Rival Sons - Robin Everhart

 

 RIVAL SONS

INTERVIEW AVEC ROBIN EVERHART

29 OCTOBRE 2012 A PARIS

 

 

 
Head Down
le nouvel opus de Rival Sons est une franche réussite et le troisième concert parisien des californiens le 29 octobre dernier était lui aussi excellent. Tout semble donc être facile pour Rival Sons en ce moment, mais ce n’est pourtant pas sans mal, à cause de complications dans l’emploi du temps, que cette interview a été faite. Initialement prévue avec Scott Holiday, c’est finalement 2 heures plus tard autour d’une soupe à l’oignon que le bassiste Robin Everhart m’a parlé à une demi-heure de monter sur scène !


Le concert de ce soir à Paris est le dernier de cette tournée européenne. Comment s’est-elle passée ?

Robin Everhart (basse) : Ce fût une tournée intense dans son rythme mais avec une très bonne réception à la clé. C’est la deuxième fois que nous achevons une tournée par un concert à Paris et malheureusement nous n’avons pas encore la possibilité de prendre au moins un jour de repos avant de repartir. J’aimerai bien jouer ici en plein milieu d’une tournée et pouvoir en profiter pour y greffer un jour off car j’adorerai pouvoir visiter Paris au lieu d’arriver toujours ici lorsque nous sommes au bout du rouleau (rires) ! Mais cette tournée a vraiment été super pour nous.

C’est déjà votre 3ème concert à Paris en l’espace d’un an. Il n’y avait pas vraiment foule aux 2 précédents mais ce soir le Nouveau Casino est complet. Remplir un club ici était quelque chose qui vous paraissait possible il y a encore un an ?

Effectivement nous sommes passés en un an d’une Maroquinerie à moitié pleine, à la Flèche D’Or pour en arriver à ce concert complet au Nouveau Casino. A nos débuts, il m’arrivait d’avoir des attentes et de faire des plans sur la comète, mais lorsqu’à chaque fois cela ne se réalise pas, tu finis vite par ne plus rien attendre du tout. En fait, tu apprends vite qu’il ne sert à rien de s’attendre à quoi que ce soit car d’une manière positive ou négative, il y a toutes les chances pour que les choses se déroulent différemment de tes prédictions (rires). Je ne m’attendais donc à rien de particulier quant à l’affluence de ce concert mais c’est très agréable de savoir que la salle est pleine !

Head Down a été mis en boite de façon assez confidentielle alors que vous étiez encore en train de promouvoir Pressure And Time (2011) sur les routes. Etait-il facile à l’époque de garder ces excellentes nouvelles chansons secrètes et de vous cantonner à votre ancien répertoire ?

Effectivement Head Down a été mis en boite en 3 semaines au mois de février dernier et il est clair que nous mourrions d’envie de jouer nos nouveaux titres et nous tenions à le faire dès que possible. Pressure And Time a été enregistré en octobre 2010 et cela faisait déjà un an et demi que nous le défendions sur scène et évidemment nous commencions à être lassé par ses chansons. Nous avons accouché de Head Down en sortie d’une tournée américaine et juste avant de revenir en Europe au mois de mars dernier. Heureusement ou bizarrement, je ne sais pas très bien (rires), nous ne nous souvenions pas trop de nos nouvelles chansons. Nous venions de les écrire et de les enregistrer, elles n’étaient même pas encore mixées lorsque nous sommes partis en tournée européenne au printemps dernier et notre trou de mémoire nous a aidés évidemment à garder ces nouvelles chansons secrètes. Honnêtement, c’était tellement confus dans notre esprit de part la vitesse à laquelle nous avons fait cet album que nous ne savions même plus si les chansons étaient bonnes (rires) ! A ce moment de toute manière, nous étions réglés en pilote automatique sur les chansons de Pressure And Time.

Head Down a été enregistré en seulement 3 semaines entre 2 tournées. Il sonne pourtant comme un disque très abouti. Avez-vous fait un gros travail de pré-production ou écrit des démos solides en amont ?

Absolument pas (rires) ! Rien n’était écrit avant d’entrer en studio. Nous fonctionnons toujours comme ça. Scott a toujours quelques riffs avant d’entrer en studio car la semaine précédente il s’amuse toujours avec sa guitare, mais à part ça nous créons toujours ensemble en studio. En général ça donne quelque chose comme ça : Scott balance un riff, je lui réponds avec un autre riff. Quelqu’un soumet une idée. Les autres disent que c’est nul. Quelqu’un d’autre soumet alors une autre idée. Et ainsi de suite. Nous construisons en nous répondant les uns les autres.

Head Down possède le côté 70’s de vos anciens disques mais y ajoute plus de diversité et un caractère plus épique ainsi qu’une production plus ambitieuse. C’est pourquoi j’étais persuadé qu’il avait bénéficié d’une bonne préparation…

Notre seule réelle préparation fût d’avoir consciences des qualités que nous avions déjà. Nous connaissions su le bout des doigts les chansons de Before The Fire (2009), de l’EP Rival Sons (2011) et de Pressure And Time si bien qu’en live nous les amenions à un tout autre niveau, en les rallongeant, en modifiant certaines parties et en faisant quelques improvisations. Nous jouions certains de ces titres de façon épique sur scène et nous avions l’envie d’ajouter cet élément sur album mais aussi d’aller dans la direction opposée en faisant quelques titres plus pop dépassant à peine les 3 minutes. Il était tout à fait conscient de notre part d’élargir notre propos.  

Comme je le disais, on retrouve l’influence classic rock sur Head Down mais aussi des choses un peu différentes comme « Wild Animal » et « Until The Sun Comes » par exemple…

C’est vrai même si en fait, musicalement « Wild Animal » et « Until The Sun Comes » ne sont pas vraiment différentes de ce que nous avons l’habitude de faire.   

La différence se fait surtout au niveau de la production sur le chant…

Exactement. Jay (Buchanan) a doublé la plupart de ses vocalises sur ces morceaux. Puis là encore, le changement de démarche résulte de notre prise de conscience sur qui nous étions. Avant sur un concert de Rival Sons de 2h00, Jay hurlait non stop du fond de ses poumons pendant tout le concert, ce qui avec du recul, n’est agréable ni pour lui ni pour le public (rires). Nous en avions même fait une private joke au sein du groupe : « le voilà encore en train d ‘hurler ! Qu’est-ce qui peut bien le rendre en colère comme ça ? ». Jay a donc voulu élever son niveau encore d’un cran et montrer qu’il pouvait faire plein de choses différentes en tant que chanteur.

Nous évoquions l’aspect épique de Head Down. Il y a évidemment le titre « Manifest Destiny » découpé en 2 parties. Y a-t-il un concept derrière ?

Cela s’est fini en concept mais ce n’était pas prévu au départ. En réalité nous avons même enregistré « Manifest Destiny Part 2 » en premier. C’était d’ailleurs une des toutes premières chansons composées et enregistrées sur ce disque. Le dernier titre que nous avons mis en boite est justement  « Manifest Destiny Part 1 ». Ces 2 titres avaient un peu la même vibe, la même puissance et Jay a fait en sorte avec ses idées de les lier par un concept où il évoque la conquête nord-américaine sur les amérindiens.  
 
« Manifest Destiny » est entouré de 2 chansons acoustiques riches en émotion, « Nava » et « True » et ces dernières sont totalement connectées musicalement. Là encore, y a-t-il un concept ?

Scott a écrit « Nava » dans sa chambre d’hôtel lorsque nous sommes arrivé à Nashville puis il a donné la musique à Jay et lui a dit d’écrire quelque chose par-dessus. « True » en est le résultat !

Il y a « All The Way » avec ces paroles marrantes. Jay écrit-il de manière autobiographique en général ou préfère-t-il raconter des histoires ?

Je n’en suis pas vraiment sur et même si tu le lui demandais, je sais qu’il ne donnerait pas une réponse vraiment directe. « All The Way » est une histoire assez drôle il est vrai et pour moi cela évoque les chansons d’Eric Burdon & The Animals ou Bo Didley. J’aime beaucoup les vieilles chansons qui racontent une histoire. Cela ne se fait pratiquement plus aujourd’hui et je trouve ça cool que nous ayons la notre avec « All The Way ». Ce titre vient de nulle part, c’est juste une suite d’idées aléatoires. Je trouve ça cool !

La production est donc beaucoup plus ambitieuse qu’avant et tout en gardant le côté vintage, Head Down sonne de façon plus moderne. En aviez-vous marre d’être catalogué classic rock ?

Oui en quelque sorte. Personne n’aime être catalogué. Bien sur que nous sommes un groupe de classic rock. Je n’ai aucun problème avec ça. Nous partageons les mêmes influences dans le groupe. Nous aimons tous le blues et le r’n’b (dans l’ancien sens du terme). Mais le temps passe et nous écoutons aussi des formations plus récentes qui nous influencent elles aussi un peu, et cela doit bien se ressentir quelque part, même si je doute fortement qu’un jour nous décidions de sortir un album de drum n’bass (rires).

Justement, s’il est facile de deviner vos influences 70’s, quid de vos influences plus récentes ?

Nous aimons tous The Black Keys et aussi tout ce que fait Jack White par exemple. Personnellement j’aime des choses très diverses comme Sharon Jones And The Dap-Kings, Kendrick Lamar ou bien encore le groupe Civil Wars. Il y a ce transsexuel qui chante et qui assure vraiment bien dont je ne me souviens plus du nom et que Jay affectionne tout particulièrement. Nous l’écoutons souvent aussi en ce moment. On m’a fait découvrir récemment le groupe norvégien Ulver,  plus metal et expérimental et nous avons d’ailleurs 2 roadies sur cette tournée qui travaillent habituellement pour le groupe Triptykon dans un genre ultra heavy ! Cependant, je doute que ces dernières influences se ressentent un jour dans notre musique (rires) ! En parlant de Triptykon d’ailleurs, on m’a dit que le Plaza où nous avons joué hier à Zurich appartient au bassiste de Celtic Frost. Faut qu’on invite ces mecs sur notre prochain album (rires) !

Vous ne seriez plus catalogués classic rock après ça (rires)…

C’est clair ! On nous mettrait cette fois dans la case « fous » (rires) !

Cette tournée a établit Rival Sons comme un groupe capable de remplir des clubs en tête d’affiche ce qui est déjà bien. Allez-vous chercher à vous produire en première partie d’un très gros groupe à l’avenir pour essayer de gagner de nouveaux fans ?

Nous essayons toujours de dénicher une grosse première partie. Comme tu le dis, nous sommes un groupe de club. Cela a donc du sens pour nous d’essayer de jouer devant le plus grand nombre de gens possible de temps en temps pour élargir notre public…même si parfois cela n’a aucun sens en fait (rires) ! Par exemple lorsque nous avons fait la première partie de Judas Priest et Queensryche, c’était très bizarre et je pense que nous n’avons pas gagné le moindre fan. En revanche nous avons tourné à plusieurs reprises avec Evanescence, et bien que musicalement nous soyons également assez éloignés, ces mecs comptent parmi nos meilleurs amis aujourd’hui. Nous nous entendons à merveille avec ce groupe. Dans le futur proche, nous allons surtout essayer de concentrer nos efforts à la maison. Nous adorons tourner en Europe, mais à la longue ce n’est pas toujours évident d’être sur un autre continent pendant la moitié de l’année. Chaque jour, la première question que nous posons lorsque nous arrivons dans une salle : « qui a le code wi-fi ? » pour garder le contact avec nos familles.

Vous avez joué au Hellfest en juin dernier, un festival forcément différent pour vous n’est-ce pas ?

Complètement ! Là encore, il s’agit d’une drôle d’idée au départ. Lorsqu’on m’a dit ça, je me suis dit : « on va jouer « Until The Sun Comes » au Hellfest ??? ». C’était un bon concert car parfois c’est plutôt cool d’être la fille qui s’habille différemment dans une pièce. Les gens se disent : « hum cette nana a un look intéressant ! ». C’est un peu comme si tu prenais une française et que tu la mettais dans une soirée américaine. Tous les mecs vont se dire : « putain cette nana est française ! ». Dans ce même esprit, je pense que notre différence nous a aidés au Hellfest. Je me souviens qu’on a joué  « Soul » ! Au Hellfest il fallait oser, mais c’était un moment assez trippant pour moi. Au passage, je ne sais pas si je devrai déjà le dévoiler ou pas, mais on vient tout juste de me dire que nous sommes apparemment confirmés pour jouer de nouveau au Hellfest l’année prochaine !
   


 
 


 

 

 

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