finalement. D’un côté c’était cool de voir que Supremacy était apprécié mais d’un autre c’est un disque qui ne nous a pas permis de gagner le moindre nouveau fan ! Exactement le constat inverse de ce qui s’est produit avec l’album éponyme donc. Gagner de nouveaux fans, c’est bien, mais ça me gêne si cela ne satisfait pas suffisamment les anciens. C’est donc à ce moment là qu’il faut se regarder dans la glace et se dire la chose suivante : « mets toi au travail, si l’album n’est pas suffisamment apprécié, c’est de ta faute, celle de personne d’autre et tu dois faire mieux la prochaine fois ! ».   

The Divinity Of Purpose sonne de manière assez fraiche tout en donnant dans le même style que Perseverance (2002) et The Rise Of Brutality, c'est-à-dire axé sur les tempos rapides purement hardcore et thrash et moins sur les tempos groovy plus présents sur les 2 derniers albums. Une démarche consciente de ta part ?

Oui totalement. Je ne veux pas dire que nous nous sommes copiés nous-mêmes, mais je dirai volontiers que nous avons emprunté quelques idées à notre répertoire plus ancien. Mais au moins nous sonnons complètement comme du Hatebreed et pas comme une dérivation d’autres groupes. Evidemment, à l’époque de Satisfaction Is The Death Of Desire, nous sonnions comme une variante d’autres groupes qui nous influençaient à l’image d’Entombed, Bolt Thrower, Carcass, Earth Crisis, Strife ou bien encore Madball. On peut clairement trouver sur ce disque des riffs qui ressemblent à ceux de ces formations, mais c’est assez naturel car c’était notre premier album. Dès Perseverance nous avions changé d’optique car nous disposions alors d’un gros producteur, d’un gros budget et d’une grosse pression sur nos épaules ! Nous étions signés sur une major et tout le monde commençait déjà à nous traiter de vendus et il se disait que nous allions donner dans du rapcore et dans du rock diffusable en radio. Il nous fallait alors accoucher du plus gros « fuck you » possible pour montrer à la terre entière que nous n’avions rien à foutre de l’argent et de la gloire et que nous étions là pour faire la musique que nous aimions avant tout et nous le faisions comprendre d’entrée de jeu en ouvrant le disque sur « Proven » et « Perseverance ». Ce disque fût notre premier pour une major mais il était toujours fait de manière D.I.Y (do it yourself). Je me suis chargé de toute la promotion pour ce disque, j’ai continué à faire les posters du groupe et à faire circuler nos flyers. Je voulais prouver ainsi que nous pouvions faire partie de la grosse industrie musicale sans pour autant en devenir son esclave ! J’ai trouvé ma propre façon de faire et ce n’est pas forcément un rythme très facile de toucher à tous les aspects qui tournent autour d’un disque. Aujourd’hui la situation est un peu différente, car bien que je continue toujours à donner dans le D.I.Y, je suis bien mieux entouré avec l’équipe de Nuclear Blast et cela me permet de pouvoir me consacrer davantage à l’aspect créatif de la musique ! Les gens ne le savent sans doute pas, mais par exemple j’ai du me charger de tout le travail de promotion pour The Rise Of Brutality car notre label avait viré tous les gens qui s’occupaient de nous à l’époque ! Nous n’avions même plus d’attaché de presse ni même de chef de produit ! Je précise que je parle seulement du travail de Roadrunner  en Amérique car j’ai toujours aimé le boulot qu’il faisait dans le reste du monde. Je me souviens que mon pote Jay m’aidait pour la sortie de The Rise Of Brutality et il avait achevé la pochette vraiment à la toute dernière minute. C’était une période complètement dingue ! Nous sortions d’une tournée de 300 concerts et nous nous apprêtions à en donner une nouvelle de tout autant. Je me souviens que le disque est sorti en octobre 2003 car nous devions à tout prix le terminer à temps pour cette grosse tournée que nous donnions avec Slayer ! Nous avions attendu 4 ans et demi pour faire notre 2ème disque…et il y avait désormais une pression sur nous pour faire notre 3ème en à peine 13 mois ! Tout cela représente énormément de travail et bien que je sois un bourreau de travail, il devenait vraiment nécessaire que je puisse me consacrer pleinement à l’aspect créatif de notre musique en pensant moins en reste, car c’est dans l’aspect créatif que sommeille la divinité de ce que nous faisons ! C’est la que je ressens cette décharge ! J’aime être productif et j’aime être satisfait de mon travail. J’aime écouter les titres de ce nouvel album dans ma bagnole et c’est bon signe. J’ai envie d’écouter « Put It To The Torch » ou « Nothing Scars Me » en voiture et il faut qu’il en soit ainsi, autrement autant ne pas sortir un disque que je n’aurai même pas envie d’écouter moi-même.

Tu viens de mentionner « Put It To The Torch » qui ouvre l’album avec brio. Hatebreed a toujours été fort pour choisir la bonne chanson pour débuter un album. Est-ce que tu portes beaucoup d’attention à l’ordre des titres sur un disque ?

Oui j’y fais très attention. Pour The Divinity Of Purpose, chacun de nous s’est fait son propre ordre de titres au départ, mais nous avons d’emblée tous été d’accord pour débuter l’album avec « Put It To The Torch » car à nos yeux c’est le titre de ce nouvel album qui est le plus caractéristique du style classique de Hatebreed. C’est la principale raison car à vrai dire il ne s’agit pas de mon titre favori…c’est peut être même celui que j’apprécie le moins d’ailleurs ! Mais je trouve que ce titre est une parfaite représentation de notre style et nous avons empruntés dessus certaines idées de notre passé (ndlr : allusion probable à la variante du riff de « Live For This » à la fin). C’est un peu comme quand Slayer a dévoilé comme premier extrait de World Painted Blood (2009) le titre « Psychopathy Red ». J’ai adoré ce morceau car il représentait à merveille Slayer, mais en même temps je savais d’emblée qu’il s’agirait probablement du titre que j’aime le moins sur l’album ! En y réfléchissant bien d ‘ailleurs, je crois qu’il n’y a aucun titre de Slayer que je n’aime pas mis à part quelques uns sur Diabolus In Musica (1998) qu’il m’arrive de zapper. Pour revenir à nos moutons, j’avais donc mon propre ordre de titre, Matt Byrne avait le sien tout comme Chris Beattie et nous échangions nos idées. Même si nos 3 déroulements n’étaient pas si éloignés les uns des autres, je suis heureux d’avoir procédé de la sorte car prenons l’exemple de « Dead Man Breathing » que j’avais mis en dernier titre dans mon ordre car je ne l’aimais pas beaucoup au départ. Ce titre est aujourd’hui au milieu de l’album à la manière d’où il se situait dans le choix de Chris et tant mieux car j’apprécie beaucoup plus ce titre aujourd’hui qui est probablement le plus influencé par Slayer. C’est d’ailleurs finalement « Idolized And Vilified » qui finit l’album…un titre hardcore vieille école qui a bien failli passer à la trappe !

« Dead Man Breathing » est à mon sens le titre le plus frais de The Divinity Of Purpose. Il n’y a pas seulement l’influence de Slayer dessus mais même quelques petits éléments death metal ce qui est assez nouveau pour Hatebreed…

Ouais carrément ! Ce titre tue ! Lorsque je l’écoute aujourd’hui je m’imagine tout de suite beaucoup d’action et de mouvements dans le public ! Je le ressens ! Il y a une partie parlée et c’est la première fois que nous faisons ça avec Hatebreed. Il y a également une partie où il y a une guitare rythmique, un solo de guitare et un riff de basse différent de celui de la guitare rythmique. C’est tout simplement la première fois dans Hatebreed que nous jouons une partie avec 3 lignes différentes. D’habitude nous jouons tout à l’unisson. C’est vraiment un chouette morceau pour nous ! Lorsque nous avons envoyé quelques démos aux différents labels pour voir leur réaction, car sincèrement après la chute de Roadrunner nous ne savions pas vraiment de quoi l’avenir était fait pour nous, c’est justement « Dead Man Breathing » qui a créé cet enthousiasme avec tous ces labels qui voulaient nous signer ! Ils nous disaient tous également que ce titre sonnait de manière nouvelle pour Hatebreed au point qu’on avait l’impression d’avoir affaire à un nouveau groupe !  

Il y a de quoi faire de nouveaux classiques live avec des titres comme « Own Your World » taillés pour la scène avec son interaction avec le public…

Oui ça devrait marcher du tonnerre sur la partie « Who’s got more heart than you ? No one ! ». Je l’espère en tout cas car j’ai besoin de cette motivation du public pour assurer sur scène ! Mais je suis confiant car quand j’écoute ces morceaux je ressens cette décharge particulière. Lorsque nous allons commencer à interpréter pas mal de nouveaux titres sur scène, je peux entrevoir certains d’entre eux marcher particulièrement comme « Nothing Scars Me », « Before The Fight Ends You » ou bien encore « Dead Man Breathing ». Je trouve qu’il y a déjà potentiellement plus d’éventuels classiques sur ce nouvel album que sur le précédant et c’est ce que tu recherches lorsque tu fais parti d’un groupe !

Il y aussi « The Language » qui est très bon dans sa veine Slayer comme « Doomsayer » en son temps…

Ouais celui là est terrible aussi ! On l’a placé consciemment en 4ème position sur le disque car nous avons toujours aimé situer à cet endroit nos titres les plus metal comme « Doomsayer » ou « A Call For Blood » dans le passé. Mais « The Language » est bien plus qu’un titre agressif et rapide à mes yeux. Je l’ai écrit après toute cette histoire qui nous est arrivé avec CNN lorsqu’ils nous ont inclus par erreur dans une liste de groupe raciste lors d’un de leurs reportages. J’ai alors ressenti le besoin d’écrire une chanson où je dis à quel point je refuse d’entendre un message de haine dans ma vie. Pour moi une peur se cache derrière le fait de véhiculer la haine. Si tu es raciste, tu as probablement peur de quelqu’un qui est différent de toi et tu le hais en conséquence. Que ce soit la différence de couleur de peau, le fait d’être antisémite ou antimusulman, ces gens là ont peur de cultures différentes qu’ils ne comprennent pas. Je ne veux pas de ça dans ma vie. Je n’ai pas besoin de ce genre de personne autour de moi. Lorsque je déclare dans la chanson : « The message you speak is dead (ton message est mort) » je veux juste dire que le message de haine est mort à mes yeux et qu’il ne fait pas parti de ma vie.

Pour revenir sur cet incident avec CNN, comment as-tu appris ça ?

Déjà, je m’estime heureux que ma fille n’en a pas entendu parler à l’école. Puis CNN a formulé des excuses publiques dans la foulée et a avoué qu’ils s’étaient complètement plantés sur ce coup là et qu’ils auraient du mieux faire leur recherche. Ils ont même fini par dire que Hatebreed est en réalité un groupe qui véhicule un message positif qui uni les gens et les aide à aller de l’avant au lieu de les rabaisser. Je ne pouvais pas demander plus comme excuses. Nous aurions pu déclencher davantage d’actions légales mais nous n’en avions aucune envie. Leur avocat s’était grandement excusé auprès du notre, il était très embarrassé. Nous étions en Serbie le jour où cette histoire est arrivée. Nous avons alors reçu tout un tas d’offre pour participer à d’énormes talk shows radio très populaires aux Etats-Unis, le genre d’émission dont je tairais le nom. Des gens très connus m’ont contacté pour faire des émissions polémiques mais je leur ai répondu que je voulais simplement mettre cette histoire derrière moi. Nous avions déjà faire notre communiqué officiel et il n’y avait rien d’autre à rajouter. Je savais de toute manière que ces émissions nous voulaient pour tirer des citations à sensation histoire d’exploser la fréquentation de leur site Internet et ce genre de choses. Je ne voulais pas être instrumentalisé.

Sur Hatebreed tu t’étais fait plaisir avec le titre punk « Every Lasting Scar » et cette fois sur « Indivisible » tu as conservé certains de ses éléments, même si le côté punk côtoie cette fois des influences plus metal…

C’est marrant que tu dises ça car le nom de travail de « Indivisible » était quelque chose comme « chanson numéro 8 : punk/metal ». Ce titre parle du fait que je considère le monde de la musique comme une grande nation unique. On cherche toujours à coller des étiquettes, à créer des sous-genres et à diviser les gens. Mais prenons un exemple. Nous avons un ami commun en la personne de Kirk Windstein (Down, Crowbar, Kingdom Of Sorrow). Comment est-ce possible qu’un mec comme Kirk qui vienne de la Nouvelle Orléans soit pote avec toi qui est français, si ce n’est grâce au pouvoir de la musique ? Lorsque Hatebreed joue à Moscow en Russie, les fans réagissent de la même manière qu’à New York, Los Angeles et même que dans un pays musulman comme l’Indonésie. Pourquoi ? Car nous faisons tous parti d’une seule et même chose : le genre humain. A mon sens la musique devrait faire tomber toutes les frontières car elle voyage à travers les océans et peu importe la longueur de tes cheveux ou ton style vestimentaire, la musique uni les gens en une seule et même nation. Elle permet à des gens qui ne se seraient peut être jamais rencontré de créer des liens. Puis il y a aussi un autre message dans « Indivisible » lorsque je dis : « profits over people/propaganda over truth (des profits sur le dos des gens/la propagande avant la vérité) » car c’est une réalité du business de la musique. Est-ce que je peux être en première page de Youtube ou d’i-Tunes ? Oui mais c’est très compliqué. J’ai intérêt à mettre sur la table une sacrée somme d’argent et d’avoir une équipe qui assure en marketing et pour cela j’ai besoin de faire du profit. Ce message s’adresse aussi bien au monde de la politique qu’à l’industrie du disque. C’est pourquoi je scande dans la chanson que chaque nation crie cette phrase afin de s’unir en une seule et même entité ! C’est important pour moi d’avoir ce genre de parole sur un album. Car je sais que certains nous critiquent et les gens peuvent dire ce qu’ils veulent. Peu importe. Je sais que juste parce que Hatebreed est un groupe important certains pensent que nous faisons simplement et avant tout du business. Mais la réalité est que nous avons conservé une démarche D.I.Y et nous avons toujours un pied encré dans la culture punk/hardcore et j’aime le rappeler avec des chansons comme « Indivisible » dont le thème appartient à la sphère punk/hardcore. Je saute du coq à l’âne mais je trouve qu’en ce moment les vieux groupes tiennent une super forme ! J’écoutais Warriors (2007) d’Agnostic Front dans l’avion pour me rendre ici et je ne l’avais pas écouté depuis bien un an. J’avais oublié à quel point il était bon ! Puis je me suis passé Dark Roots Of Earth (2012) de Testament et là encore j’ai pris une claque ! L’été dernier lorsque j’ai rejoins Crowbar en Allemagne, on m’a donné un exemplaire de Phantom Antichrist (2012) de Kreator. Kirk l’a mis dans le van et je me suis dit que Kreator était tout simplement à son meilleur niveau ! Je précise que je suis un gros fan de Kreator, j’aime tout ce qu’ils font, particulièrement ces dernières années avec des albums comme Enemy Of God (2005) ou Violent Revolution (2001). Le seul album que je n’aime pas trop est Endorama (1999) même si j’apprécie quelques titres dessus. J’adore aussi Worship Music (2011) le dernier opus en date d’Anthrax !

Après avoir fait l’album Jasta (2011) tu as donné quelques concerts en solo l’été dernier. Vas-tu poursuivre cette carrière en solitaire ?

Oui je vais continuer même si je ne pense pas vraiment tourner davantage sous le nom Jasta. En revanche je pense faire un deuxième album solo en 2014. La meilleure chose qui m’est arrivée avec le projet Jasta, c’est que plein de musiciens d’horizons différents sont rentrés en contact avec moi et j’adore ça car je refuse de vivre par des règles établis ou en étant obligé de me cantonner à certains styles. Quand j’étais jeune je me suis mis à écouter du metal, du punk et du hardcore car je trouvais ces 3 genres très cool, mais je trouve aussi qu’ils sont régis par beaucoup trop de règles à mon goût. Je pense d’ailleurs que c’est souvent les fans eux-mêmes qui permettent ces règles en faisant parfois preuve d’étroitesse d’esprit. Le premier album solo a bien marché, plus particulièrement en Europe d’ailleurs. Century Media a fait du très bon boulot ici, si bien que lorsque je me retrouvais en tournée en Europe je voyais souvent des pubs pour Jasta dans les magazines et beaucoup de grosses interviews. D’autres musiciens que j’apprécie ont vus ça eux aussi et sont depuis rentrés en contact avec moi quant à ce futur second album. Je ne dirai pas encore de nom car c’est trop tôt, mais ce sont des musiciens que je n’aurai pas pu avoir comme invités sur Hatebreed ou Kingdom Of Sorrow, mais qui peuvent en revanche complètement faire parti des plans pour Jasta. Puis bien sur, il y a ce single avec Zakk Wylde « The Fearless Must Endure » qui s’est classé à la 38ème place du classement d’Active Rock Radio aux Etats-Unis ce qui est énorme pour moi car jamais je n’aurai pu penser entendre ma voix à la radio un jour. Je me souviens lorsqu’un pote m’a appelé pour me dire d’allumer ma radio à 10h00 du matin pour y entendre : « après Alice In Chains voici un titre d’Aerosmith et ensuite ce sera une chanson de Jasta ». Je n’en croyais pas mes oreilles ! Franchement je n’ai pas besoin d’argent et je n’ai pas besoin de plus de popularité. Je n’ai absolument pas eu l’impression de me compromettre avec ce projet car je l’ai uniquement fait parce que j’en ressentais l’envie. J’en profite d’ailleurs pour dire quelque chose aux jeunes musiciens qui nous lisent : « ne gardez jamais une chanson à l’intérieur de vous parce vous avez peur de la faire écouter ! ». Je veux encourager et inspirer les gens à ne jamais garder une chanson pour eux. Franchement où en serai-je si jamais Kirk n’avait pas voulu publier le titre « Existence Is Punishment » de Crowbar par peur d’être jugé ou que sais-je encore. Je n’en serai pas là où j’en suis si les artistes que j’écoute avaient eu peur de publier certains de leur titre en pensant à la réaction de la presse ou des fans. L’album Degradation Trip (2002) de Jerry Cantrell est un bon exemple d’un disque qu’il avait besoin d’extérioriser sans se soucier des critiques à son égard et c’est un album génial bien qu’il a sans doute du être très compliqué à faire pour lui avec le décès de Layne Staley et tout ce qui se passait dans Alice In Chains à l’époque. Ce mec est un génie pour moi de toute manière. Il n’y a qu’à voir la qualité de Black Gives Way To Blue (2009). Lorsque j’ai écouté ce disque j’ai été soufflé car pour moi Alice In Chains venait de faire l’impossible : un excellent disque sans Layne Staley. Très peu de groupes peuvent prétendre réussir ce genre de défi. Il y a eu AC/DC, Van Halen et maintenant Alice In Chains. Lorsque j’ai rencontré William DuVall en Norvège je me suis senti obligé de lui dire que sa voix était géniale, qu’il avait livré une prestation incroyable sur l’album et qu’il fallait qu’il n’écoute jamais aucune critique ou comparaison avec Layne car lorsque l’on possède une telle voix, tout ce qui compte est qu’elle soit entendue ! Leur attitude m’a inspiré pour le titre « Something You Should Know » beaucoup plus mélodique que ce que j’ai l’habitude de faire. J’hésitais à l’inclure sur l’album puis après que plusieurs amis m’aient conseillé de le faire car ils aimaient la chanson, je me suis dit qu’il n’y avait aucune raison d’avoir peur de quoi que ce soit et que je devais inclure ce titre influencé par la démarche d’Alice In Chains d’une certaine manière.    
 
 
 

   

      

 

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