Down - Phil Anselmo & Jimmy Bower

 

DOWN

INTERVIEW AVEC PHIL ANSELMO & JIMMY BOWER

11 & 12 SEPTEMBRE 2012 PAR TELEPHONE

 

 

 

 

 

 

 

 

Un nouvel opus de Down est toujours un évènement en soi, et ce même lorsqu'il s'agit d'un Ep ! Histoire de bien marquer le coup pour la sortie de cet excellent Down IV Part I : The Purple Ep, j'ai décidé de passer un long coup de fil à Phil Anselmo et d'appeller le lendemain Jimmy Bower pour quelques questions supplémentaires. A leur habitude, les 2 musiciens se sont livrés avec décontraction et sincérité et abordent ici tout ce qui touche à leurs actualités respectives ! 


As-tu déjà un projet bien clair dans ta tête concernant cette série de 4 Eps ?

Phil Anselmo (chant) : A vrai dire, tout cela n’est qu’une idée pour l’instant. Les autres membres du groupe diront peut être des choses qui vont au-delà de la réalité, mais en ce qui me concerne, je traite d’un seul disque à la fois. Nous ne pouvons pas faire plus. Il faut prendre cette série disque par disque, surtout que Down est probablement le pire groupe de la planète lorsqu’il s’agit de prévoir la date de sortie de son prochain album. Je préfère ne pas te mentir et je ne vais pas me risquer à te dire quand sortira le prochain Ep car je n’en ai absolument pas la moindre idée ! Nous mettrons en boite ces 4 Eps, c’est la seule chose dont je puisse être certain. Mais nous le ferons à notre rythme et quand le bon moment viendra à chaque fois. Quant à la direction musicale de chacun de ces Eps, cela dépendra pour chacun d’entre eux de l’état d’esprit dans lequel je me trouve.

Depuis 2009, les concerts de Down sont plus courts mais les prestations sont plus énergiques, avec une setlist qui se concentre sur les titres les plus rentre dedans en laissant désormais de côté des titres plus calmes comme « Learn From This Mistake », « Jail » ou « Beneath The Tides ». Et vous voilà avec ce Down IV Part I : The Purple Ep brut de décoffrage et très direct. Penses-tu que vos concerts plus énergiques depuis quelques années ont influencé le style et la forme de cet Ep ou au contraire, était-ce une indication de la manière dont Down allait sonner avec cet Ep ?

Tout cela est une conséquence de l’état d’esprit dans lequel je me trouve à un moment donné. Il est vrai que depuis quelques années, je veux seulement jouer sur scène nos titres les plus agressifs et directs avec Down surtout que nous allons devoir jouer à présent quelques titres de l’Ep, qui est dans une veine purement heavy metal, et il faut proposer des chansons qui se marient bien avec ça. Tout est une question de moment et d’attitude.

Sur Over The Under (2007), tu as proposé ce qui était à l’époque tes paroles les plus personnelles, les plus profondes et aussi les plus éloquentes. Cette fois il semble que tu aies changé d’approche, avec des textes moins personnels et tu sembles davantage raconter des histoires n’est-ce pas ?

 Tu as raison. En toute franchise, j’ai abordé cet Ep de la même manière que j’ai abordé notre toute première démo. A l’époque il n’y avait aucune autre attente que ce que nous avions en tête et j’ai fonctionné de la même manière en m’ôtant toute forme de pression possible. Aucune pression sur mes épaules pour ce nouveau disque et j’ai essayé de véhiculer cet état d’esprit aux autres membres du groupe. Je pense que tout le monde a compris que plus nous  nous attardons sur une chanson, plus nous allons la décortiquer et plus nous allons la surévaluer au lieu de laisser faire les choses naturellement et permettre à cette chanson d’être du pur Down. Pour notre première démo en 1992, ce n’est pas comme si je m’étais pointé avec la moindre parole. Nous avons écrits ces titres dans l’instant de manière spontanée. Disons les choses ainsi : je viens d’achever mon premier album solo dans lequel je me confie sur des choses très personnelles allant de ma forme physique jusqu’à ce qu’il se passe dans ma chambre et avec Down j’ai voulu m’éloigner de ça le plus possible et je me sers de ce groupe comme d’une plateforme dans laquelle je peux peindre des idées, dans laquelle je peux davantage imager les choses.

En parlant paroles, je n’ai jamais compris ce que signifie « Stone The Crow » …

Tu sais quoi ? Aucun de nous ne le sait ! C’est juste un titre de chanson, rien de plus. D’ailleurs, lorsque l’on écoute bien le refrain de la version studio sur Nola (1995), on peut entendre que je ne chante rien de particulier entre « I’ve never die before » et « yesterday ». C’est seulement avec le temps que j’ai commencé à articuler différemment et dire certaines choses, mais encore une fois c’est juste une chanson et parfois il faut savoir combler des blancs !

Over The Under était un album positif et édifiant tandis que cet Ep, sans être dépressif loin de là, est nettement plus sombre. C’est d’ailleurs la première fois je trouve que Down possède une atmosphère aussi sombre, es-tu d’accord ?

Oui je peux être d’accord avec ce constat. Encore une fois, cela vient de mon état d’esprit du moment. Ce n’est pas comme si je traversais une mauvaise passe ou comme si j’étais de mauvaise humeur. Mais en tant que narrateur, je voulais raconter des histoires en utilisant cette atmosphère. Mais qui sait ? Peut être que sur le prochain Ep, je parlerai de poulets, de chats et de chiens. Je n’en sais rien !

Il y a également une ambiance de sorcellerie qui plane au dessus de ce Down IV Part I : The Purple Ep avec des voix subliminales qu’on entend à peine dans le fond sur « Witchtripper » et « This Work Is Timeless » par exemple, et je ne veux pas parler de ta voix chuchoté lorsque tu dis « blaspheme » et « smokescreen », je parle vraiment des petites voix presque inaudibles dans le fond. Ca donne l’impression que ce disque est hanté…

(Ravi) Bien ! Bien ! Bien ! Pourquoi pas ? Qui sait ? Tout ce que tu viens de dire, c’est ce que je veux entendre en tant que compositeur. Sincèrement, j’aime écrire des chansons et j’aime que ceux qui les écoutent par la suite les dissèque afin de former leur propre opinion. Cela marche particulièrement bien avec ce nouveau Down car il n’y a rien ici de vraiment spécifique. Il n’y a pas de sujet précis et rien de trop évident. Du coup, l’auditeur peut prendre ce qu’il entend…ou ce qu’elle entend, et le tourner comme bon lui semble et j’aime ça !

En parlant de l’aspect sombre de Down IV Part I : The Purple Ep, pour moi « Open Coffins » est le titre le plus sombre de l’Ep bien qu’il soit également le plus groovy ce qui est paradoxal. Peux-tu me parler plus précisément de ce titre ?

S’il y a bien une chanson de cet Ep qui a justement à l’inverse un thème précis, c’est bien « Open Coffins ». Ce titre évoque mon regard sur l’humanité. Prend quelque chose de traditionnel comme le mariage. Les gens peuvent s’aimer et être mariés pendant 20 ans, et du jour au lendemain, ils peuvent s’apercevoir qu’ils ignoraient une facette de leur compagnon de 20 années et cela leur donne envie de divorcer. C’est juste un exemple pour illustrer le regard que j’ai sur l’humanité parfois, car ce n’est pas non plus quelque chose que je ressens 24/24, mais il m’arrive d’avoir de gros doutes sur la condition humaine. Parfois lorsque tu n’es pas dans tes meilleures dispositions, tu ne sais pas comment certains proches peuvent réagir. Prenons un exemple concret : à l’époque de l’ouragan Katrina (en 2005), j’ai évacué la Louisiane avec le batteur de Superjoint Ritual (Joe Fazzio). Ce dernier a clairement montré qui il était vraiment au moment où tout allait de travers. Qu’en a-t-il résulté ? La fin de Superjoint Ritual ! Pour être un peu plus explicite, j’ai vu une faille humaine en lui et j’ai bien conscience que je suis très loin d’être parfait ! Mais à ce moment de ma vie, j’étais confronté au combat le plus difficile que j’ai connu jusque là. Je me battais 24/24 pour arrêter la drogue et pour faire ce qui était bénéfique pour ma vie et pendant ce temps j’avais ce mec qui n’arrêtait pas d’essayer de me décourager et de me rabaisser. Pas spécialement vis-à-vis de la drogue, mais son attitude répugnante et pénible était là pour me décourager. J’essayais d’être le plus positif possible et j’avais au dessus de ma tête un énorme nuage de négativité ! Tu sais quoi ? Il fallait que je m’éloigne de ce nuage et de cette énergie négative. Pour être direct, « Open Coffins » parle du fait que je n’aurai jamais confiance en quelqu’un jusqu’à ce que mon cercueil ne se referme.  En d’autres termes, cela signifie qu’il faut toujours marcher sur la pointe des pieds avec moi !        

Down IV Part I : The Purple Ep est plus court qu’un album classique mais possède tout de même de la profondeur grâce à ses 2 titres plus épiques que sont « The Curse Is A Lie » et « Misfortune Teller ». Ces 2 titres sortant du lot, peux-tu en parler plus spécifiquement ?

Je suis d’accord à propos du caractère épique et d’ailleurs je trouve que chaque titre de cet Ep sonne comme du pur Down épique qui aurait pu se retrouver sur nos 2 premiers albums. « Open Coffins », « Misfortune Teller » et tout le reste, voici assurément des titres épiques. Si je réfléchis aux modes de fonctionnement de mes différents groupes, et il y en a un paquet, je pense que Down est de loin le pire lorsqu’il s’agit de finir une chanson car nous n’arrivons pas à nous arrêter de jammer le riff final parfois (rires). C’est dur de s’arrêter en plein milieu d’un bon riff pour nous et c’est pourquoi nous avons plusieurs fins de morceaux à la « Bury Me In Smoke ». C’est un bon problème à avoir en quelque sorte, le fait que personne n’ai envie de s’arrêter.

Sur « Bury Me In Smoke » il y avait un fade-out puis quelques minutes plus tard un fade-in où le riff final revenait. Vous avez gardez ce gimmick en quelque sorte sauf que cette fois « Misfortune Teller » se finit par un fade-out et quelques minutes plus tard c’est une partie de « This Work Is Timeless » qui revient en fade-in…

Il s’agit d’une blague que j’ai fait aux autres membres de Down ! En fait lorsque j’étais en train de mixer l’Ep avec Mike Thompson, je me suis totalement isolé du reste du groupe. Je ne voulais pas entendre parler d’eux ou avoir leurs avis jusqu’à la fin du mixage. Vers la fin de cette phase, je suis venu en studio pour ajouter une piste vocale sur « This Work Is Timeless », le moment où je répète « they’ll never get rid of me » à l’infini. J’étais d’ailleurs en studio à la Nouvelle Orléans et non ici à Nodferatu’s Lair (studio situé dans la propriété de Phil), et il y avait dans la pièce ce mec que je ne connaissais absolument pas. Je lui demande alors de monter le volume de la partie sur laquelle je dois rajouter ma voix, et histoire de le taquiner vu qu’il ne savait pas qui je suis ; au-delà de quelques rumeurs qu’il avait entendu sur moi et tu sais à quel point les rumeurs peuvent être véridiques parfois ; en lieu et place de la phrase « they’ll never get rid of me » j’ai pris ma voix la plus stupide qui soit et je me suis mis à chanter la phrase « the freedom of rock n’roll ». Cette expression est devenue une blague récurrente pendant que l’on mettait en boite l’Ep et pour une raison que j’ignore elle est restée dans nos têtes. Arrivé à la toute fin de l’élaboration du disque, j’ai donc décidé d’inclure cette blague à l’insu des autres membres du groupe…Ah ! Quel petit farceur je suis !

Un album démarre souvent sur les chapeaux de roue avec un titre qui frappe fort d’entrée de jeu et « Levitation », qui ouvre cet Ep, débute quant à lui avec un fade-in inhabituel. Est-ce pour prendre l’auditeur par surprise ?

Non pas vraiment. Prête attention à ce titre : « Levitation ». Cela défini le fait de s’élever à partir d’un point donné. C’est comme si un magicien faisait s’élever quelqu’un au dessus du sol, qu’il le faisait léviter. Le fade-in est là pour représenter cette lévitation. Tout est plus clair n’est-ce pas ?

Pour rester dans ces fondus, l’album se termine donc par un fade-out et commence par un fade-in, et bien que je suppose que cela n’ait pas été fait exprès, si tu laisses défiler l’album en mode repeat, tu as l’impression qu’il n’y a pas de réelle fin, les fondus assurent une transition et cela donne une sorte d’effet de boucle…

Bien ! Bien ! Bien ! Je suis ravi d’entendre ça car certains de mes albums favoris possèdent cet effet et s’il y en a bien un qui me vient tout de suite à l’esprit c’est Hell Awaits (1995) de Slayer. L’album commence par un fade-in et se termine par un fade-out et l’intro et l’outro sont absolument identiques. Nous ne sommes donc pas les premiers à faire ça mais j’aime l’idée que nous ayons le même effet qu’un des meilleurs groupes du circuit et qu’un des meilleurs albums que j’ai pu écouter dans toute ma vie !

Les gens te voient comme une légende du metal mais ils ne réalisent pas que tu es également maitre dans l’art du séquençage. « This Work Is Timeless » est une chute d’Over The Under qui a filtré sur Internet il y a bien 3/4 ans et qui aurait difficilement trouvé ça place sur ce disque, tandis qu’ici juste après « The Curse Is A Lie » le titre fonctionne parfaitement. Est-ce difficile d’attendre si longtemps pour trouver la bonne place pour un morceau parfois ?  

Quand j’étais plus jeune il pouvait m’arriver de traverser des phases où j’écoutais uniquement Voivod et Celtic Frost par exemple et plus rien d’autre ne comptait. Je choisis donc souvent de retenir telle ou telle chanson selon mon humeur du moment et c’est exactement ce que j’ai fait pour cet Ep et je pense que c’est la meilleure manière pour procéder car cela t’évite d’utiliser des titres un peu forcés. Je ne vais pas nommer de morceau en particulier, mais nous avons déjà inclus des titres forcés dans nos albums avec Down. Je pense notamment à Over The Under et également à II : A Bustle In Your Hedgerow où il y a clairement des titres dont je ne suis pas entièrement satisfait car nous avions manqué à l’époque de concentration les concernant. C’est pourquoi je trouve qu’il est idéal pour une formation comme Down de publier désormais des Eps, car l’expérience prouve que nous n’arrivons pas à retenir toute notre attention lorsqu’il s’agit de s’attaquer à une douzaine de chansons. Dans ce contexte plus fastidieux, nous nous fatiguons plus vite tandis que dans le contexte d’une collection de 6 titres, notre concentration est bien plus importante et nous faisons bien attention à ce que nous faisons et nous sommes bien plus appliqués. Il y a sur cet Ep certains riffs qui datent de pas mal d’années mais qui existaient dans une forme différente. Prenons l’exemple de « Misfortune Teller » dont le riff principal date bien de 6 ou 7 ans. Mais à l’époque, les parties qui allaient avec n’étaient pas à la hauteur de ce riff selon nous. Cette fois, nous avons fait l’effort de bâtir autour de ce riff principal des parties qui nous bottaient vraiment car nous adorions ce riff et qu’il était temps d’en faire quelque chose ! C’est toujours un luxe de disposer de chutes sur lesquels tu vas pouvoir construire des chansons par la suite, mais souvent la décision de laisser quelque chose de côté vient du fait de ne pas vouloir faire un album trop long comme avec Over The Under et cela tient également du séquençage où il faut s’assurer que les titres s’enchainent bien et vont bien les uns avec les autres. Il faut donc faire des arbitrages et c’est ce qui s’est produit avec « This Work Is Timeless » et d’autres riffs que nous avions depuis longtemps sous le coude. Ils sont bien plus à leur place sur cet Ep et je ne regrette pas d’avoir attendu le bon moment.

Une des nouveautés est l’intégration de Pat Bruders au poste de bassiste. Il est assez plaisant de constater qu’il n’a pas reçu un traitement à la Jason Newsted sur And Justice For All (1988) de Metallica, car au contraire la basse de Pat est très forte dans le mixage…

Pat a un son tellement épais. Il est arrivé dans la pièce et a délivré une performance bien au-delà de nos attentes. Aucun d’entre nous ne pouvait envisager que Pat allait apporter autant à Down. Les parties de basse de Pat ajoutent beaucoup à certains riffs car il propose un jeu de basse vraiment solide, dans le sens où il joue des parties différentes de celles des guitares et en théorie et lorsque l’on regarde l’histoire, lorsque tu regardes comment fonctionnait les « vrais » groupes qui jouaient des « vraies » chansons de heavy metal ou de rock n’roll, le bassiste place ses doigts sur d’autres frettes que les guitaristes. Pat a fourni un boulot fantastique et encore une fois, il a insufflé beaucoup de valeur ajoutée aux riffs.

Est-ce que Pat a pu contribuer à l’écriture ?

Vu que beaucoup de riffs étaient déjà écrits avant que Pat ne nous rejoigne, et que nous ne voulions pas trop nous éloigner de leur forme d’origine, pas vraiment. Bien que Pat n’ait pas écrit la moindre partie à proprement parler, l’ajout de ses excellentes lignes de basse a vraiment apporté beaucoup aux chansons en toute honnêteté. Mais si Pat a une partie, une idée ou un riff à nous faire partager dans le futur, nous serons tous ravi de l’entendre et de l’accueillir, car il a gagné notre respect à tous au travers de sa prestation sur cet Ep.

Quoi de neuf chez Housecore Records ?

Le nouvel album de haarp s’intitule Husks et sort le 18 septembre, seulement aux Etats-Unis pour l’instant, le même jour que l’Ep de Down d’ailleurs. Ils seront avec nous en tournée aux Etats-Unis et leur nouvel opus est écrasant, boueux, lent au possible et complexe à la fois. Nous sommes ravis de ce disque ! Juste après avoir raccroché le téléphone, je vais me jeter sur mon ordinateur pour écouter les morceaux tout juste mixés du split que nous sortirons avec Warbeast et mon projet solo. Il y aura 2 chansons de chaque groupe et concernant mon projet solo, il s’agira des 2 titres les plus directs et les plus faciles à digérer. Ce split est donc plus ou moins terminé, j’attends juste d’écouter ces mixages finaux. En ce moment même je suis en phase de mixage du second album de Warbeast et nous allons d’ailleurs continuer ce soir. Cet opus s’intitule Destroy et il s’agit de pur thrash metal dans la veine du meilleur de Slayer et des premiers Dark Angel avec aussi une influence des premiers disques d’Iron Maiden. L’interprétation est excellente et comme je le dis souvent cela me rappelle le pur son de la scène de Dallas-Forth Worth au Texas. Une fois tout cela en boite, nous allons bien sur nous atteler aux finitions de mon album solo dont le mixage devrait commencer le 1er janvier 2013. L’album devrait être complètement terminé d’ici mars 2013 et crois moi, cela fait tellement longtemps que je l’ai enregistré que j’en suis déjà pratiquement lassé. Je n’en peux plus d’attendre de pouvoir le dévoiler au public et que les fans le consument enfin et donnent leur avis dessus ! En dehors de ça, je vais bien sur partir souvent en tournée avec Down et nous allons d’ailleurs amener Warbeast avec nous en Europe ce qui va être très intéressant car je les considère comme une très bonne formation et je suis persuadé que le style de thrash pur qu’ils jouent sera beaucoup plus populaire en Europe. Cette première tournée européenne pour Warbeast devrait bien se passer car je sais pour sur que les fans européens sont beaucoup plus loyaux et n’ont pas la mémoire courte. Ici aux Etats-Unis, il y a cette culture stupide qui pousse les gens à oublier certains styles et à suivre des modes et c’est tout l’inverse en Europe et cela devrait sourire à Warbeast.    

 

Over The Under souffrait quelque peu d’une surproduction et d’un mixage étrange tandis que Down IV – Part I : The Purple Ep est brut de décoffrage, organique et très direct. Est-ce une réponse à la production de Over The Under ?

Jimmy Bower (batterie) : Nous avons du nous rendre à Los Angeles pour enregistrer Over The Under et ce n’était malheureusement le souhait de personne. Seulement voilà, après Katrina, la plupart des studios de la Nouvelle Orléans étaient endommagés. Nous nous sommes donc retrouvés coincés dans un énorme studio de L.A avec tout un tas de matos à disposition et nous avons voulu nous en servir comme n’importe quel autre groupe aurait fait à notre place. Over The Under est le fruit de ces sessions et il est clair que la production de ce disque ne fait vraiment pas l’unanimité au sein de Down. Du coup pour cette fois, on a préféré ne pas renouveler ce genre d’expérience et nous avons opté pour revenir dans notre bon vieux Nodferatu’s Lair (où le groupe a mis en boite Down II : A Bustle In Your Hedgerow), chez Phil. Le résultat est mille fois meilleur et comme tu le disais le disque sonne de façon plus brute, cru, organique et directe. Nous aurions du procéder de la même manière la dernière fois.

Auparavant vous aviez recours aux services du producteur Warren Riker, mais cette fois il semble que Down IV Part I : The Purple Ep a été autoproduit. Avez-vous réalisé que tout compte fait, vous n’avez besoin de rien d’autre qu’un ingénieur du son pour produire la musique de Down ?

En fait nous avons un pote qui s’appelle Nathan Weidenhaft qui est venu nous apprendre quelques trucs. Il est prof dans une université ici. Mon pote Steve Berrigan nous a aidés au poste d’ingénieur du son ainsi que Mike Thompson qui vient du New Jersey qui a fait quelques enregistrements également et qui a réalisé le mixage avec Phil. Effectivement, aucun producteur avec nous cette fois et nous n’avons rien fait d’autre que de nous écouter et faire ce que nous voulions.

Niveau composition, tu n’étais absolument pas crédité sur Over The Under, tandis que ta contribution était importante sur Down II : A Bustle In Your Hedgerow, qui comme tu le sais est mon album favori de Down. Du coup, je considère évidemment le facteur Jimmy Bower comme quelque chose d’important dans l’écriture. Quant est-il sur Down IV – Part I : The Purple Ep?

Comme la dernière fois, je me suis davantage concentré sur la batterie et plutôt que contribuer réellement à la composition, je me suis surtout assuré de rendre mes parties de batterie les plus intéressantes possible. Ceci dit, j’ai écrit avec Phil « This Work Is Timeless ». Nous l’avons écrit ensemble tous les 2 et je suis fier du résultat.

Pendant qu’on parle composition, nous évoquions hier avec Phil le riff principal de « Misfortune Teller » et j’ai oublié de lui demander qui l’a signé ?

Je n’en suis pas sur à 100% mais je pense que c’est Kirk qui a trouvé ce riff ! Nous l’appelons le riff à la Pentagram ! Nous adorons ce titre et nous l’avons d’ailleurs déjà joué sur notre précédente tournée, bien avant que l’Ep ne sorte. C’est un morceau super agréable à jouer en concert et c’est une des bonnes choses avec cet Ep. Les 6 titres seront aussi bons en live qu’en studio. Je tiens à tirer mon coup de chapeau à Pat qui a débarqué au sein d’un groupe avec lequel il n’avait jamais rien fait avant et il botte des culs sur cet Ep et je pense que tout le monde le remarquera !

Effectivement, Pat se fait entendre sur Down IV – Part I : The Purple Ep. Lorsque tu prends l’attaque de mediator caractéristiques de Pepper, comme sur le couplet de « Witchtripper » par exemple, c’est presque comme si la basse de Pat était encore plus forte que les guitares et il complète à merveille le riff principal de ce titre d’ailleurs…

Pat est un bassiste vraiment costaud et à l’attaque très lourde et il est clair qu’il est difficile de ne pas l’entendre sur cet Ep ! Je trouve qu’il parvient à merveille à se faire une place dans notre son et il joue comme un vrai bassiste. Il ne se contente pas de suivre la guitare. Je me suis bien amusé lors de nos jams avec Pat pour établir notre nouvelle section rythmique. Avec Pat nous avons derrière nous de très longues heures de répétitions et par le passé nous avons de toute manière souvent bossé sur de la musique ensemble chez moi. Ca lui arrivait déjà régulièrement avant d’intégrer Down de débarquer chez moi et de composer des trucs avec moi (Pat et Jimmy ne vivent pas très loin l’un de l’autre). La transition a donc été plutôt rapide et facile. Je pense également que le fait de faire parti de Crowbar depuis maintenant pas mal de temps l’a aidé à comprendre notre genre de groove et vu que Pat est un très bon bassiste, il s’est adapté facilement.

Pour faire des comparaisons un peu folles, Rex Brown jouait dans Down avec une approche à la John Paul Jones tandis que Pat lorgne davantage vers l’attaque lourde d’un Geezer Butler…

Je suis complètement d’accord ! Rex et Pat sont tous 2 d’excellents bassistes mais ils ont clairement des jeux et des styles très différents. Déjà pour commencer, Rex joue la plupart du temps avec un mediator tandis que Pat ne joue qu’avec ses doigts, ce qui fait d’emblée une différence…puis il possède une Rickenbacker (basse affectionné notamment par Lemmy de Motorhead) ce qui rend les choses encore plus cool (rires) !

Tu parlais de ton jeu de batterie plus tôt et je dois te dire qu’à mon sens tu signes peut être ici ta meilleure performance avec Down ! Ton jeu s’est étoffé, il est plus riche tout en conservant son côté naturel et spontané et il semble même que tu improvises parfois comme sur « Open Coffins » par exemple n’est-ce pas ?

Merci pour le compliment c’est génial que tu penses ça ! Cela vient déjà de l’atmosphère procuré par le confort de notre studio chez Phil et du fait que nous avons pris tout notre temps sans aucune pression. Il était seulement question de s’assurer que les titres soient bons sans notion de timing. Il y a effectivement de l’improvisation sur « Open Coffins », au milieu du titre lorsque Phil dit : « turn this shit up young son ! ». J’improvise sur cette partie. Nous nous sommes également entraidés les uns les autres. Nous nous sommes donné une aide mutuelle, des félicitations bienvenues une fois une partie cool mise en boite et ce genre de choses contribue à la qualité d’un disque.

Tu es un des derniers véritables batteurs dans la scène metal, dans le sens où tu joues de manière réelle et organique en jouant sur la dynamique et le groove dans ton jeu et tu es noyé dans une scène où on ne compte plus les batteurs jouant sur des kits triggés, ce que je considère comme un cancer pour le genre. Penses-tu aujourd’hui que beaucoup de fans de metal apprécient le fait d’entendre le timbre chaud et la frappe réelle et dynamique d’un batteur en opposition avec le son synthétique et plat d’un trigger ?

Il est vrai que beaucoup de groupes avec qui nous avons joué aiment avoir recours à des triggers sur leur kit de batterie et cela n’a jamais été notre tasse de thé. Même du temps où j’étais batteur de Crowbar, il ne m’est jamais venu à l’esprit de trigger ma batterie. C’est l’opposé parfait du style de son que nous aimons obtenir. Nous aimons les sons de batterie naturels et il est vrai que dans le metal nous ne sommes plus très nombreux à faire ça. Pourtant ce n’est absolument pas une approche consciente ou calculée de notre part, c’est juste qu’un son naturel de batterie sonne mieux pour nous et cela ajoute considérablement de possibilité pour varier ton jeu en concert. De toute manière, je ne suis même pas sur d’écouter le moindre groupe ayant recours à des batteries triggées vu que j’écoute surtout des vieux groupes des années 70 qui n’avaient pas la moindre idée de ce que pouvait être un trigger (rires) ! Je pense que l’unique intérêt des triggers concerne les groupes qui jouent à une allure vraiment très rapide, car avec une amplification traditionnelle, certaines fréquences peuvent avoir du mal à passer de façon net dans le mixage. J’imagine que c’est pour cette raison que certains ont recours aux triggers. Dans notre cas, nous disposons évidemment de beaucoup plus d’espace dans notre son avec plus de groove et il est clair que des triggers viendraient gâcher la fête. Ce n’est pas notre truc à la Nouvelle Orléans. Notre objectif principal est le groove ici et il n’y aucune place pour les triggers si tu veux groover à la batterie ! Puis nous avons trop de coupure de courant à la Nouvelle Orléans (allusion aux considérables coupures de courant ayant suivi l’ouragan Isaac il y a quelques semaines) et forcément les triggers n’ont plus aucune utilité sans électricité (rires) !

Il s’agit donc du premier Ep d’une série de 4. Que peux-tu dire au sujet des 3 autres Ep à venir ?

Nous avons bien sur d’hors et déjà quelques idées de côté pour ces futurs Eps, mais tout deviendra plus concret le jour où l’on se mettra à bosser sur chacun d’entre eux. Nous parlons en ce moment de composer en vue du prochain Ep dès début d’octobre lorsque nous serons revenus de notre tournée américaine. Il y a plein de possibilités et il est même envisageable qu’un de ces 4 Eps soit un Ep de reprise. Un truc où chaque membre du groupe choisit une chanson qu’il a envie de reprendre. Nous aimerions avec cet éventuel Ep de reprises montrer aux fans d’où nous est venue l’idée de créer Down.

Un Ep de reprise serait une super idée ! Une fois à Dublin en 2009 lors de votre balance, je me souviens de vous avoir vu jouer en intégralité « Gun » de Soundgarden et ça sonnait d’enfer !

C’est tout à fait l’idée ! « Gun » est extrait de Louder Than Love (1989) de Soundgarden, un album qui a eu un impact énorme sur nous à l’époque où nous avons formé Down. Du Soundgarden, du Melvins, du Witchfinder General, du Saint Vitus, du Trouble…la teneur d’un Ep de reprise pourrait ressembler à ça même si rien n’est arrêté. Ca donnerait vraiment une idée plus précise aux gens d’où est venue l’idée de créer Down. Evidemment, il y a une grosse possibilité que nous fassions un Ep composé uniquement de titres plus mellow, acoustiques et bluesy dans la veine de ceux que l’on trouve sur Down II : A Bustle In Your Hedgerow. C’est ça la beauté de Down : nous pouvons aborder tellement de styles différents lorsque nous nous retrouvons tous ensemble dans la même pièce !   

Quoi de neuf avec Eyehategod et Clearlight, voir même ton album solo si tu veux en parler en public ?

Je veux bien évoquer mon projet d’album solo. J’aimerai faire un disque entier de trucs à la « Doob Interlude » (interlude planant composé par Jimmy sur Down II : A Bustle In Your Hedgerow) mais j’aimerai aussi chanter sur ce disque et c’est là que ça se complique. Mais j’en ai justement parlé à Phil il n’y a pas longtemps et il m’a dit qu’il allait m’aider et me guider pour mes vocalises. J’en aurais bien besoin car je n’ai pas la moindre idée de ce qu’il faut faire pour chanter convenablement. Du côté d’Eyehategod, nous allons logiquement commencer à enregistrer l’album également au mois d’octobre et nous envisageons de le sortir enfin pour le début 2013. Quant à Clearlight, nous avons donné un concert cette année et c’était vraiment génial. Il est possible que Clearlight refasse quelque chose un jour, j’aimerai bien en tout cas car un projet vraiment fun !


 
     


 

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